"Pour le meilleur ou pour le pire, j’ai toujours aimé me retrouver surexposée" : extraits de "My Body", le livre d’Emily Ratajkowski

Morceaux choisis du livre d’Emily Ratajkowski, My Body, dans lequel elle se dévoile en relatant souvenirs et expériences vécues.

[…] J’essayais d’évaluer où, d’après mes parents, je me situais dans le monde des beautés. Il leur paraissait important, à l’un comme à l’autre, mais surtout à ma mère, que leur fille soit perçue comme belle ; ça leur plaisait de raconter à leurs amis que les gens venaient me parler pour me conseiller de devenir mannequin et, plus tard, quand j’étais au lycée, ma réussite dans ce domaine alors que j’avais signé avec une agence. Ils considéraient le fait d’être mannequin comme une aubaine qu’ils se devaient d’encourager, en tant que parents responsables.
– Elle s’est déjà fait tirer le portrait ? Elle pourrait se faire beaucoup d’argent, a déclaré un jour une femme alors que nous faisions la queue à la caisse de notre supermarché. Une fois revenue dans la voiture de ma mère, dans le parking du centre commercial, j’ai fondu en larmes.
– Maman, je ne veux pas me faire tirer le portrait !

En vidéo, Emily Ratajkowski : du mannequinat au féminisme

[…] Je poste des photos Instagram que je considère comme d’authentiques témoignages de ma beauté puis, en toute obsession, je vérifie les likes pour voir si Internet est d’accord avec moi. Ces données, je les cherche plus que je ne veux bien l’avouer, en essayant d’évaluer mes charmes avec autant d’objectivité et de réalisme que possible. Je veux pouvoir compter sur ma beauté pour me protéger, pour comprendre précisément de quel pouvoir et de quelle lovabilité je dispose.

[…] Mais je n’étais pas seulement inoubliable ; j’étais inoubliablement sexy, ce qui, par bien des côtés, avait quelque chose de gratifiant. Il m’avait toujours paru évident que la femme la plus désirable, la plus attirante, c’était toujours elle la plus puissante quel que soit l’endroit où elle se trouvait, exactement comme les tops de Victoria’s Secret que j’avais vues avancer vers moi sur cet écran géant. Et, par bien des aspects, ma vie avait effectivement changé. Des inconnus me saluaient avec enthousiasme. Des hommes célèbres, qui me faisaient craquer quand j’étais gamine, me draguaient. Des femmes magnifiques s’adressaient à moi comme si j’étais des leurs.

Emily Ratajkowski porte un manteau en tweed, jupe en laine, et broche, le tout The Kooples ; un béret Dior et un collier Arthus-Bertrand.

Col blanc. – Blouse en crêpe de soie et combi, Chloé. Bagues Mauboussin, sac emily, The Kooples.

La féline. – Robe en dentelle noire, manteau en fausse fourrure léopard, The Kooples. Collier médaillon en or, Arthus-Bertrand, bracelet en or et diamant, Dinh Van, bagues Mauboussin.

Élégance capitale. – Cape en laine, blouse en tulle à plumetis et culotte en maille noire, Dior. Bagues Mauboussin, salomés Chloé.

On me retrouvait sur les couvertures des magazines, j’étais invitée à des fêtes glamour auxquelles je n’aurais jamais rêvé d’assister. Oubliés les plats thaïs et les couettes de la grande distribution – désormais, on m’envoyait gratuitement d’innombrables cartons de vêtements de créateur. Je pouvais débarquer dans les restaurants les plus courus de New York et de Los Angeles, il y avait toujours de la place pour moi. Et j’avais plus d’argent que je n’aurais jamais imaginé pouvoir en gagner : j’ai versé un acompte pour un loft situé à quelques pâtés de maisons de mon logement de l’Arts District, cette fois un endroit lumineux, avec une fenêtre gigantesque et une piscine sur le toit. […]

Pourtant, j’avais le sentiment d’être prise dans un tourbillon et de ne plus rien contrôler. Cette vie, je ne l’avais pas choisie et je ne savais pas très bien comment j’avais fini par en arriver là et ce que cela signifiait par rapport à la personne que j’allais devenir. Je détestais me rendre aux auditions, surtout celles des films et de la télévision, où je devais presque toujours lire devant plusieurs hommes qui, j’en étais convaincue, n’avaient aucune estime pour moi. […]

[…] Je suis encore accro à la sensation que me procurent les réactions démesurées – commentaires et likes – à mes posts sur Instagram. Prendre une photo au débotté et la poster pour vingt-huit millions de personnes, ça file une sacrée pêche. Il y a quelque chose d’excitant à savoir que des gens dans le monde entier pourraient bien être en train de discuter de ce que je viens d’envoyer. Créer à volonté ce genre de raz-de-marée, ça occasionne de bonnes poussées d’adrénaline.

Que ce soit pour le meilleur ou pour le pire, j’ai toujours aimé me retrouver surexposée. Prendre beaucoup de place, ça me donne un sentiment de sécurité. Être celle qui fait le plus de bruit dans une pièce, celle qui a un avis sur tout, celle qui porte la robe la plus décolletée. En faire un max. Prendre de la place, ça signifie aussi devenir une cible. Mais, rechercher le regard et l’attention des autres, et par là même leurs attaques, ça me donne le sentiment d’être plus forte, moins vulnérable, puisque c’est moi qui me mets dans cette situation. Ou du moins, c’est l’effet que ça me fait, une bonne partie du temps. […]

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