Vrai/Faux : 8 choses à savoir sur les parfums écologiques

Entre couvre-feu et confinements à répétition, la nature n’a jamais autant fait rêver. Avec des formules “green” et vertueuses, des packs ou flacons éco-conçus, ces parfums clean font la part belle aux plantes, aux fleurs, aux bois précieux ou encore aux résines naturelles. Une autre façon de se parfumer dont on vous explique le fonctionnement.

La parfumerie naturelle peut remercier la pandémie, qui a mis sous les projecteurs le besoin de nature ainsi que l’importance de l’odorat. Les visites des sites internet des labels naturels, bio, ou «clean » ont bondi, avec des consommateurs curieux de jus faisant écho à un mode de vie sain et authentique.

«L’aspect plus intime d’un parfum naturel, parce qu’il diffuse moins mais évolue sur la peau, est aussi en phase avec les envies d’expérience cocooning et narcissiques, à défaut d’interactions sociales » relate Didier Thévenin, brand advocate chez Melvita. « Notre parfum L’Or Bio a connu une hausse des ventes dès février, au même titre que les soins plaisir comme les masques ou les huiles. Alors que normalement, les commandes de ce parfum de fleurs blanches solaires qui transportent sur une plage ne décollent qu’en juin ». Un signe que nombre d’entre nous sommes prêts à essayer cette autre parfumerie. Pour vous y mettre, suivez le guide !

1. La nature, ça sent forcément bon

FAUX. Certaines extractions de végétaux naturels ont des relents nauséabonds. Le bourgeon de cassis a une odeur proche de l’urine de chat, façon massif de buis juste coupé. Le bois de oud sent le bouc quand le narcisse a une facette crottin de cheval. Ces notes déplaisantes sont utilisées en touche en parfumerie pour procurer du contraste, sans cependant être décelées : c’est tout l’art de la composition, en parfumerie classique ou bio.

2. La technologie a beaucoup évolué

VRAI. « Il y a encore dix ans, nous disposions de quatre-vingt-dix matières naturelles, quand aujourd’hui nous en avons deux-cents vraiment intéressantes » estiment Isabelle Doyen et Camille Goutal, parfumeuses de Voyages Imaginaires. «En plus des huiles essentielles, des procédés d’extraction perfectionnés ou nouveaux aboutissent à des notes inédites. Notamment les fractionnements de distillation, pour ne prendre qu’une partie d’une l’huile essentielle, comme ce « patchouli-coeur » sélectionné pour une de nos prochaines créations : il est nettoyé de son côté terreux, cave humide pour un effet plus boisé intense ». Autre méthode : la bio-tech où l’on fait fermenter une levure sur un naturel pour arriver à une nouvelle odeur. Ou encore l’extraction au CO2 avec du gaz liquide qui permet d’extraire fidèlement l’odeur de matières fragiles comme les épices. Le registre progresse à grand pas, car la demande est de plus en plus grande.

3. Il y a encore des odeurs impossible à reproduire

VRAI. Certains thèmes olfactifs classiques doivent leur succès à des molécules de synthèse qui n’ont pas encore leur équivalent naturel. Impossible de recréer un féminin musqué cocooning ou un masculin boisée ambré tonitruant. Pareil pour les parfums marins, même si un ingrédient obtenu naturellement, le Melonal, ou encore des extraits d’algues apportent des touches de fraîcheur marine, mais qui restent subtiles et non en thème majeur.

4. Le parfum “clean” est sans risque

FAUX. Tous les poisons sont dans la nature, les sorcières du Moyen-Âge le savaient bien ! Si le parfum reste parmi les produits les plus testés et fiables, notamment en Europe, les ingrédients susceptibles d’entraîner des allergies existent autant en “green” qu’en synthétique, comme les extraits d’agrumes, connus pour être très sensibilisants. En cas de terrain allergique, mieux vaut donc… ne pas se parfumer du tout. Si l’on a la peau sensible, il est recommandé de vaporiser uniquement les vêtements. A noter, les parfums labellisés bio sont exempts de conservateurs, de colorants et de phtalates, des ingrédients aujourd’hui très décriés.

5. Faire un parfum clean coûte plus cher à fabriquer

VRAI. Les matières premières naturelles sont plus rares et difficiles à produire que celles issue de la chimie, avec une longue chaîne d’agriculture, d’acheminement de pays souvent lointain et d’extraction. « C’est simple, le concentré parfumant est de dix à trente fois plus cher » affirme le parfumeur Isabelle Doyen. « Mais nous évitons les dépenses de marketing, publicité ou distribution des grands parfums classiques. Et si on reste un peu plus cher, on garde un côté artisanal que les clients apprécient ».

6. Un parfum écologique tient moins bien

VRAI. « Il y a moins de sillage qu’en conventionnel, il faut accepter de se parfumer autrement, de façon moins envahissante» reconnaissent Isabelle Doyen et Camille Goutal. «On a tout de même fait beaucoup de progrès côté tenue. Le soir venu, on sent encore sur peau chacun de nos Voyages Imaginaires » expliquent les créatrices. A contrario, le naturel offre une évolution dans le temps quand une fragrance contenant beaucoup de synthèse reste assez monolithique. «Cela n’est pas comparable, la nature est vivante, elle interagit différemment sur peau en tête, en coeur puis en fond» explique Didier Thévenin chez Melvita. « Notre Eau de Toilette L’Or Bio surprend d’abord par la fraîcheur de la bergamote acidulée, puis une demi-heure après, c’est l’explosion solaire de la fleur de tiaré. En fin de journée reste surtout le trio cèdre-benjoin-vanille qui enveloppe la peau. Ce déroulé olfactif est assez clivant pour nos clients : 75% adorent mais 25% détestent ». A bon entendeur !

7. Il est extrêmement difficile de faire du 100% naturel

VRAI. Il y a encore peu de marques qui affichent 100% : on peut saluer les pionniers du bio, comme Acorelle, Melvita, Florame, et plus récemment des labels engagés comme Ormaie, Floratropia, Aimée de Mars,Voyages Imaginaires. Mais en quoi consistent les quelques « pour cent » synthétiques chez les autres ? On retrouve des fixateurs du parfum, parfois des phthalates qui servent à dénaturer l’alcool et des molécules odorantes obtenues par chimie. Celles-ci peuvent même être en nombre conséquent pourvu que l’alcool utilisé pour diluer soit naturel, issu de blé ou de betterave. Prenons une eau de toilette concentrée à 10%, cela signifie qu’elle contient 10% de concentré odorant ; si celui-ci est entièrement synthétique, mais mélangé avec 90% d’alcool végétal, on arrive à un parfum à 90% naturel. « Si on veut être sûr d’un produit entièrement naturel, mieux vaut un label bio » estime Didier Thévenin.

Néanmoins, nombre de marques revendiquant une haute tenue en naturel utilisent ce compromis de la synthèse juste pour fixer et donner du volume. Attention toutefois aux prix cassés et aux produits naturels de provenance inconnue, par exemple sur internet ou sur certains marchés.

8. Un parfum clean est forcément naturel

FAUX. La clean beauty est une notion qui va au-delà de la quête d’ingrédients naturels, c’est une philosophie de conception la plus transparente possible et qui cherche à limiter l’impact environnemental, social et éthique. Sauf qu’aucune réglementation n’existe, donc n’importe quel produit peut se revendiquer clean. Celui-ci est généralement vegan, donc n’utilisant pas de matières animales comme la cire d’abeille (même si en réalité, peu de parfums conventionnels y ont recours) ; leur gros effort réside souvent dans le flacon, issu de verre recyclé, et leur packaging éco-responsable. Leurs ingrédients naturels viennent pour tout ou partie de filières durables et responsables même si c’est aussi souvent le cas des parfums classiques.

Crédits photos : Photos Nicolas Descottes, Réalisation Visuelle Bertille Chaillet

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