1H avec… Cindy Bruna : "J'ai vécu dix ans dans l'enfer de la violence !"

Top-modèle connue internationalement, Cindy Bruna sort du silence en racontant dans un livre son enfance marquée par la violence et l’alcoolisme de son beau-père.

Public : Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Cindy Bruna : Ce n’était pas que pour moi, c’était aussi pour les femmes. Celles qui ont témoigné et celles qui n’osent pas le faire* et qui ont peut-être besoin d’entendre un récit similaire au leur pour sortir du silence. C’est ce qui s’est passé pour moi lorsque j’ai interviewé une dame lors de la journée des violences faites aux femmes. J’ai eu envie de raconter mon histoire et celle de ma maman.

Tu lui as donc demandé la permission d’écrire ce livre ?

À elle et à ma sœur, oui. On l’a un peu écrit toutes les trois car j’avais besoin de leurs souvenirs. Ça n’a pas été facile pour ma mère de raconter à sa fille ses souffrances.

« J’ai subi ses insultes racistes »

Combien de temps a duré votre calvaire ?

Dix ans. J’avais 4 ans lorsque ce beau-père est entré dans nos vies et cela a duré jusqu’à mes 15 ans.

À quel moment as-tu senti que ça basculait ?

Lorsqu’on a emménagé ensemble. Il avait déjà été violent, notamment cette fois où il nous a jetées dehors, mais j’étais petite, je pensais que c’était une simple engueulade. Puis ont commencé les insultes, les intimidations, les coups envers ma mère. Lorsqu’il rentrait ivre le soir, ma sœur et moi ne pouvions pas dormir, on veillait toute la nuit en tendant l’oreille pour intervenir si la situation dégénérait.

Tu pensais aussi que « le problème ce n’est pas lui, c’est l’alcool… »

Oui, je pensais qu’il était malade, je ne voulais pas qu’il parte mais qu’il guérisse. Mais j’ai compris que ce n’était pas l’alcool qui le rendait violent, c’était un homme violent.

Quand as-tu cessé d’avoir peur ?

Le jour où je lui ai tenu tête. J’étais en colère, c’est sorti tout seul. Ce jour-là, j’ai craqué, je ne voulais plus être sa victime.

Tu as également subi son racisme ?

Je ne m’en rendais pas compte car je ne savais pas ce que c’était. On ne me l’avait jamais expliqué. Ce racisme était décomplexé : il nous insultait mais, en même temps, il n’était pas raciste puisqu’il avait épousé une femme africaine et élevait ses enfants métisses.

« Dieu est devenu mon confident »

À l’école, tu n’en avais pas été victime ?

Si, lorsqu’on m’appelait « baguette grillée ». « Grillée » parce que je suis métisse, et « baguette » parce que je suis très fine. Mais ça ne me touchait pas car je vivais bien pire à la maison.

Tu as trouvé refuge dans la religion. Tu es toujours croyante ?

J’ai découvert Dieu lorsque ma grand-mère est arrivée : j’avais 9 ans. J’ai été baptisée à 11 ans, je l’ai choisi. Dieu est devenu mon confident. Aujourd’hui, rien n’a changé. Il m’accompagne toujours, comme dans une relation.

Tu écris d’ailleurs : « Le vrai amour est apaisé, généreux et inconditionnel. » Est-ce ce que tu vis aujourd’hui avec Serge Ibaka, avec lequel tu viens d’officialiser ?

Oui, ce n’était pas vraiment prévu d’ailleurs ! Mais oui, complètement. C’est ce que je vis et c’est ce que j’ai toujours recherché. Je fuis tout ce qui est malveillant ou toxique. Quand on rencontre une bonne personne, on le sent et c’est profond.

Ton rapport aux hommes n’a-t-il pas été affecté par cette histoire ?

Non, car j’ai eu la chance d’avoir un papa formidable. Même s’il a trompé ma maman, j’ai eu l’image d’un homme bon, avec ses erreurs et ses failles.

Ça te fait peur de devenir maman ?

Non, car je suis indépendante. Mon ambition vient de là. J’essaie de ne pas reproduire le schéma de ma maman, qui était dans une situation précaire. Elle dépendait de lui économiquement, c’était également ça le problème !

À ta naissance, vous faisiez appel au secours catholique. Aujourd’hui, ta vie est à l’opposé ?

Oui, j’ai pu mettre mes proches à l’abri. Je gâte ma mère au quotidien, elle est protégée et elle est heureuse. Moi, je vis entre Paris et New York.

Au début, tu ne croyais pas pouvoir en faire un métier, tu ne te sentais « pas particulièrement belle ». Quand en as-tu pris conscience ?

Je n’ai pas changé, j’ai toujours été grande, sauf qu’à l’école c’était une source de moquerie. Aujourd’hui, les gens trouvent que c’est bien. Moi, je fais en sorte de cultiver cette confiance en moi. En écrivant ce livre, par exemple, je sors de ma zone de confort. J’essaie de me dire que tout est possible. Ce métier m’a permis de rêver. Je ne parvenais pas à rêver lorsque j’étais petite. Je me limitais, je me voyais dans une vie complètement différente. À l’époque, je n’aurais jamais osé dire à haute voix que je voulais faire du cinéma. Aujourd’hui je le dis.

Cette confiance t’a-t-elle également aidée à affronter le monde du mannequinat ?

Au début de ma carrière, j’ai essuyé des refus en raison de ma couleur de peau. Quand je suis arrivée à Paris, on m’a expliqué que ça allait être plus compliqué pour moi parce que j’étais noire ! Mais, en 2013, j’ai été la première femme noire choisie pour le show Calvin Klein en exclusivité. Aujourd’hui, j’ai cette chance d’être choisie pour qui je suis.

* 3919 : numéro d’appel pour les femmes victimes de violence 24h/24 et 7j/7.

Dates clés

1. 27 septembre 1994

Cindy naît à Cagnes-sur-mer, dans le Var, d’origine italienne par son père et congolaise par sa maman. Sa sœur aînée s’appelle Christy.

2. 2013

Sa carrière de mannequin démarre avec le défilé Victoria’s Secret, à New York : elle joue désormais dans la cour des grandes !

3. Octobre 2021

Cindy officialise sa relation avec le joueur de basket, Serge Ibaka… et fait taire les rumeurs sur ses prétendues aventures avec des footballeurs.

4. 1er juin 2022

Cindy publie chez Harper Collins un livre poignant, Le jour où j’ai arrêté d’avoir peur, sur les violences dont elle a été co-victime, enfant.

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Propos recueillis par Leslie Benaroch

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