Guillaume Canet : "Je ne me suis jamais vraiment aimé"

Ce rendez-vous dans la forêt, c’était son idée. Une idée un peu cinglée, assez tentante. Voilà comment on se retrouve à s’enfoncer à 1 heure du matin dans les entrailles d’une forêt, une vraie, pas un parc récréatif avec des lampadaires.

Les mousses avalent les sons, les branches crépitent sous nos baskets, des oiseaux crient, la bande-son du vivant nous rend euphoriques. On progresse en rigolant à la lueur des téléphones, des mômes au bord de l’aventure, rien de lugubre, juste un peu mystérieux.

L’instinct animal

Guillaume Canet a l’air de savoir où il va. Il a grandi à la campagne, où il a plus fréquenté les bois que le centre aéré. « Gamin, j’allais écouter le brame du cerf au clair de lune, dans la forêt de Rambouillet. Je n’ai jamais eu peur. » Bref, à cet instant, ici, il se sent chez lui.

« En ville, la nuit n’est jamais totale. Alors que sous un ciel étoilé en pleine campagne, tu te la prends dans la gueule. Là, si on éteint la lumière de ton téléphone et qu’on essaie de rentrer dans le noir, on fera appel à notre instinct animal. Et donc, on reviendra à la vérité des choses, à l’origine, à cet instinct en partie perdu qui nous fait aller là où on doit aller, qui dit aux animaux de se barrer avant un tsunami. Sur le plan psychologique, c’est pareil, la nuit est un miroir. La lumière, ça éblouit, on y voit moins bien. La nuit, elle, ne ment pas, on se retrouve face aux choses. »

La nuit, elle, ne ment pas, on se retrouve face aux choses

On s’est calé sur le tronc d’un arbre déraciné à l’hospitalité plus accommodante que la banquette de velours d’un bar d’hôtel parisien. Un décor raccord avec l’atmosphère inquiétante et cocasse de son prochain film.

Un film personnel mais pas autobiographique

Lui, écrit en trois semaines pendant le confinement et tourné en quatre, est le septième long métrage de Canet réalisateur.

« J’étais en pleine prépa d’Astérix, et du jour au lendemain, tout s’arrête. Je pensais que j’étais incapable de planter un clou, mais j’ai commencé à faire des trucs, une terrasse, une cabane. Et un matin, j’ai eu besoin de parler d’une partie de moi. La partie qui m’a toujours emmené vers le bas, les angoisses, les problèmes existentiels, l’incertitude, l’inquiétude. Qui me rendait insupportable. Mon double. J’ai tapé trois lettres : LUI. Puis écrit les premières scènes entre un type et son double, qu’il appelle son ‘connard’, qui l’empêche d’être serein. »

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