"Hollywood", la nouvelle série Netflix, fascinante, glamour, invraisemblable

Sur Netflix, la mini série du showrunner Ryan Murphy réécrit l’âge d’or du cinéma américain. Un optimisme queer et réjouissant.

L’usine à rêves

Nous sommes à Hollywood, après la guerre, les grands studios tournent à plein régime. Un groupe de jeunes gens ambitieux, hommes et femmes, Blancs, métis ou Noirs, hétéros ou homos, sont décidés à percer dans l’industrie du cinéma quoi qu’il en coûte, prostitution comprise. Fascinante, glamour, invraisemblable souvent, la série convoque des personnages réels (Rock Hudson, Vivien Leigh ou George Cukor) et des archétypes fantasmés.

Aux manettes : Ryan Murphy, nouvelle étoile de Netflix (la plateforme vient de l’enrôler pour 300 millions de dollars !), créateur de Nip/Tuck et de Glee, pape du queer, qui ne s’embarrasse aucunement de réalisme et réécrit l’histoire hollywoodienne à sa guise, telle qu’il aurait souhaité qu’elle ait eu lieu, à l’aune des combats d’aujourd’hui, ceux de la représentation des minorités. À cet égard, le dernier épisode de Hollywood – «Happy end et coming out» – est d’une improbabilité joyeuse totalement assumée.

“Hollywood”, la nouvelle série de Netflix.

Mauvaises passes

Dans le premier épisode, les prétendants à la gloire en manque de dollars, mâles bien faits de leur personne, se prostituent dans une station-service malicieusement baptisée «Golden Tip» (le pourboire en or). Elle a réellement existé, et son propriétaire et proxénète, Scotty Bowers, mort l’an dernier, a publié une autobiographie juteuse et invérifiable, intitulée Full Service (2012).

Les clients célèbres de cette station «services», située sur Hollywood Boulevard, s’appelaient Cary Grant, Laurence Olivier ou Katharine Hepburn. Et bien sûr, Rock Hudson, présenté ici comme un bellâtre mal dégrossi, homosexuel dans le placard, sous la coupe de l’agent Henry Willson, qui découvrit Lana Turner, mais surtout repérait de jeunes play-boys musculeux dont il faisait ses amants puis, pour certains, des stars. Parmi eux, des gloires oubliées comme Tab Hunter ou Guy Madison. Superpuissant dans les années 1950, Willson est mort ruiné et déclassé en 1978.

Le combat des minorités

Dans Hollywood, tout est bien qui finit bien, Ryan Murphy signant un plaidoyer pro minorités tout à la fois politiquement (in)correct et feel good. La réalité de l’époque était bien plus cruelle, et la starlette noire à qui tout sourit, le personnage joué par Laura Harrier, n’aurait sans doute même pas été admise dans la cantine d’un grand studio en 1948, pas plus que n’est imaginable une histoire d’amour ouverte entre deux hommes, un Blanc et un Noir qui plus est.

La série réhabilite, en outre, deux actrices ayant existé elles aussi, mais n’ayant pas connu les mêmes grâces dans la réalité : Hattie McDaniel, première Noire à avoir reçu un Oscar, qui joua des domestiques toute sa vie ; et Anna May Wong, icône vivace de la communauté asiatique aux États-Unis, qui, malgré un talent souvent souligné, n’eut accès qu’à des personnages de Chinoises caricaturales. Même le rôle principal de Visages d’Orient, d’après Pearl Buck, lui fut refusé, la censure de l’époque (le fameux code Hays) n’acceptant pas les couples interraciaux à l’écran. C’est une Américaine grimée en Chinoise (la très oubliée Luise Rainer), qui obtient un Oscar pour le film en 1938. La petite histoire hollywoodienne n’a cessé de se répéter depuis.

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