INTERVIEW – Hugo Clément : « Je ne veux pas que ma fille vive dans un monde en crise permanente »

Ce dimanche 21 novembre, Hugo Clément est de nouveau « Sur le front ». Sur France 5, le journaliste propose une enquête choc sur l’élevage du saumon sauvage. Pour gala.fr, il s’est confié sur son travail, ses engagements face au dérèglement climatique mais aussi sa vision du monde pour les générations futures.

Un homme de terrain. Pour le nouveau numéro de son émission de documentaires environnementaux « Sur le front », Hugo Clément révèle « La vérité sur le saumon » ce dimanche 21 novembre sur France 5. Autrefois produit réservé aux repas de fête, le saumon se déguste désormais tout au long de l’année. À nos risques et périls. Pour Gala.fr, le journaliste de France Télévisions a accepté de nous dévoiler les contours de cette émission, mais aussi de parler de ses nombreux engagements menés à la fois pour lui mais surtout pour ses filles et les futures générations.

Gala.fr : La déforestation, le changement climatique et la maltraitante animale sont autant de causes qui vous tiennent à coeur. Est-ce que vous voyez aujourd’hui comme un journaliste porte-porte pour l’écologie ?

Hugo Clément : Je ne pense pas qu’il y ait des porte-paroles dans ces combats. Chacun à leur niveau, des millions de gens s’engagent dans de nombreuses causes. À travers mon métier, j’essaye de faire avancer les choses en faisant des enquêtes, en mettant en lumière des choses qui sont peu connues mais aussi des gens qui se battent pour trouver des solutions afin que les choses puissent avancer dans le bon sens. C’est vraiment le but de mon métier de journaliste avec un engagement assumé. On n’a plus le choix aujourd’hui. Il faut vraiment enclencher des transitions et des mesures fortes pour éviter la catastrophe qui arrive.

Gala.fr : Ce dimanche 21 novembre sera diffusé un nouvel épisode de « Sur le Front », pourquoi avoir choisi le saumon sauvage comme premier sujet ?

Hugo Clément : Nous avons décidé de traiter ce sujet car c’est le poisson le plus consommé et le plus apprécié par les Français. Or, on ne sait pas vraiment ce qui se cache derrière cette industrie ni même ses impacts sur l’environnement, les poissons et même sur les humains. On lève le voile sur toutes les pratiques afin que les consommateurs puissent prendre leurs décisions en connaissance de cause.

« Les citoyens et scientifiques essayent de trouver des solutions »

Gala.fr : Pour mener a bien votre reportage, vous vous êtes infiltré dans une ferme de saumons en Écosse, comment cela s’est-il passé ?

Hugo Clément : Ce sont des élevages qui sont installés en mer donc les poissons sont dans des cages. Nous pouvons donc y accéder en prenant un petit bateau. Nous avons pris un canoë pour être discrets et pour filmer les cages de l’intérieur. Ça a été assez simple, entre guillemets. C’est important de montrer ces images parce qu’il faut que les gens sachent dans quelles conditions les saumons sont élevés.

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Gala.fr Quelles sont les images qui vous ont le plus choquées pendant le tournage ?

Hugo Clément : Je pense que ce sont les images des fermes de saumons en Écosse où l’on voit les saumons vivants littéralement mangés par des poux de mer. C’est comme si on se faisait manger vivant et progressivement par des fourmis. Donc c’est abominable. Et puis les saumons sont dans un état catastrophique. Ça ne donne pas du tout envie de manger ces poissons-là quand on les voit rongés par la maladie. C’était très choquant et inattendu de voir, et de savoir, la quantité d’antibiotiques, de médicaments et de colorants qui est donnée à ces saumons, y compris à ceux qui ont des labels soi-disant de qualité comme le Label Rouge.

Gala.fr : Lors de votre reportage, vous mettez en lumière des citoyens et des scientifiques qui se battent pour trouver des solutions. Peut-on espérer des changements positifs ?

Hugo Clément : Quel que soit le sujet, que ce soit pour le saumon ou pour le reste, il y a toujours des gens qui essayent de trouver des solutions. On veut vraiment les mettre en lumière et non pas seulement dénoncer ce qui ne va pas. Dans le documentaire, on montre ces scientifiques français qui essaient de rendre le saumon végétarien voire quasi-végétarien. Ce n’est pas encore abouti mais c’est en bonne voie. Ça peut être aussi une des solutions.

« C’est au gouvernement de prendre les grandes décisions »

Gala.fr : Pourquoi avoir utilité le terme de « guerre » pour définir le contexte écologique dans votre dernier livre Journal de guerre écologique (Éd. Fayard, septembre 2020) ?

Hugo Clément : C’est la réalité. Il y a malheureusement tous les mois des gens qui se font tuer en défendant l’environnement. Par exemple, dans le parc des Virunga au Congo. Les rangers qui protègent les gorilles sont régulièrement victimes d’embuscades et se font souvent tuer. C’est vrai aussi au Mexique avec des militants qui défendent l’environnement. Et puis, on peut aussi utiliser le mot de « guerre » car il s’agit peut-être du plus gros enjeu qu’on n’ait jamais eu à affronter. C’est un terme qui est utilisé pour choquer mais qui correspond à ce qui est en train de se passer. Évidemment, ce n’est pas une guerre avec deux armées qui se font face. C’est une guerre qui est beaucoup plus insidieuse et plus perfide avec des conséquences et des enjeux qui sont très importants.

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Gala.fr : Selon vous, est-ce que la société et les politiques sont trop laxistes face à l’urgence climatique ?

Hugo Clément : Je pense que c’est compliqué de faire peser toute la responsabilité sur la société, le citoyen et le consommateur. D’abord, car il ne sait pas tout. Il y a des choses qu’on ne lui dit pas et c’est pour cela que le métier de journaliste est très important. Certes, on peut avoir un poids individuel en changeant nos comportements comme en achetant moins tel ou tel produit. Mais après, c’est au gouvernement de prendre les grandes décisions. Ce sont les gens au pouvoir qui disposent des outils pour prendre des grandes mesures et qui vont permettre d’éviter la catastrophe. Il y a de plus en plus de dirigeants et d’élus qui prennent conscience des enjeux et qui essayent d’agir. Mais globalement, au niveau mondial, les gouvernements ne sont quand même pas à la hauteur de ce qu’il faudrait faire et continuent d’encourager des industries et des pratiques très polluantes.

Gala.fr : À l’heure actuelle, qui peut essayer de faire bouger les choses ?

Hugo Clément : Il est vrai que les jeunes générations sont celles qui vont le plus subir les conséquences du changement climatique. Plus on va aller dans le temps, plus ces conséquences vont être fortes. C’est une génération qui n’a pas le choix et qui doit prendre les choses en main. Elle peut jouer un rôle moteur sur ces questions-là à l’image de Greta Thunberg qui arrive à sortir les gens de l’indifférence. Cependant, il est important que le combat pour l’environnement et l’écologie ne soit pas un combat générationnel mais bien intergénérationnel. Il faut que toutes les générations additionnent leur force. On a besoin de tout le monde. Dans notre documentaire, nous montrons qu’il y a vraiment des gens de tout âge et parfois même très âgés qui font un travail vraiment formidable et qui consacrent leur vie à ça. Je crois qu’il ne faut pas opposer les générations. Au contraire, il faut que tout le monde se mette main dans la main pour faire avancer les choses le plus vite possible.

«  »J’aimerais lui laisser un monde où il est agréable de vivre »

Gala.fr : Pour apporter votre pierre à l’édifice, quelles habitudes avez-vous changées ?

Hugo Clément : Je suis loin d’être exemplaire. Déjà avec mon travail, je prends beaucoup l’avion. J’ai un bilan carbone très important. Mais je fais de mon mieux dans d’autres domaines. Je suis végétarien depuis six ans car on sait que la viande est l’un des postes les plus polluants. J’essaye de limiter au maximum l’usage du plastique. Pour les vacances, je privilégie la France. À Biarritz, nous avons un mode de vie où on prend très peu la voiture. Nous faisons aussi des petites choses pour la gestion des déchets. Et pour les fringues, je suis une catastrophe ! Je n’achète jamais d’habits. Mes collègues et mes amis se moquent même de moi car j’ai toujours le même jean depuis quinze ans avec des trous que je fais recoudre. Je n’achète que très rarement de nouveaux habits car j’en ai suffisamment. Ce sont des gestes anecdotiques à l’échelle du monde, mais si nous sommes des millions à le faire ce sera déjà bien.

Gala.fr : Vous êtes l’heureux papa de Jim et le beau-papa de Ava, est-ce que vous avez peur pour elle en la voyant grandir dans un tel environnement ?

Hugo Clément : Bien sûr. J’ai peur de ce que l’avenir leur réserve alors qu’elles n’y sont pour rien. Mais ça ne me fait pas peur au point d’être tétanisé et d’y penser tous les jours. Malgré les dangers qui nous guettent, je pense qu’il est important d’être heureux, de passer des bons moments et de rire. Je suis combatif mais pas du tout dépressif (rires). Je n’y pense pas au quotidien mais c’est elles qui me motivent à mettre toutes mes forces dans cette lutte. Je n’ai pas envie qu’elles vivent dans un monde en crise permanente avec des catastrophes toutes les deux semaines. Je pense que beaucoup de parents sont engagés dans cette lutte pour essayer d’offrir à leurs enfants un monde moins noir que ce qui nous est annoncé.

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Gala.fr : Quel monde souhaiteriez-vous lui laisser ?

Hugo Clément : J’aimerais lui laisser un monde où il est agréable de vivre. Un monde où c’est possible de vivre dans de bonnes conditions. Je ne suis pas trop ambitieux. Je ne vais pas dire un monde sans conflit ou un monde sans maladie. Je suis réaliste. Je souhaiterais déjà un monde où les enfants puissent continuer de vivre avec des moments de bonheur sans être toujours confrontés à la gestion de crises toutes plus graves les unes que les autres. Aujourd’hui, l’enjeu le plus fondamental est de permettre aux futures générations de continuer à vivre ce que nous vivons. À savoir, respirer un air plus ou moins pur, profiter de la nature, avoir de l’eau quand on en a besoin et d’avoir des températures supportables. Tout ce qui nous paraît aujourd’hui normal, n’est pas vraiment garanti pour l’avenir.

Gala.fr : Est-ce que votre compagne, l’ancienne Miss France Alexandra Rosenfeld, vous soutient dans chacun de vos engagements ?

Hugo Clément : Bien sûr, Alexandra est aussi super engagée sur ce côté-là !

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Crédits photos : Pierre Perusseau / Bestimage

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