INTERVIEW – Mike Horn : « Je ne pense pas à mourir mais à rester vivant »

Depuis trente ans, Mike Horn pousse ses limites à travers des expéditions en terrains hostiles. En 2019, l’explorateur de l’extrême a titillé la mort dans sa dernière aventure en Arctique, diffusée ce vendredi 5 novembre sur RMC Découverte. Entre les conditions difficiles, les craintes et les conséquences du réchauffement climatique, Mike Horn a accepté de dévoiler les dessous de son exploration à Gala.fr.

Impossible n’est pas Mike Horn. En 2019, l’aventurier s’est lancé un nouveau défi : traverser l’Arctique en 87 jours. Une expédition réalisée dans des conditions extrêmes que les téléspectateurs vont avoir la chance de découvrir dans le premier épisode du documentaire « Mike Horn : survivre à l’impossible », diffusé ce vendredi 5 novembre sur RMC Découverte. Avant de repartir vers de nouvelles contrées, Mike Horn est revenu sur cette aventure qui aurait pu lui coûter la vie, à l’occasion d’une interview accordée à Gala.fr.

Gala.fr : Vous aviez un défi fou de traverser l’océan Arctique via le pôle Nord. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Mike Horn : Après trente ans d’expérience un peu au Pôle Nord et au Pôle Sud ou à 8.000 mètres au fin fond de la jungle, je pensais être capable de faire quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant. J’étais tellement convaincu que je pouvais le faire que les autres personnes me croyaient aussi capable de le faire. Mais si cela n’a jamais été fait, c’est qu’il y a bien une raison. La traversée du Pôle Nord, dans la manière dont j’ai souhaité le faire avec Borge Ousland, n’a jamais été faite. Au départ, je pensais que c’était possible. Ce n’est qu’en arrivant à la fin de l’expédition que je me suis rendu compte que je ne serais plus capable de le refaire. Tout ce que j’ai pu imaginer avant de me lancer n’était pas la réalité une fois arrivé sur le terrain.

Gala.fr : En quoi cette expédition était différente de celles que vous avez réalisées dans le passé ?

Mike Horn : En 2006, lorsque j’ai fait ma première expédition au Pôle Nord, pendant l’hiver, je croyais que c’était impossible de le traverser. Mais à cette époque, j’étais beaucoup plus jeune et beaucoup plus fort. Je pensais que j’arrivais au bout de mes capacités physiques et mentales. L’autre différence est que je n’ai jamais eu ce sentiment d’arriver au bout de moi-même. Cette année-là, je croyais que c’était impossible de traverser le Pôle Nord. Et quatorze ans plus tard, je me suis dit que c’était possible. Elle est là, la vraie différence. Jamais dans mes précédentes expéditions je me disais que c’était impossible de faire l’Amazone à la nage ou de grimper à 8.000 mètres d’altitude.

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Gala.fr : Quels ont été les obstacles à surmonter lors de cette aventure ?

Mike Horn : L’expédition ne se résume pas seulement à la traversée du Pôle Nord. C’était aussi de monter dans un bateau qui allait m’emmener à 85 degrés nord. C’est déjà une expédition en soi car elle pouvait échouer bien avant qu’elle ne soit commencée. J’étais à bord d’un bateau semblable à un voilier qui n’était pas un brise-glace. C’est là que notre expédition était déjà un peu risquée. Je suis parti de Nome (en Alaska) avec un équipage jeune, motivé et très peu expérimenté. J’étais le seul à avoir réellement l’expérience de la navigation dans ces régions polaires. Former une équipe qui a soutenu mes idées et qui a cru en moi cela a donné une équipe qui ne voulait pas lâcher et qui voulait vraiment arriver. En poussant chaque personne à ses propres limites, on a pu faire cette traversée. Une fois arrivés, c’était à nous de jouer pour essayer de rester vivant pendant 87 jours seul dans l’Arctique. C’est très long dans des conditions de nuit noire où il fait extrêmement froid. La glace était devenue très mince. Il y avait tellement de possibilités de mourir que c’était presque la roulette russe pour penser que l’expédition était possible.

« Quand on accepte les dangers, on fait la différence entre la vie et la mort »

Gala.fr : Vous semblez être une force de la nature. Comment vous étiez-vous préparé à cette expédition ?

Mike Horn : L’expédition est une accumulation d’expériences. Sur le terrain, j’ai amélioré et développé de nouvelles connaissances. J’ai compris que je pouvais prendre un sac de couchage plus léger, de la nourriture plus calorique et nécessaire pour tirer un poids de 180 kilos. L’ensemble de mes expéditions m’ont permis d’évoluer.

Gala.fr : Lors de cette traversée de l’Arctique par le Pôle Nord, vous avez failli perdre la vie. Que s’est-il passé ?

Mike Horn : À cause du réchauffement climatique, la glace est devenue beaucoup plus mince qu’avant. En 2006, elle faisait 2 mètres 6. Et lorsque j’ai traversé la glace en 2019, elle ne faisait plus que huit centimètres. Cette glace, posée sur l’eau, bougeait en constance à cause du courant transarctique. Et comme la glace est fine, elle est influencée par les vents. C’est donc devenu très difficile pour moi de savoir dans quelle direction la glace allait bouger. Il me restait 20 kilomètres à parcourir quand je suis tombée dans l’eau glacée. Mon espérance de vie était alors de 2 minutes mais j’ai réussi à m’extirper de l’eau et à me réchauffer. Après j’ai repris la marche. Le réchauffement de la planète a rendu cette expédition vraiment difficile et dangereuse car je marchais sur des périodes de onze jours sur une glace toujours en mouvement.

Gala.fr : Où puisez-vous cette force ?

Mike Horn : Je pense que c’est quelque chose que l’on peut développer tout au long de notre vie et qui devenaient presque un style de vie. Je suis quelqu’un de très curieux et cela me donne envie d’aller dans des endroits où d’autres personnes ne peuvent pas aller. Je n’ai pas peur d’avoir peur. Sortir de ma zone de confort fait partie de ma vie. J’ai vécu des moments difficiles dans des conditions extrêmes. À partir du moment où l’on commence à faire des choses qu’on n’aime pas faire dans la vie, c’est là qu’on vit pleinement. Cela nous permet d’accepter la vie avec ses difficultés et ses facilités. C’est ça que j’aime de la vie. Je ne suis pas quelqu’un qui est motivé tous les jours pour sortir la tente ou pour tirer la luge, de souffrir ou de geler mes doigts. Je n’aime pas ça mais j’ai une discipline qui me force à me lancer là-dedans. Ça devient presque ma motivation. Râler ne sert à rien, ça détruit qui on est et ce qu’on peut construire.

Gala.fr : Est-ce que vous n’avez pas l’impression de pousser trop loin vos limites ?

Mike Horn : C’est sûr qu’après trente ans d’expédition, j’ai envie de pousser mes limites. Peut-être qu’un jour, je ferai l’erreur fatale qui entraînera ma mort. Mais ce n’est pas ça qui me fait peur. C’est plutôt de ne pas faire des choses qui me font peur. Ce que je fais me donne le sentiment d’être vivant. Je ne pense pas à mourir mais à rester vivant. C’est dangereux mais quand on accepte ces dangers, c’est là qu’on fait la différence entre la vie et la mort.

« Je préfère vivre un jour comme un lion que de vivre toute ma vie comme un mouton »

Gala.fr : Qu’est-ce qui vous a donné ce goût pour l’aventure ?

Mike Horn : Je pense que je suis né avec ce goût. Je n’ai pas décidé un jour de traverser les Pôles Nord et Sud. Je pense que chaque personne est née avec un talent qui la rend unique. J’ai toujours aimé aller dans la nature, repousser mes limites, avoir peur et ne pas être certain des choses qui vont se passer devant moi. Quand on aime ça, on le recherche. Je n’ai pas fait cette expédition pour dire que j’ai traversé le Pôle Nord. Je cherche juste à être heureux dans la vie et être la meilleure personne que je puisse être. Je souhaite partager mon vécu pour inspirer des gens. En faisant ça, tout devient possible. C’est sûr, je ne veux pas mourir. Mais je préfère vivre un jour comme un lion que de vivre toute ma vie comme un mouton.

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Gala.fr : En février 2015, vous traversiez une difficile épreuve de la vie. Votre femme Kathy décédée des suites d’un cancer. Comment avez-vous eu la force d’affronter ce drame et de continuer vos expéditions ?

Mike Horn : Quand j’ai perdu ma femme, qui était l’ancre et le pilier, c’est très difficile. J’aimais tellement ma femme. Nous avons été ensemble pendant vingt-huit ans. Pour moi, il n’y avait personne d’autre qu’elle. Elle était extraordinaire. Je n’ai jamais pensé que je vivrai plus longtemps qu’elle, car c’était moi qui prenais les risques. Un jour, quand elle était très malade et qu’elle avait peu de chance de s’en sortir, je lui ai dit : « Tu sais Kathy, je préfère mourir avec toi que de vivre sans toi ». Elle m’a répondu : « Mike, tu peux vivre pour moi. Tu n’as pas besoin de mourir avec moi. Vis pour moi, vis pour tes filles, vis pour les autres ». Ça a changé la façon dont je voyais la vie. C’est triste mais rien dans la vie est permanent. La vie est courte c’est pour cela qu’on doit vivre chaque jour à fond. Quand on aime, on doit aimer à fond. Quand on s’engage dans des choses, on doit s’y engager à fond. On ne sait jamais quand on va dire au revoir à la vie. Je vis mes jours comme si c’était les derniers jours sur Terre. Heureusement, jusqu’à maintenant, je suis toujours là.

« Il faut donner l’envie de protéger notre planète »

Gala.fr : Votre femme Kathy était la coordinatrice de vos voyages. Aujourd’hui se sont vos deux filles Annika et Jessica qui s’en occupent. Comment définissez-vous votre relation ?

Mike Horn : Pour moi, un père doit donner des ailes et une rigueur à ses enfants pour qu’ils puissent accomplir leurs rêves dans leur vie. Dans mon enfance, J’ai eu beaucoup de respect pour papa qui était un grand joueur de rugby en Afrique du Sud. C’était mon idole. Je voulais tout simplement être comme lui car il m’inspirait. C’est ça que je veux aussi faire pour mes filles. Je veux les inspirer, être leur modèle, leur donner la liberté de croire en elles-mêmes et de devenir ce qu’elles souhaitent devenir tout en respectant les autres et tout en travaillant. Il n’y a rien de gratuit dans la vie.

Gala.fr : Avez-vous une idée pour votre prochaine expédition ?

Mike Horn : Oui, arriver à Paris et y survivre pendant deux jours. Ça, c’est une expédition pour moi (rires). J’ai plein de projets qui vont de nouveau m’emmener dans les régions polaires, l’Amazonie et ensuite explorer les côtes ouest de l’Amérique du Sud. On a un projet qui s’appelle « What’s left ? » (ndlr : que reste-t-il). On va partir pendant quelques années pour montrer aux gens l’étendue des beautés qui restent sur notre planète. Notre but est de leur donner de l’espoir et non de dire que tout est fini. Ça suffit maintenant de dire que tout est foutu. Il faut donner de l’espoir et donner l’envie aux gens de protéger notre planète. Après mon expédition en Arctique, j’ai été choqué des conséquences du réchauffement climatique. Quand un explorateur voit que son terrain de jeu est en train de changer aussi vite, là il faut le partager. En étant un témoin authentique et vrai, c’est là que les gens peuvent écouter.

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Crédits photos : Etienne Claret

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