Jill Biden, l’ex-"second lady" qui va signer son entrée à la Maison-Blanche

“Il fera pour votre famille ce qu’il a fait pour la nôtre”, a promis l’épouse de Joe Biden lorsque celui-ci a été désigné candidat démocrate à la présidentielle américaine. Portrait d’une professeure engagée, qui va devenir la première dame des États-Unis.

Quarante-cinq ans après sa rencontre avec Joe Biden, par un samedi de 1975, elle a assisté à l’intronisation de son époux comme candidat officiel du parti démocrate à la présidentielle, le mardi 18 août, lui rendant sur scène un vibrant hommage. «Je sais que si nous confions cette nation à Joe, il fera pour votre famille ce qu’il a fait pour la nôtre – nous rassembler et nous unir, nous porter en période de besoin, et tenir la promesse de l’Amérique pour nous tous», a-elle lancé lors de la convention nationale du parti démocrate. «Vous voyez pourquoi elle est l’amour de ma vie et le roc de ma famille», a-t-il répondu.

Un soutien de poids

Sur son compte Twitter, Joe Biden a de nouveau loué les qualités de son épouse, le mercredi 19 août. «Jill aime farouchement, se soucie profondément des gens, et rien ne l’arrête lorsqu’elle décide d’améliorer quelque chose, a-t-il écrit. Vous tous, à travers le pays, pensez simplement à votre professeur favori, celui qui vous a poussé à croire en vous. C’est le genre de première dame que sera Jill.» Atout incontesté du candidat démocrate, cette enseignante de 69 ans, qui cumule désormais plus de 1,2 million d’abonnés sur Twitter, est apparue à des meetings de campagne virtuels dans plus de dix-sept villes entre les mois de mai et d’août. En mars, elle s’est même interposée physiquement entre son époux et une perturbatrice sur la scène du Super Tuesday. Le 22 octobre, elle assistait, dans une robe à fleurs, au dernier débat présidentiel de son époux.

Mariés depuis quarante-trois ans, Jill Jacobs et Joe Biden n’étaient pas destinés à se rencontrer. Née le 5 juin 1951 à Hammonton, dans le New Jersey, l’aînée de la famille Jacobs, père banquier, mère au foyer, grandit à Willow Grove, en Pennsylvanie, entourée de quatre sœurs. Adolescente indisciplinée mais brillante, Jill Jacobs fréquente le lycée Upper Moreland, dans le comté de Montgomery. Elle obtient son baccalauréat en 1969. La jeune fille suspend ses études le temps d’un bref mariage avec Bill Stevenson, joueur de football pour l’université locale. Après leur séparation, en 1974, Jill Jacobs est diplômée d’une licence d’arts à l’université du Delaware. Elle enseignera l’anglais dans une école publique durant treize ans.

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“Maman nous a envoyé Jill”

Son destin bascule en 1975, lorsqu’elle croise la route d’un des frères de Joe Biden, qui tient absolument à lui présenter la jeune femme de 24 ans. Et convainc Jill Jacobs d’accepter un rendez-vous. Joe Biden, lui, traverse une période sombre. Veuf depuis trois ans, il a perdu son épouse Neilia et Naomi, leur fille de treize mois, dans un accident de voiture. Devenu sénateur du Delaware, il veille désormais sur ses deux fils, Beau, né en 1969, et Hunter, né en 1970. Jill a raconté leur première rencontre à Vogue en 2016. «J’étais en dernière année et je sortais avec des types en jeans, sabots et t-shirts, décrit-elle alors. Il s’est présenté à la porte en veste de sport et mocassins, et je me suis dit : “Mon Dieu, ça ne marchera jamais”. Il avait neuf ans de plus que moi !»

Pourtant, les fils de Joe Biden se familiarisent rapidement avec la nouvelle compagne de leur père. «Je n’imaginais pas que je me demanderais, à l’âge de 26 ans, comment réparer une famille brisée, a-t-elle déclaré lors de la convention démocrate. Mais Joe a toujours dit à ses garçons : “Maman nous a envoyé Jill” – comment aurais-je pu la contredire ?» Si Joe Biden est alors convaincu qu’il doit épouser celle qui a «sauvé leur famille», il essuie néanmoins quatre refus avant qu’elle n’accepte sa demande en mariage.

«Je ne pouvais pas risquer qu’ils (Beau et Hunter, NDLR) perdent une autre mère», confie-t-elle dans une tribune à Time Magazine en août 2019. Le couple se marie le 17 juin 1977 à la chapelle des Nations-Unies, à New York. Quatre ans plus tard, il donne naissance à une petite fille prénommée Ashley. Jill reprend ses études, obtient un master d’arts à l’université de Villanova, puis un master d’éducation à l’université de West Chester, le tout en Pennsylvanie. Elle enseigne dans un collège communautaire du Delaware durant quinze ans, et dans un hôpital psychiatrique pour adolescents.

Aux portes de la Maison-Blanche

Joe et Jill Biden, Michelle et Barack Obama assistent à la convention nationale démocrate. (Denver, le 28 août 2008.)

En 2008, son époux est désigné vice-président par Barack Obama. Devenue «second lady», l’enseignante doit composer avec les feux des projecteurs. «Quand Barack a été élu et qu’il a désigné Joe comme vice-président, notre vie a changé, a-t-elle déclaré. Des hélicoptères tournaient au-dessus de notre maison. C’était fou !» Jill rechigne pourtant à bousculer son quotidien. La «deuxième dame» fait toujours huit kilomètres de jogging, cinq jours par semaine. Elle poursuit également sa carrière de professeur au collège communautaire de Virginie du Nord, où elle enseigne encore à ce jour, et maintient ses engagements en faveur des enfants défavorisés et des familles de militaires. En 2012, elle écrit un livre pour enfants, Don’t forget, God bless our troops, paru aux éditions Simon & Schuster, inspiré de l’expérience de Natalie, petite-fille de Joe Biden. En effet, son père, Beau Biden, procureur du Delaware et officiel de l’armée américaine, s’est engagé dans plusieurs opérations en Irak en 2009.

Peu après son retour de mission, il annonce être atteint d’un cancer du cerveau, auquel il succombe le 30 mai 2015, à l’âge de 46 ans. Lors de l’enterrement, son frère Hunter Biden rend hommage à leur belle-mère Jill, déclarant qu’elle saura de nouveau «réparer» leur clan. Véritable pilier de sa famille, la professeure ne faillit pas depuis. En 2017, elle co-crée la Fondation Biden, qui lutte contre les violences faites aux femmes et soutient les familles de militaires. Elle officiera désormais aux côtés de son époux à la Maison-Blanche. Si le couple avait quitté cette dernière en 2017, il y fera son grand retour le 20 janvier 2021, lors de l’investiture du 46e président des États-Unis. La première dame n’envisagerait pas, pour autant, d’abandonner son poste d’enseignante. «Enseigner n’est pas ce que je fais, clame-t-elle. C’est ce que je suis.»

*Cet article, initialement publié le 19 août 2020, a fait l’objet d’une mise à jour.

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