Le couple Brigitte et Emmanuel Macron : "Leur 'charnellité' est très présente"

Dans l’élan de la rentrée littéraire, l’auteure Gaël Tchakaloff publie Tant qu’on est tous les deux, et tente de raconter l’amour de Brigitte et Emmanuel Macron, resté intact face au pouvoir.

«Fusionnel», c’est d’abord comme ça que Gaël Tchakaloff décrit le couple formé par Brigitte et Emmanuel Macron. Depuis le début de la campagne présidentielle, en automne 2016, l’écrivaine côtoie le président et sa première dame, qui fascinent tant les Français. Au début de l’année 2020, elle décide d’en faire un livre : Tant qu’on est tous les deux, sorti le 25 août 2021 (1). Par un jeu de vouvoiement à l’adresse du président de la République et de tutoiement pour la première dame, elle les interpelle à travers les lignes de son ouvrage. Grâce à de nombreux témoignages comme celui de Françoise Noguès, mère d’Emmanuel Macron, ou bien de Brigitte Macron en personne, elle rend compte du quotidien du couple, de leur travail, mais surtout de leur amour. Cet amour qui leur permet de surmonter n’importe quelle épreuve, même le pouvoir. Rencontre.

Madame Figaro. – Vous avez passé beaucoup de temps avec les Macron, jusqu’à presque vivre avec eux. Comment décririez-vous ce couple qui fascine tant les Français ?
Gaël Tchakaloff. –
C’est un couple fusionnel, totalement imbriqué d’un point de vue cérébral, scellé par une approche poétique et littéraire de la vie. Ils ont une vision romanesque et romantique de l’union, de l’amour, doublée d’une relation ludique. Ils plaisantent constamment, s’amusent ensemble. Ils ont gardé une forme de légèreté et d’insouciance dans leur relation, que l’on perd habituellement au fil des années. Leur «charnellité» est très présente. Ils se touchent beaucoup, la main, l’épaule, se prennent le bras, se donnent un baiser dans le cou, sur la joue. Ils n’ont pas besoin de se parler pour se comprendre. Leurs tempéraments différents sont marqués d’une empreinte réciproque très forte, dont on sent l’ancrage chez l’un comme chez l’autre.

Emmanuel Macron et son épouse Brigitte, au mémorial de Rajghat. (New Delhi, le 10 mars 2018.)

Peut-on dire que vous êtes amie avec Brigitte Macron ?
Je ne sais pas si elle me considère comme son amie, mais je la considère comme telle. Cette relation s’est construite avant l’élection. Depuis qu’elle est première dame, je n’ai jamais employé le mot «amitié» avec elle parce que le cœur du pouvoir est exclusif de l’amitié.

Comment est née votre relation avec elle ?
Je suivais son époux avant qu’il ne déclare sa candidature, en 2016. Sa singularité, son décalage m’avaient sautés aux yeux, il était très différent des autres candidats que je suivais, dont Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Je n’avais pas ou peu approché Brigitte Macron. En janvier 2017, au meeting de Quimper, nous étions quelques-uns derrière le rideau noir de la scène et elle est venue vers moi. Elle savait sans doute que je suivais son mari depuis plusieurs mois. Elle m’a adressé la parole très naturellement, j’étais assez surprise de cette manière de faire d’une fraîcheur peu habituelle dans le monde politique. Au fur et à mesure du reste de la campagne, nous nous sommes revues lors des meetings et nous avons tissé des liens. On ne s’est plus quittées, on a commencé à s’envoyer des SMS, se téléphoner, se retrouver pour des déjeuners, des cafés. Tout ça s’est construit au fur et à mesure du temps, comme avec n’importe quelle personne que l’on rencontre et à laquelle on s’attache.

En vidéo, “Brigitte Macron, un roman français”, la bande-annonce

Quand vous avez eu l’idée d’écrire ce livre, les relations avec le couple et son entourage sont devenues compliquées. Que s’est-il passé exactement ?
J’ai envoyé un mail aux conseillers du président et à sa femme, pour les tenir au courant de mon projet. À partir de ce moment-là, j’ai été bloqué de partout. Je ne pouvais pas aller sur le terrain, je ne pouvais pas accéder aux déplacements d’Emmanuel Macron ou de la première dame. Les justifications variaient, manque de place ou de temps, j’ai rapidement compris que ma présence était gênante. Ça a été comme ça pendant plusieurs mois, mais j’ai maintenu ma ligne, faisant savoir que j’écrirai ce livre quelles que soient les circonstances. Ce qui était ambivalent c’est que Brigitte Macron n’avait pas rompu sa relation amicale avec moi. Je continuais à lui parler par téléphone, à la voir à l’Élysée, en profitant pour harceler les équipes du Palais et quémander des accréditations pour les déplacements. Jusqu’à ce que les conseillers craquent et m’autorisent à être en immersion auprès du couple.

Est-ce que les Macron ont lu votre livre ?
Je ne sais pas si le président l’a lu, et je pense que Brigitte Macron ne le lira pas. Pour deux raisons : d’abord elle ne lit rien de ce qui est publié sur elle. Ensuite, sur le terrain affectif, elle n’a sans doute pas très envie de lire quelque chose qui est écrit par une femme qu’elle connait bien. Brigitte Macron se protège beaucoup.

Brigitte et Emmanuel Macron célèbre la victoire de ce dernier au premier tour des élections présidentielles françaises. (Paris, le 23 avril 2017.)

Françoise Noguès, la mère d’Emmanuel Macron, vous a parlé de manière exclusive. Que vous a-t-elle dit qui a vraiment enrichi votre connaissance du président de la République ?
Ce qu’il y a entre les lignes me paraît aussi intéressant que les mots prononcés. Nos parents disent beaucoup de ce que nous sommes. Françoise Noguès est un personnage à part, original, au caractère fort, c’est une femme qui a un rapport puissant avec la chose artistique et donc je comprends mieux d’où vient la fascination du président pour la création. Elle est plus brute que lui dans son rapport à l’autre. Par son évolution professionnelle, Emmanuel Macron a appris une forme d’urbanité. Sa maman c’est un peu un diamant sauvage, elle ne fait pas les efforts d’urbanité que lui fait en étant président. Elle est un élément central pour le comprendre, saisir son passé, sa construction, son couple, son avenir, sa distance au pouvoir, à l’argent.

D’après de nombreuses histoires entendues sur le couple, les parents d’Emmanuel Macron l’auraient envoyé à Paris pour qu’il ne voit plus Brigitte avant ses 18 ans. Mais Françoise Noguès dit le contraire. Quelle est la vérité finalement ?
Ce qui a été raconté jusqu’à maintenant est totalement faux. Françoise Noguès n’est pas quelqu’un qui joue en stratégie, je sais donc qu’elle s’est confiée à moi en transparence du cœur et de l’âme. C’est Emmanuel Macron qui a choisi d’aller à Paris. Effectivement, ses parents lui conseillaient depuis plusieurs années d’aller faire ses études à la capitale, car il avait «un tour de plus scolairement». C’est lui qui a choisi d’aller à Henri IV et de faire hypokhâgne et khâgne. Cela n’a rien à voir avec l’histoire qui le liait à Brigitte. Il a sans doute été complexe pour Françoise Noguès et Jean-Michel Macron de voir leur fils amoureux d’une femme qui était plus âgée. Mais sa mère le dit dans le livre : une fois qu’il est déterminé, il va jusqu’au bout. Ils ont dû lui dire quels étaient les enjeux de cette relation, le fait qu’il n’aurait pas d’enfants et que socialement parlant ça allait être compliqué. Je ne crois pas qu’il y ait eu de fâcheries familiales graves puisque j’ai pu constater la force des liens qui unissent Françoise Noguès à Brigitte Macron.

À un moment, vous demandez à Françoise Noguès si elle pense qu’Emmanuel est heureux. Est-ce que vous pensez que Brigitte Macron et son époux sont heureux ?
Oui, absolument. C’est pour ça que le livre s’appelle Tant qu’on est tous les deux. C’est une phrase que Brigitte Macron répète très souvent. Mais le «tant qu’on est tous les deux» dit aussi : «Au fond nous serons toujours heureux dès lors que nous sommes ensemble». J’ai voulu rapporter ce que je vivais auprès d’eux, je n’avais absolument pas anticipé la difficulté du pouvoir, surtout durant ce quinquennat. Eux, ils ne se sont jamais plaints de ces épreuves et ne s’en sont jamais émus auprès de moi. J’ai pris la décision d’écrire ces difficultés. Elles rendent leur quotidien plus complexe, jusqu’à les empêcher de dormir, mais je n’ai pas le sentiment que cela emmaille la possibilité de leur bonheur.

Emmanuel Macron, à l’époque candidat à l’élection présidentielle, et son épouse Brigitte, lors d’un séjour à la montagne. (Bagneres de Bigorre, le 12 avril 2017.)

Ils sont très ouverts, mais finalement leur cercle intime se résume à eux deux ?
Et personne ne rentre dans leur bulle. Ce n’est pas lié au pouvoir, c’était comme ça bien avant l’élection. Ce rempart de l’intime explique que leur amour résiste à l’épreuve du pouvoir. Pendant ces deux ans, je pensais qu’au bout de quelques temps j’allais discerner des fêlures, mais à aucun moment je n’ai surpris la moindre faille dans leur dialogue. C’est un livre sur l’amour hors du commun qu’ils partagent ensemble, sur leur manière d’être et de vivre, mais aussi sur le pouvoir, le temps et la solitude du pouvoir. Je serais très étonnée qu’Emmanuel Macron et Brigitte se séparent avant la mort. La pérennité d’un couple ne va pas dans le sens de la société actuelle et leur écart d’âge est assez moderne. Tout cela demeure inattendu au sommet de l’État.

Est-ce que Brigitte Macron aime être première dame ?
Je pense que c’est une question qu’elle ne se pose pas, étant une femme d’État et une femme de devoir. Je l’ai vue beaucoup plus heureuse en donnant des cours de littérature, comme dans le chapitre intitulé «La leçon». Et plus proche d’elle-même lorsque je la suivais dans les visites d’hôpitaux, que lorsqu’elle est en tailleur amidonné sur les premières marches du perron de l’Élysée. Elle embrasse son rôle par devoir vis-à-vis des Français et vis-à-vis de son époux.

Est-ce que Brigitte Macron est très différente des premières dames qui l’ont précédée ?
Radicalement, oui. D’une part, c’est un personnage très libre et très puissant intellectuellement. Très autonome et indépendant. D’autre part, c’est la première fois que le cœur du pouvoir accueille un couple aussi soudé et fusionnel. En d’autres termes, je pense qu’il a été rare qu’un président ne trompe pas sa femme… Sur le terrain opérationnel, Brigitte Macron développe des activités propres qui comblent les trous dans la raquette de la machine exécutive, qu’il s’agisse du harcèlement des enfants, des handicapés, des laissés pour compte. À la différence de Cécilia Sarkozy, Brigitte Macron ne se mêle pas des affaires de politique politicienne. En revanche, comme c’est une femme d’État, elle a des avis, de la hauteur, une vision de ce que doit être la France. Elle ne participe pas aux réunions politiques, mais je suis absolument convaincu qu’il y a, entre elle et son mari, des discussions majeures. Elle peut et sait tout faire. Je pense que l’on pourrait la rapprocher de Michelle Obama ou de Hillary Clinton.

(1) Tant qu’on est tous les deux, de Gaël Tchakaloff, éditions Flammarion/Versilio, août 2021.

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