Léa Salamé : son ambition, son couple avec Raphaël Glucksmann, leur fils… l'interview intime

Ce jeudi 1er octobre, elle anime l’émission spéciale Unis pour le Liban. Elevée dans le culte de l’excellence, Léa Salamé est exigeante avec elle-même. Mais loin de son image de journaliste agressive et sûre d’elle, la quadra est une femme sensible qui cache de nombreuses fêlures…

On n’arrive pas à ce niveau de réussite par hasard. Depuis son adolescence, Léa Salamé est déter- minée à exister, à devenir la meilleure dans sa catégorie. Elle a été élevée avec cet objectif : l’excellence. Quarante ans, et déjà plusieurs vies. Elle est née au Liban, se sent différente, atypique et en a souffert, mais c’est sur cette faille, devenue force, qu’elle s’est construite. Mise à nu face à sa consoeur Catherine Ceylac pour Gala.

Les préjugés sur son compte qui l’agacent

Quand on dit que je suis agressive, chaque fois, cela me touche. Cela a pu être vrai, mais cela ne l’est plus. Je me dis que personne n’a perçu qu’il y avait eu un changement. J’écoute les critiques, contrairement à l’image que l’on peut avoir de moi. Lorsque j’entends « Léa, c’est l’assurance », ce n’est pas vrai ! Je suis une montagne de doutes. Une femme, dans une arène telle que l’interview politique, doit se démarquer. Il faut montrer du courage. Il y a trois ou quatre ans, j’ai pu sans doute y aller un peu trop fort pour marquer mon territoire, montrer mes muscles. Ensuite, j’ai compris que les femmes essuient toujours ce genre de reproches. Quand Jean- Jacques Bourdin pose la même question que moi, on parle de pugnacité, on dit qu’« il en a ». En revanche, quand il s’agit une femme, on parle d’agressivité. Ce n’est pas juste ! Je me bats contre ça.”

Si Léa Salamé était un homme

“Je ferais l’amour à plusieurs femmes. J’aimerais bien savoir ce que c’est d’être dans l’autre position (Rires) ! “

Ce qu’elle n’aime pas chez elle

“Beaucoup de choses (Silence)… Je suis très impatiente, trop spontanée. J’ai peur du vide, peur de l’échec. J’ai toujours peur de rater. Je n’arrive toujours pas à accepter que l’échec fasse partie du chemin. J’aimerais me libérer davantage du regard des autres. J’apprends. Je progresse ! C’est sans doute à l’enfance. A mon père qui était extrêmement exigeant avec ma sœur et moi. Par exemple, quand il a reçu mon premier bulletin de notes de sixième qui était moyen, il en fait une boule au milieu du salon et a joué au foot avec, en s’exclamant : « C’est nul ! » Le « moyen » ou le semi-échec étaient pour lui inacceptables. Il a éduquées ses deux filles comme des garçons. Il voulait que nous soyons indépendantes financièrement, c’était une obsession chez lui.”

View this post on Instagram

A post shared by Léa Salamé (@leasalameoff) on Jun 21, 2020 at 6:52am PDT

Ambition

“Ce mot m’a longtemps définie, aujourd’hui moins. J’ai débuté dans le métier à vingt-cinq ans. Je voulais tout bouffer, exister, prouver. J’avais une revanche à prendre parce que je venais d’ailleurs. Je n’étais pas exactement dans le moule de la journaliste française « blonde aux yeux bleus ». Il fallait que je montre que j’étais capable d’exister dans cet univers très stéréotypé.”

Son exil du Liban à 5 ans

On n’en guérit pas. Avec toujours ce sentiment que tout peut s’arrêter, que rien n’est jamais acquis. Quand j’avais quinze ou vingt ans, j’ai rejeté les blessures d’exilés de mes parents. Du côté de ma mère, il y avait le génocide arménien, du côté de mon père, la guerre du Liban : tant de souffrances ! J’enviais mes copines, je leur répétais : « Pourquoi je ne suis pas normale, pourquoi je ne suis pas comme vous avec deux parents français ? » J’ai longtemps nié ma différence, c’était quelque chose qui me pesait. Je voulais être… une copie conforme. J’ai mis du temps à comprendre que ma différence serait ma richesse. Et je garde toujours en moi la mélancolie de l’Orient. J’aime la France. J’aime furieusement ce pays, ce qu’il m’a donné, mais j’aime tout aussi passionnément mes racines. Je suis le produit de tout ça. Je suis un mille-feuille.”

La médiatisation de son couple avec Raphaël Glucksmann

“Une femme n’a pas forcément le cerveau de son mari ! Et j’essaie au maximum de cloisonner les choses. Pour moi, ça l’est, mais parfois dans le regard des autres, c’est moins évident. Vous-même, vous me demandez si je partage ses convictions… Je le soutiens, je l’accompagne dans ses réflexions, mais ce qui compte le plus à mes yeux depuis quinze ans, c’est ma neutralité politique : personne ne sait pour qui je vote.

L’éducation de son fils

“J’essaie de faire de mon mieux ! Je rate déjà beaucoup de choses et je m’en veux pas mal ! Je n’ai pas assez de temps pour mon fils, et cela me ronge. Je pars très tôt le matin, il ne me voit pas. Mais son pédiatre m’a rassurée : ce n’est pas la quantité, mais la qualité du temps passé avec mon enfant qui compte. De 18 à 20 heures, je m’occupe du bain, du dîner, de l’histoire et du coucher : ce sont les quatre choses que j’essaie de faire tous les soirs, en ayant si possible le portable fermé, sinon éloigné.”

View this post on Instagram

A post shared by Léa Salamé (@leasalameoff) on Apr 26, 2020 at 10:29am PDT

Liberté, égalité ou fraternité?

“Sans hésiter, la fraternité ! Mais je ne me trouve pas à la hauteur. Je réfléchis à un engagement, une cause qui me touche beaucoup : les femmes seules qui élèvent leurs enfants. Je vois les difficultés depuis que je suis maman. Et pourtant je suis privilégiée, j’ai un compagnon, un beau-fils en garde alternée. Je pense souvent à ces femmes seules qui travaillent, qui se saignent, et ça me bouleverse. Je veux m’engager.”

La foi

“La foi est très importante dans ma vie. Cela se traduit par une présence spirituelle liée à ma grand-mère. J’essaie d’aller à la messe dès que je peux. C’est ma protection.”

Projets

“J’avais un rêve et je l’ai réalisé : celui d’être en première ligne lors d’une élection présidentielle en France. Jamais je n’aurais pu imaginer le concrétiser avant l’âge de quarante ans ! Ensuite, on se pose des questions : dois-je changer de voie ? Ai-je des choses à transmettre ? Faut-il que je dirige ? Une certitude : j’ai encore beaucoup de choses à me prouver !

Cet entretien a été initialement publié dans le magazine Gala n° 1344, en kiosque le 8 mars 2019.

Source: Lire L’Article Complet