Melody Gardot : "J’ai décidé de monter presque nue sur la scène"

Avec son nouvel album Sunset in the Blue, la diva du jazz nous offre treize titres enregistrés avant et pendant le confinement. Voix soyeuse, mélodies réconfortantes, douceur sensuelle…, l’Américaine, qui vit à Paris, nous met du baume au cœur.

Madame Figaro. – Les chansons de Sunset in the Blue déclinent toute une gamme d’émotions. Comment sont-elles nées ?
Melody Gardot.
Nous vivons une époque où l’émotionnel prend le dessus. Sunset in the Blue a été enregistré dans la confusion de l’époque et avec peu de moyens. Si j’ai eu la chance de réaliser des chansons avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres dans les studios d’Abbey Road, j’ai aussi été confrontée à l’impossibilité d’être en prise directe avec les musiciens pour d’autres titres.

Durant le confinement, vous avez enregistré le single Paris With Love, dont les droits sont reversés à l’association Aide ton soignant. Comment avez-vous procédé ?
J’ai été confinée deux mois à Paris, où je vis la moitié du temps, et, avec l’aide du producteur Larry Klein, j’ai lancé un casting mondial sur la Toile pour recruter une soixantaine de musiciens du monde entier… J’ai créé un orchestre numérique planétaire, mon «orchestre de l’impossible».

Sunset in the Blue, de Melody Gardot, Universal.

Vous avez aussi enregistré ce duo bouleversant avec Sting…
On m’a dit à mes débuts : «Un album est simplement une photographie de l’endroit où se trouve un artiste à un moment de sa vie.» Cela m’a permis de m’ôter la pression de la quête de perfection. Chanter en duo avec Sting sans pouvoir partager le même micro me paraissait étrange, mais ça a été extrêmement fort. L’humain découvre des ressources inépuisables dans des périodes de forte crise. Un poème d’Antonio Machado dit : «Marcheur, ce sont tes traces ce chemin, et rien de plus. Marcheur, il n’y a pas de chemin, le chemin se construit en marchant.»

Votre album est aussi un hymne à l’improvisation…
L’improvisation est un talent typiquement féminin, et ce disque est un éloge à la femme. Récemment, j’ai décidé de monter presque nue sur la scène, avec une guitare, une basse et un violoncelle. Nous avons joué avec les silences, le tremblement de la pensée. Je me suis sentie comme un peintre minimaliste, un coloriste… Comme une femme qui joue sa vie avec l’imprévu au quotidien, en tournant le bouton sur les fréquences de l’amour, de la douceur, de la sensualité. Des cordes que je connais déjà depuis mon accident et la perte de mes mouvements, que j’ai retrouvés jour après jour en me frayant un chemin très jeune dans l’inconnu.

Dans le clip de C’est magnifique, vous roulez dans une décapotable sur une corniche surplombant la mer, telle une héroïne de Hitchcock. Une invitation au rêve ?
Absolument. Ce tournage n’a duré que quelques heures, où j’ai pu ôter mon masque pour conduire et sentir le vent sur mon visage. J’ai éprouvé des émotions d’enfance. Je jouais avec le chatoiement de la soie d’un merveilleux foulard qui m’a été donné par la maison Hermès. Un carré plein de souvenirs, car l’une des premières choses que j’ai pu m’offrir quand j’ai commencé à chanter a été un foulard Hermès. Pour moi, une Américaine provinciale, cet objet était très symbolique. Il m’ouvrait les portes d’un monde rêvé, fait de beauté et d’élégance.

Votre pochette d’album est une peinture abstraite aussi douce que puissante, qui en est l’auteur ?
Pat Steir, une peintre conceptuelle américaine, exposée au Louvre et au MoMA, à New York. Je veux partager la force de l’art, celle des danseuses de Pina Bausch qui se donnent jusqu’à l’épuisement sur scène, des prises de risque de Jacques Brel, de la douceur de Rodin quand il chante l’amour avec un geste de mains…

Sunset in the Blue, Universal.

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