Odile Vuillemin ("Deux femmes") : "Mon hypersensibilité a longtemps été un frein dans ma carrière"

Le 6 septembre 2021, Odile Vuillemin est à l’affiche du téléfilm Deux Femmes sur TF1. Une fiction inspirée de faits réels, dans laquelle l’actrice campe le rôle d’une féministe accusée de meurtre en 1965. Pour l’occasion, l’ancien visage de Profilage s’est livrée à Femme Actuelle.

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Un rôle de battante sur mesure. Lundi 6 septembre 2021, Odile Vuillemin est à l’affiche du téléfilm Deux Femmes, diffusé à 21h05 sur TF1. Une fiction inspirée de faits réels survenus en 1965, dans laquelle l’ancien visage de la série Profilage campe le personnage de Colette, une commerçante accusée d’un meurtre qu’elle n’a pas commis. Tout comme dans l’affaire du “Bois Bleu” il y a plus de 50 ans, Colette est à contre-courant des codes de son époque et tente de combattre l’oppression du patriarcat, notamment en réalisant des IVG clandestins. Un sujet sensible que l’actrice Odile Vuillemin a accepté d’aborder pour Femme Actuelle.

Femme Actuelle : Quelle a été votre réaction en découvrant le personnage de Colette ?

Odile Vuillemin : Ce que j’ai aimé dans cette fiction, c’est que ce soit féminin sans pour autant être militant. Colette assume ses choix, elle les défend mais elle ne les revendique pas publiquement. Elle les revendique pour elle-même. Elle veut être en pleine possession de sa sexualité, jouir de son corps comme elle le souhaite mais sans forcément l’imposer à quiconque. Elle n’est pas dans le militantisme affirmé. Mais elle est résolument moderne, parce qu’elle assume ce qu’elle est.

Colette vous ressemble-t-elle en certains points ?

O.V. : Elle a une sorte de combativité qui me ressemble. En revanche, elle a quelque chose de très féminin et coquet que je ne partage pas. Je ne suis pas quelqu’un d’ultra-féminin avec tous les attributs que l’on prête aux femmes. Cependant, son fort caractère… c’est totalement moi !

Le féminisme est-il un sujet qui vous touche particulièrement ?

O.V. : En acceptant cette fiction, j’ai découvert une liste des droits qu’avaient acquis les femmes à cette époque et je suis vraiment tombée de ma chaise. Je me suis dit qu’il y avait eu beaucoup de combats menés. J’ai aussi réalisé que ces femmes se battaient seulement pour être respectées comme de simples êtres humains. À quel moment on a décidé qu’être une femme était moins que d’être un homme ? C’est quelque chose qui me révolte complètement. Et pourtant, je ne suis pas militante ! Et puis, j’observe comme un retour en arrière avec tous ces débats sur l’IVG. On a donné le choix à des femmes d’avoir le choix, et maintenant on voudrait leur retirer ce droit ?

“On ne m’a jamais proposé de promotion canapé !”

Ces sujets influencent-ils votre choix lorsqu’un rôle vous est proposé ?

O.V. : J’ai une formation de sociologue donc évidemment ce sont des sujets qui m’intéressent. Pour moi, les comédiens sont des reflets de la société, j’aime que ça provoque une réflexion, j’aime aller chercher des émotions que je n’ai pas encore explorées. Il est vrai que j’ai souvent joué des personnages très forts mais cependant, je ne suis pas à la recherche de ces rôles à tout prix, je fonctionne à l’instinct. Et puis, je ne suis pas fâchée avec la comédie ! Peut-être qu’il y a une part d’inconscience là-dedans… Mais dans ce cas, je ne préfère pas aller l’analyser ! (rires)

Le sujet du film a-t-il provoqué des débats sur le tournage ?

O.V. : On a eu des discussions sur ce qu’ont vécu nos mères et nos grands-mères et on a réalisé que ce n’était pas si loin que ça. Elles ne pouvaient pas avoir de chéquier, disposer de leur propre argent, avoir un compte en banque, disposer de leur corps… C’est quand même dingue. Colette a eu un courage incroyable. Elle est résolument moderne dans sa vision de l’amour également, c’est un peu le couple libre avant l’heure. Elle décide d’explorer son plaisir avec d’autres hommes et ça ne l’empêche pas d’être une maman formidable. Donc forcément, oui, ça a créé du débat entre nous.

Avez-vous déjà été victime de discriminations parce que vous étiez une femme ?

O.V. : On se heurte parfois à des clichés, oui. Une femme c’est forcément fragile, il paraît ! Mais je n’aime pas trop raisonner comme ça. Je ne me suis jamais posé la question du genre dans ma carrière. Je n’ai jamais raisonné homme/femme et je n’ai pas grandi avec cette idée. Mon père, par exemple, est pour l’égalité mais il me dit toujours : “Je serai pour l’égalité le jour où je pourrai enfanter”. J’ai été élevée dans cette non-opposition et je ne me suis jamais sentie amoindrie. Et puis, j’ai vite développé un caractère qui m’a permis de me défendre. Disons que les promotions canapé… on ne me les a jamais proposées ! (rires) Je m’efforce à penser hors genre. Mon problème c’était plutôt mon hypersensibilité. On me pensait faible parce que j’étais sensible. Ça a longtemps été un frein dans ma carrière, j’ai dû me battre pour prouver le contraire.

“On me dit souvent que je suis une grande comique !”

Vous incarnez souvent des personnages dramatiques et mystérieux. La comédie ne vous a jamais attirée ?

O.V. : Vous savez, j’ai commencé dans la comédie. J’étais Claudette dans Podium, on ne peut pas dire que c’était un grand drame ! Cependant, je n’ai pas trouvé la comédie qui m’a fait dire oui. Pour l’instant, on me propose des beaux challenges de comédienne, avec des super scénarios… Ce sont des aventures incroyables pour moi. Mais je devrais faire de la comédie, c’est vrai ! On me dit souvent que je suis une grande comique, les gens ne comprennent pas pourquoi je fais que du drame !

Quelles femmes vous ont servi de modèles ?

O.V. : Je pense immédiatement à Katia Krafft, la volcanologue, qui a longtemps été un grand modèle pour moi. J’ai longtemps voulu être volcanologue. J’ai juste eu la flemme de faire des études de géologie ! Ce couple qui part avec les caméras sur le dos à l’aventure, c’est une liberté que j’ai toujours regardée avec beaucoup de fascination. Et puis plus récemment, je suis assez admirative du parcours de Reese Witherspoon qui a construit tout un empire autour d’elle. Elle est productrice, actrice, écrivaine, créatrice de mode… je suis totalement fascinée. C’est un exemple pour notre société actuelle.

Quels sont vos projets pour la rentrée 2021 ?

O.V. : La diffusion de Deux Femmes sur TF1 et puis le téléfilm Il et Elle, sur la même chaîne, qui aborde la question de la transidentité. Je remplis ma fonction première de comédienne d’être un miroir de la société ! On suit une famille dont un des enfants né garçon souhaite changer de sexe et entame sa transition. Je joue la mère et c’est aussi la transition au sein de sa famille qui est abordée. C’est vraiment le regard d’une famille, comment une famille vit une telle situation. Les deux parents ne réagissent pas de la même façon à cet événement qui leur tombe dessus.

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