Pio Marmaï : "J’ai beaucoup de mal à récupérer ma taille de guêpe depuis le confinement"

Justicier qui s’ignore dans Comment je suis devenu super-héros, sur Netflix, il est devenu l’acteur incontournable du cinéma français. Rencontre avec un monstre de travail chaleureux et facétieux, au franc-parler désarmant.

Parole débridée, débit mitraillette, œil rieur, Pio Marmaï est tel qu’on l’imagine. Éminemment sympathique, il met immédiatement son interlocuteur à l’aise. Ce naturel, palpable à l’image et vanté par ses collaborateurs, explique sans doute et en partie son succès. L’acteur est souple, curieux, joueur, et s’adapte à tous les genres, tous les univers.

Salaud manipulateur dans le polar poisseux Médecin de nuit le 16 juin, il sera un flic doté de pouvoirs dans Comment je suis devenu super-héros, sur Netflix le 9 juillet. Également porté par Leïla Bekhti, Vimala Pons, Benoît Poelvoorde et Swann Arlaud, ce film d’auteur superhéroïque de Douglas Attal propose une alternative habile au modèle américain en limitant ses effets. «On a échappé au fond vert, mais quand un mec donne un coup de balai sur ton bouclier en plastique pour simuler un laser, il faut une capacité de projection assez poussée…», souligne l’acteur. Du second degré aussi, ce dont Pio Marmaï ne manque pas. Mais ce n’est chez lui que la partie émergée de l’iceberg.

Sous ses airs fantasques se dissimule une certaine pudeur. Petite pirouette quand il évoque ainsi sa vie privée, même spontanément. Même salto arrière quand il s’entend disserter trop longuement sur son métier… S’il ne se prend jamais au sérieux, Pio Marmaï travaille pourtant très sérieusement et, à 37 ans, enchaîne les tournages. Après un tour dans le prochain Klapisch, on le verra dans L’Infiltré, de Thierry de Peretti, Pétaouchnok, d’Édouard Deluc, Compagnons, de François Favrat, Tempête, de Christian Duguay, et Les Trois Mousquetaires, avec son ami François Civil et Vincent Cassel. Hyperactif ? «Sans doute, mais surtout boosté par l’énergie des autres.» Comme si la sienne ne suffisait pas…

En vidéo, interview de Pio Marmaï à Cannes pour Alyah, en 2012

Batman et McGyver

Madame Figaro. – Comment je suis devenu superhéros est l’un des premiers films du genre en France. La proposition vous a-t-elle d’emblée intrigué ?
Pio Marmaï. – C’est quasi une microbascule dans le cinéma français, du jamais-vu. J’étais aussi curieux qu’anxieux : quel regard proposer face aux Américains ? Comment jouer avec les contraintes budgétaires quand on ne peut pas faire exploser la moitié de Paris à l’écran ? Très vite, la rencontre avec Douglas Attal et son scénario m’ont rassuré : le film est avant tout une dystopie, un polar, avec une option superpouvoirs. Mais il n’en fait pas des caisses.

Plus jeune, l’univers des superhéros vous fascinait-il ?
J’adorais les Batman, de Tim Burton pour leur dimension théâtrale, presque lyrique, mais je suis un enfant de la télé et j’étais surtout fan de MacGyver, le héros d’une série des années 1980 et 1990 ! Un type capable de fabriquer une centrale nucléaire avec un trombone, on n’a jamais fait plus fort. J’aimais tout : sa coupe mulet, sa liberté, son autonomie… Je me projetais.

Quel enfant étiez-vous ?
Particulièrement calme et mesuré… Pas du tout turbulent. (Rires.) En réalité, je n’étais pas un démon, j’avais de bonnes notes à l’école, mais comme je n’ai pas eu de frères et sœurs, je jouais beaucoup seul et je vivais dans une sorte d’univers parallèle où je me racontais 1000 histoires, avec beaucoup d’amis imaginaires. Je passais aussi pas mal de temps dans les coulisses de l’opéra : mon père était scénographe et ma mère, cheffe costumière, à Strasbourg.

À quel point leur métier a-t-il eu un impact sur votre choix de carrière ?
Énorme. Dès 6 ans, je faisais de la figuration dans des spectacles. J’adorais ça, y compris le petit trac avant de monter sur scène, qui canalisait mon énergie. À cet âge, je ne me disais évidemment pas que j’en ferais mon métier. Je voulais être inventeur ou artificier… L’héritage de MacGyver sûrement ! Et puis, ado, je suis entré dans une classe théâtre, j’ai enchaîné avec la Comédie de Saint-Étienne, et presque immédiatement des tournages. J’ai eu une chance incroyable.

Pas uniquement… Vous êtes aussi très travailleur.
Eh oui… La lumière divine ne m’est pas tombée dessus. Mais je n’aime pas m’étaler sur le temps que je consacre à mon boulot. Ne serait-ce que par élégance envers ceux qui font des métiers bien plus usants que le mien. Et puis, l’autosatisfaction me fatigue. Un peu d’humour et de recul, ça fait toujours du bien.

Du chopper au berceau

Comment gardez-vous cette distance ?
J’ai toujours travaillé, mais les choses sont allées crescendo : ça m’a sans doute aidé. Pour être honnête, depuis les films En liberté ! et Ce qui nous lie, je sens qu’un virage s’est opéré vers plus de premiers rôles chez des réalisateurs que j’admire. Peut-être est-ce aussi lié à mon âge, aux changements dans ma vie. Je suis devenu papa d’une petite fille, je suis un peu plus mesuré, je puise mon énergie ailleurs, dans ma vie de famille. Cela doit inspirer davantage de confiance que lorsque je vivais dans mon garage et que je traversais le périphérique à 160 km/h sur un chopper (une moto de sport à guidon haut, NDLR)! Je plaisante, mais je crois que mes activités annexes, comme mon garage ou mon label de hardcore, m’ont aussi aidé à prendre de la distance avec certaines dérives narcissiques du métier d’acteur.

Pensez-vous vous diversifier dans le cinéma ?
Pendant le confinement, j’ai réalisé un petit film avec mes copains, une grosse farce. Il n’y avait aucune autre ambition que celle de déconner, mais, en effet, je veux être dans une dynamique de fabrication. Je viens de créer une boîte de production avec un ami pour développer des idées de films et de séries. Il faut de temps en temps secouer le cocotier pour que l’ennui ne s’installe pas. Le souci, c’est le temps, car je suis très pris par les tournages. Je vais bientôt entamer Les Trois Mousquetaires, où je jouerai Porthos.

Un rêve de gosse ?
C’est une histoire mythique et un personnage génial, drôle, bon vivant… Mais je vous préviens : non, il ne sera pas en surpoids ! J’ai beaucoup de mal à récupérer ma taille de guêpe depuis le confinement. Ne nous voilons pas la face : nous avons tous morflé, moi y compris !

(Presque) pas de contraintes

Vous sentez-vous parfois victime d’injonctions physiques dans votre métier ?
Je ne me sens victime de rien. J’essaie juste de me sentir bien dans mes pompes, et je ne prête pas attention au reste. Je suis pourtant conscient de la cruauté qui peut exister à l’encontre des personnalités publiques. J’ai trouvé d’une violence inouïe le bashing contre les acteurs de Friends quand sont sorties les images de leur réunion. Les internautes sont scandalisés qu’ils aient vieilli et, dans le même temps, ils sont choqués qu’ils aient eu recours à la chirurgie esthétique pour rester jeunes. C’est totalement contradictoire, mais les réseaux sociaux ne sont ni le lieu de l’intelligence ni celui de la nuance… À titre personnel, je préfère voir un acteur avec de l’épaisseur plutôt qu’un mec sans âge, car je me demande quel message nous envoyons en gommant le passage du temps. Mais, paradoxalement, comment ne pas céder à l’appel du bistouri face aux commentaires ?

Vous n’êtes donc pas sur les réseaux sociaux ?
Pour la forme, le plus honnêtement possible et sans m’en sentir esclave. Je ne supporte aucune forme de contrainte. Ni sur les réseaux sociaux ni sur les tournages. Je suis un exécutant, mais dans un esprit de collaboration. Cette dynamique de partage, d’échange, de rendez-vous, c’est mon moteur.

Vous avez d’ailleurs retrouvé Elie Wajeman sur Médecin de nuit.
Il y a dix ans, Elie m’avait confié un premier rôle important avec Alyah, son premier film. J’aime l’idée de loyauté dans ce métier. Ça me rassure sans doute… Surtout quand c’est aussi bien écrit que Médecin de nuit ou En corps, pour lequel j’ai retrouvé Klapisch. Cédric est un ami, François Civil était aussi de la partie, et il y avait ce sujet, la danse. Tout faisait sens. Ma compagne est danseuse à l’Opéra et, avec Cédric, nous avons vu de nombreux ballets ensemble. J’ai toujours adoré ça : l’héritage familial sans doute…

Devenir père a-t-il changé votre façon d’appréhender votre métier ?
La seule chose qui ait changé, c’est mon cycle de sommeil : à 21 h 45, je suis au lit ! C’est aussi beaucoup plus de soupes et de câlins. Et, surtout, je m’occupe de quelqu’un d’autre : c’est un vrai plus quand on fait un métier où tout tourne toujours autour de votre petit nombril.

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