Sara Forestier : "On connaît tous ces petites humiliations qui peuvent nous poursuivre très longtemps"

Premier film de l’auteure de bandes dessinées Nine Antico, Playlist met en scène Sara Forestier dans un registre moins attendu, celui de la comédie. Interview d’une actrice à l’aura comique peu exploitée.

«La comédie pour retourner au ciné, danser dans les bars, retomber amoureux…» Nulle publicité mensongère sur l’affiche de Playlist : le film de Nine Antico est la bouffée d’air frais attendue par les spectateurs en mal de fantaisie. Portrait d’une trentenaire qui peine à faire publier ses dessins et à trouver l’amour, il réussit un joli numéro d’équilibriste : son héroïne va d’échec en échec, se vautre dans ses tares, mais ne sombre ni dans la caricature ni dans la dépression. Empreinte d’une douce mélancolie renforcée par le choix du noir et blanc, cette comédie place sa réalisatrice parmi les jeunes talents à suivre et confirme l’aura comique de Sara Forestier, jusque-là peu exploitée. À son grand regret.

Madame Figaro. – Connaissiez-vous le travail de Nine Antico en bande dessinée ?
Sara Forestier. –
Non, mais en lisant le scénario, j’ai été séduite par son humour singulier qui ne repose pas sur une grosse mécanique. Quand l’héroïne se fait engueuler par son patron car elle s’est trompée en achetant les pâtes, ou quand elle enchaîne les vents avec les hommes, on y croit, on rit, pour une raison simple : on connaît tous ces petites humiliations qui, pourtant, peuvent nous poursuivre très longtemps.

En vidéo, la bande-annonce de “Playlist” avec Sara Forestier

Cette finesse d’écriture concerne autant les situations que les personnages…
Nine est à contre-courant. Alors que la société et le cinéma nous catégorisent souvent selon de grands axes, comme la sexualité ou la couleur de peau, son film se focalise sur les détails de la personnalité. Et ce sont précisément ces détails qui nous définissent et font notre charme.

Qu’est-ce qui définit justement Sophie ?
Sa grâce dans l’échec. Ce film fait l’éloge de la lose. Sans artifice. Les ratages du personnage sont de vrais ratages et Nine ne cherche pas à les embellir. D’ailleurs, cela se traduit visuellement : Sophie n’est pas toujours filmée à son avantage. Ses postures, son côté avachi… Son laisser-aller est réel, il n’est pas suresthétisé, et ça fait beaucoup de bien ! Avec Playlist, Nine nous dit qu’il ne faut pas s’excuser ou se cacher quand, dans notre vie, tout part en vrille. Personne n’est au top à plein temps, malgré ce que les réseaux sociaux nous donnent à penser. Il faut embrasser ses failles plutôt que de les refouler. Elles font notre humanité.

Un mot sur Lætitia Dosch, qui joue votre meilleure amie…
Le cinéma français a besoin d’actrices comme elle, différentes. Libres. C’est un adjectif qui nous convient à toutes trois. Nine ne cherche pas l’efficacité. D’ailleurs, le scénario ne donnait pas d’idée précise de ce que serait son film, mais je me suis laissée porter par son énergie, son originalité. J’avais aussi très envie de tourner une autre vraie comédie après Le Nom des gens. Je ne veux plus faire que ça aujourd’hui.

Pourquoi ?
J’ai donné quinze ans de ma vie au drame et je me suis un peu abîmée. La comédie me paraît moins nocive. Être comédien peut être déstructurant : vous êtes dans une fausse réalité et l’entresoi du milieu a tendance à vous déconnecter. Aujourd’hui, j’ai besoin de légèreté et d’ancrage. Je crois même être davantage taillée pour l’humour.

Playlist, de Nine Antico avec Sara Forestier, Lætitia Dosch, Pierre Lottin.

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