Sarah Ferguson : la rédemption d'une duchesse déchue

Elle passe la serpillère, se déguise pour les enfants sur sa chaîne Youtube, cuisine pour les soignants et les retraités. Jamais à court d’idées. Toujours enthousiaste et enjouée. Dans la crise sanitaire qui touche cruellement l’Angleterre, l’ancienne duchesse d’York est de tous les combats. Mettant ses journées au service des plus faibles, Sarah Ferguson fait oublié la multitude de scandales qui ont jalonné sa vie. Récit.

La vie est parfois étrange. Très même. Alors que Sarah Ferguson était condamnée au silence, à l’oubli éternel, emportée par le scandale Jeffrey Epstein. qui a détruit son ex-mari le duc d’York, secoué la Couronne et traumatisé les Windsor, la voilà qui retrouve une moralité en se donnant corps et âme dans la lutte contre le coronavirus. Fergie, la scandaleuse, plus connue pour ses frasques que pour ses bonnes œuvres, est de tous les combats. Soutient les plus démunis, les plus âgés, les plus jeunes. Du matin jusqu’au soir, elle agit. Jamais à court d’idées. Tourbillon d’énergie et de vitalité. Le matin, confinée à Royal Lodge, située sur les terres du château de Windsor, la vaste et luxueuse propriété de son ex-mari avec qui elle cohabite depuis plus de vingt ans, elle se lève aux aurores, ne s’apprête point – à quoi bon d’ailleurs –, laisse ses cheveux en bataille voltiger autour de ses épaules, à peine retenus par un serre-tête de petite-fille, parsemé de fleurettes jaunes. Ou avec une perruque improbable…

La fille du major Ronald Ferguson, entraîneur de polo du duc d’Edimbourg puis du prince Charles, a établi un plan quasi-militaire pour lutter contre le Covid-19 et organiser ses semaines. Tous les jours, elle passe la serpillière dans les moindres recoins du manoir, nettoie tout – et peut-être aussi sa vie – à coup d’eau de Javel. Elle s’enivre de l’odeur entêtante de ce désinfectant qui emporte avec lui ses années de malheur, de soufre, de honte. Elle récure, fait la vaisselle sans gants, combat la crasse à main nue. Admirable. Elle a établi son QG dans cette cuisine rutilante où aucun virus n’est toléré. C’est là qu’elle supervise la publication prochaine de ses sept romans pour enfants, tweete, skipe, scrolle sur Instagram, intervient sur sa chaîne YouTube qu’elle vient de lancer et qui est consacrée à la lecture de livres pour les bambins, cuisine des toasts au concombre ou des cupcakes pour les soignants.

Entourée de sa fidèle assistante Antonia Marshall qui la photographie en permanence et poste les clichés sur Instagram, elle a mis tout son clan à l’ouvrage. Avec sa fille, la princesse Eugenie, elle distribue régulièrement des repas à la maison de repos Thames Hospice, nichée à Windsor ou dans les hôpitaux des environs. Elle a même réquisitionné son ex-époux pour emballer des paquets destinés aux plus faibles. Manches retroussées, le cadet de Sa Majesté, qui a mis fin à tous ses engagements public en novembre 2019, à la demande de Buckingham Palace et du prince Charles, suite à l’apparition de son nom dans l’affaire Epstein, de trafic sexuel sur mineures, s’est activé, obéissant aux ordres de Fergie sans sourciller.

Le huitième dans l’ordre de succession au trône en a oublié son arrogance, celle que ne supporte guère les Britannique. On a immédiatement crié à l’opération de communication quand ces clichés ont circulé sur le Web. Le biographe royal Tom Bower a même jugé cette sortie pathétique dans le Daily Mail, estimant que le prince utilisait la crise sanitaire pour revenir sous le feu des projecteurs. Sarah a balayé ces critiques du revers de sa main abîmée par les détergents. Elle se moque désormais des paroles acerbes. Elle œuvre et peu importe le reste. «La famille d’York est une équipe merveilleuse et inébranlable et, pendant cette crise, elle continue à aider continuellement les autres, raconte son assistante sur les réseaux, Je suis si fière d’eux tous… ».

Après les scandales, la rédemption

Fergie, la bannie des Windsor, celle qui, en 1992, a été chassée du château de Balmoral, en Ecosse, comme une traînée, après la diffusion de ses photos coquines avec son amant milliardaire texan, John Bryan, dans le Daily Mirror, a retrouvé toutes ses convictions de « royals ». Elle met désormais son existence au service de la Couronne, loue le discours historique de son ex-belle-mère la reine Elizabeth II. « Les mots de Sa Majesté ont touché mon cœur et nous ont encouragés à ne jamais abandonner », écrit-elle. Fergie redécouvre le sens des mots devoir et dévotion…

Ceux que les Windsor lui ont appris depuis son entrée dans la famille royale. Lorsque Sarah Ferguson revoit le prince Andrew qu’elle a côtoyé depuis l’enfance au château de Windsor grâce à l’entremise de son amie Lady Diana, c’est lors des célèbres courses de chevaux du Royal Ascot en 1985, les Windsor tombent sous le charme de cette pétillante rousse. Ils raffolent de son enthousiasme. Le fils cadet de la reine la taquine, elle ne se laisse pas faire.

Le prince est immédiatement conquis et leur histoire débute entre fous rires, confidences et rendez-vous secrets. Sarah, en véritable garçon manqué, bouscule Andrew, l’oblige à sortir de sa solitude de cadet de la Couronne. Elle n’a pas froid aux yeux et la Firme, surtout le duc d’Edimbourg, adore ce trait de caractère. Ses rires résonnent dans les longs couloirs des demeures royales.

Même le prince Charles apprécie sa présence et finit par demander à son épouse, la si complexe et tourmentée Diana: «Ne pourriez-vous pas ressembler davantage à Fergie ? » La princesse de Galles s’en offusque forcément. A Balmoral, Fergie chasse avec les hommes, elle n’a peur rien. Elle apprend à piloter des hélicoptères, on la félicite. Elle croit bien faire, elle se trompe. Les conseillers de la souveraine ne l’apprécient guère. Son impulsivité ne passe pas. On la trouve vulgaire, terriblement vulgaire. Un magazine la rebaptise même duchess of Pork ( la duchesse du porc, ndlr). Sarah découvre que la cour est puissante, vexante et peut détruire. La combattre ne sert à rien. Elle dépérit, se sent délaissé par Andrew parti faire la guerre aux Malouines… Après c’est une suite d’erreurs, d’adultère, un divorce en 1996, des scandales financiers en pagaille et de vaines tentatives de retour en grâce. Mais aujourd’hui, Fergie ne pense plus à tout ça. A quoi bon remuer cette boue. Comme l’a dit la reine Elizabeth II les jours heureux sont à venir. Elle fait tout pour. La voie de la rédemption.

Article publié dans Gala en mai 2020

Crédits photos : EXPRESS SYNDICATION / BESTIMAGE

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