Appétits spécifiques : mythe diététique ou réalité métabolique ?

Nous connaissons toutes ces envies impérieuses, quand bien même nous ne sommes ni enceinte, ni sujette à un quelconque trouble du comportement alimentaire (TCA).

Coup de mou ? Ennui ? Gourmandise gratuite ? Plutôt l’expression d’un besoin nutritionnel particulier, avancent de nombreux professionnels. “Par appétits sélectifs, on désigne des envies récurrentes, parfois quotidiennes, d’une famille d’aliments spécifiques. Cela peut concerner un produit sain ou non – Nutella – et traduire une demande de l’organisme à combler la carence d’un micronutriment”, définit Caroline Gayet.

Pour la diététicienne nutritionniste formée en phytothérapie et en aromathérapie, cette théorie s’appuie sur un principe simple : notre bouche fonctionnerait comme un mini scanner qui analyserait les apports et approuverait par le plaisir certains aliments.

A chaque fringale, son message métabolique

“Les envies de viande se manifestent surtout chez l’adolescent en croissance, la femme enceinte, l’adulte qui fait du sport ou la personne en carence de fer ou de protéines. Les fringales de sucre ou de féculents après une activité physique soutenue sont tout aussi naturelles”, note Frédérique Chataigner, psychothérapeute et hypnothérapeute du comportement alimentaire.

Les sportives épuisent leur stock de glycogène (nos réserves en sucres) ; le corps envoie un message afin de reconstituer ces réserves indispensables. “Par contre, il ne faut pas dépasser nos besoins, au risque de fabriquer des triglycérides… et de prendre du gras au ventre”, avertit la créatrice de la méthode Chataigner. On surveillera donc la charge glycémique de nos encas !

Les envies sélectives peuvent aussi concerner des micronutriments stratégiques. “Certaines correspondances sont claires, comme la demande de magnésium contenu dans le chocolat noir, qui s’exprime quand on est triste ou anxieuse : le fameux minéral est un antistress notoire”, illustre Caroline Gayet.

“Si une personne mange souvent la même chose, cela peut créer des manques, donc des fringales”, abonde Frédérique Chataigner. “L’envie de poissons gras (saumon) ou de noix peut cacher un besoin en Oméga 3”, évoque L’auteure de L’alimentation des gens heureux (Hachette, 2017) qui appelle toutefois à la vigilance : les pulsions alimentaires peuvent simplement trahir un déséquilibre des neuromédiateurs.

La question sensible des neuromédiateurs 

Ces substances hormonales qui permettent aux neurones de communiquer entre eux ont effectivement un effet direct sur notre comportement alimentaire. Un manque de sérotonine crée irritabilité et impatience tout en déclenchant des fringales de sucré (mais pas celui des féculents) vers 17 heures. Une carence en acétylcholine entretient une appétence pour des aliments gras et salés du type saucisson, chips. Les personnes qui n’ont pas assez de GABA tenteront de combler leur anxiété par des encas sucrés mais aussi des prises de féculents à partir de 16 heures.

Même mécanisme dans le cas du tryptophane, le précurseur de la sérotonine et de la mélatonine contenu dans les produits laitiers. Sa carence peut ancrer l’habitude du fameux verre de lait bu le soir au coucher pour favoriser l’endormissement, à en croire Caroline Gayet.

Hormones, états d’âme et fringales.

“La plupart des neuromédiateurs sont des hormones ; à partir du moment où ils sont perturbés, il y a dérèglement de l’humeur et perte de contrôle du comportement alimentaire”, cadre Frédérique Chataigner. Or, notre circuit hormonal carbure aux bonnes matières grasses, vitamines et minéraux. “Si ce dernier n’est pas assez nourri, notre système nerveux prend le relai, réclamant sucre et excitants –café, thé-, sa gasoline”, souligne la professionnelle qui compare le corps à un véhicule hybride : l’organisme fonctionne soit sur le moteur hormonal, soit, quand ce dernier est trop faible, sur le moteur nerveux.

Les envies de sucre trahissent ce passage sur une gestion nerveuse qui fonctionne à grands coups d’excitants. Moralité : ne surtout pas avoir peur du bon gras (avocat, noix, oléagineux) ; celui qui entretient une gestion hormonale harmonieuse et vertueuse.

 

L’hygiène de vie, levier majeur sur nos envies

Pour y voir clair, Frédérique Chataigner invite à étudier objectivement notre bol alimentaire quotidien, la charge glycémique habituelle de chaque repas, la variété des menus, la quantité de protéines aussi, car nous sommes souvent en dessous de la dose essentielle. “Plus les manques sont réguliers, plus dérèglements, donc fringales, il y a”, résume-t-elle.

Pour Caroline Gayet, certaines envies sont physiologiquement légitimes, d’autres moins : “j’encourage à honorer ces dernières afin d’éviter les effets boomerang inévitables en cas de répression pulsionnelle ; pour sortir de ce système, il faut éviter tout jugement de valeurs. Faites-vous plaisir mais choisissez des produits de qualité – chocolat artisanal, pâtisserie maison ou d’une boulangerie qualitative- et mangez en toute conscience”.

Par contre, si l’envie n’est pas bonne pour la santé et qu’elle survient une ou deux fois par jour, la diététicienne préconise un bilan sanguin et des questionnaires micro nutritionnels qui cerneront les niveaux en neurotransmetteurs.

Le bilan micronutritionnel, une nécessité

Ces questionnaires complets passent au crible les habitudes et inconforts de la patiente. “Ils permettent un dépistage personnalisé des carences ou d’une hypoactivité métabolique en micronutriments. Une fois le diagnostic posé, le praticien procède à une rectification alimentaire qui comblera les manques”, décrit la micronutritionniste Valérie Espinasse.

En fonction des symptômes et des bilans, on supplémentera aussi en acides gras, antioxydants, vitamines, oligoéléments et en recourant à la phytothérapie. “Prenez l’exemple du chrome”, avance Caroline Gayet. “Il peut créer de grosses fringales de sucré mais dès qu’on supplémente la personne, les envies diminuent”.

Les plantes peuvent aussi donner un sérieux coup de pouce. dans le cas d’une personne à tendance triste, l’autrice de l’ouvrage Les tisanes qui soignent avec le Dr Patrick Aubé (collection Les Basiques Santé, Editions LeDuc), conseille le Griffonia pour améliorer le morale et l’humeur.

En boostant la sérotonine, il apaisera par ricochet l’envie de sucre. Le bourgeon de figuier, lui, est efficace sur les tendances boulimiques. La supplémentation en magnésium est recommandée tout au long de l’année, ou au moins pendant les périodes éprouvantes.

Un rééquilibrage au long cours

Lors de sa première consultation en naturopathie, Virginie se plaint entre autres de fringales de sucre systématiques à partir de 17 heures. “Après deux mois de supplémentation en magnésium et oméga 3, de changement de formule de petit-déjeuner (miam-ô-fruit et repas protéiné en alternance) et d’arrêt de consommation de boissons excitantes avant dix heures du matin, non seulement je n’ai plus ressenti ces envies de fin d’après-midi, mais je n’ai plus du tout d’appétence pour le sucre le reste la journée”, confie la quarantenaire, qui a aussi vu son syndrome pré menstruel (SPM) diminuer.

Quand les réserves de micronutriments et de neuromédiateurs sont suffisantes, l’organisme est en mesure de gérer de manière autonome et optimale les envies et la satiété. Une régulation interne de l’alimentation précisément visée par les chantres de l’alimentation intuitive.

Vers l’alimentation intuitive

Pour le docteur Laura Thomas, autrice de Mangez comme vous aimez. Stop aux diktats grâce à l’alimentation intuitive (Larousse), nous devrions nous alimenter principalement en réponse à des signaux physiologiques de faim et de satiété. Tout le travail de la nutritionniste et docteure en sciences de la nutrition est de faire sortir les femmes des logiques restrictives les plus inconscientes grâce à la fameuse alimentation intuitive. A différencier du régime alimentaire flexible, celle-ci repose sur des signaux de régulation interne qui jouent la compensation naturelle – par exemple, ne pas avoir faim après un gros repas. Elle implique d’être à l’écoute de notre corps et de faire confiance à ses messages pour nous guider.

Articulée autour d’une dizaine de principes, l’approche fonctionne même sur les personnes atteintes de troubles de l’alimentation. Elle consiste à déconstruire les diktats et croyances de la police alimentaire pour réapprendre à manger conformément à des signaux physiologiques (faim, satiété, confort digestif, sensations d’énervement – souvent lié au cycle du sucre, somnolence, envier d’aller aux toilettes) ainsi qu’à reconnaître et à accueillir les états émotionnels.

Au bout de cette rééducation à la spontanéité, s’installe une régulation naturelle notre alimentation, loin des restrictions alimentaires et des désinhibitions néfastes (compulsion alimentaire, dépassement du point de satiété normal). “Nous devenons moins préoccupées par ce que nous mangeons. Nous choisissons nos aliments instinctivement à des fins de satisfaction de goût, de santé, d’énergie, d’endurance et de performance”, synthétise Laura Thomas.

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