Bernard Lavilliers sort son 22e album : "Il n'y a pas de raison que je change, je me souviens de mes origines, de mes racines"

Auteur, compositeur et interprète, beaucoup définissent Bernard Lavilliers comme un ‘chanteur aventurier’, à commencer par lui-même. C’est sa mère qui lui a appris à lire de la poésie et celle-ci ne l’a plus jamais quitté et accompagne ses chansons. Des chansons qui ont souvent été écrites pour exprimer la révolte en faveur des opprimés, mais aussi la tendresse.

Toujours fidèle à lui-même et à ses racines, Bernard Lavilliers est On the road again avec un nouvel album qui sort vendredi 12 octobre : Sous un soleil énorme, soit 11 titres tout neufs. Il sera également à l’Olympia du 16 au 19 juin 2022.

franceinfo : Avec Sous un soleil énorme, vous prenez le pouls des humains, mais en bon boxeur vous les envoyez aussi dans les cordes.

Bernard Lavilliers : Oui. Il ne faut pas se gêner ! J’ai écrit quelques chansons parce que je savais qu’il y avait la Cop26. Je sais que ça ne changera pas grand-chose, c’est juste pour ouvrir un peu l’esprit de ceux qui oublient ou ceux qui analysent mal. Après, c’est vrai que j’ai été à l’école publique républicaine et que je suis tombé sur des profs qui ont attiré, en dehors de ma mère, mon attention sur la poésie et les beaux textes. Quand j’étais jeune, j’ai appris par cœur Baudelaire qui m’a marqué, mais aussi Prévert, puis Aragon.

On se rend compte, avec ce 22ème album, à quel point vous avez toujours les mêmes convictions. Comme dans le premier, ça n’a pas changé ça.

Il n’y a pas de raison que je change, je me souviens de mes origines, de mes racines. Je connais bien les gens du peuple « d’en bas », comme disent les autres. Il n’y a aucune raison d’écrire des choses extrêmement faciles avec quatre mots et demi pour qu’ils comprennent. Il ne faut pas croire, ils comprennent tout.

Que représente cet album pour vous ?

Le 22ème ! J’espère que ce n’est pas un album de plus ou un album de trop, ce qui est pire. J’ai essayé quand même d’être à la hauteur. On a, en plus, pas mal bossé à distance, c’est assez compliqué, mais finalement j’ai dit tout ce que j’avais à dire à peu près à ce moment-là. J’avais un peu de rab et je verrai pour un prochain album.

J’ai l’impression que l’armure se fend de plus en plus. Qu’elle était nécessaire pour vous protéger aussi et qu’au fil du temps, vous déposez un peu les « armes ». Vous continuez à dire ce que vous avez à dire, mais vous vous ouvrez davantage, notamment sur la chanson L’ailleurs. Vous avez par moments les larmes au bord des lèvres.

Quand je la chanterai sur scène, au bout d’un moment ce sera différent parce que, là, l’interprétation est brute. Je n’ai pas voulu la faire deux ou trois fois, je l’ai juste faite une fois. Je venais de l’écrire. Je sortais de l’hosto car j’avais eu un problème au cœur. Donc L’ailleurs, c’était juste après l’antichambre. J’étais assez ému d’être encore vivant et j’ai demandé à un infirmier en salle de réveil de m’amener une lampe, un papier et un stylo, ce qu’il a fait très gentiment. J’ai commencé à écrire cette chanson à ce moment-là. C’est quand même très important l’écriture pour moi. La première chose à laquelle j’ai pensé, ce n’était pas ma santé, c’était d’écrire.

On vous a toujours senti indestructible. Cette épreuve a modifié votre regard ?

Je ne me sens pas indestructible. Sans doute que je suis un chanceux parce que je suis passé à travers beaucoup de choses qui auraient pu me coûter la peau depuis longtemps.

Cet album est aussi un hommage que vous rendez à vos parents et à l’éducation qu’ils vous ont donnée ?

Bien sûr. Mon père a été assez carré, extrêmement honnête et le fait d’avoir appris à travailler très jeune, je voulais écrire ou partir en voyage surtout, ça m’a donné des bases très solides, comme la boxe. Je retombe toujours sur mes pattes, c’est vrai, quoi que je fasse comme genre de conneries et je n’en fais pas des petites en général. Maintenant ça va mieux.

Mon éducation m’a donné une sorte d’équilibre entre l’imaginaire et le réel. C’est important.

à franceinfo

A quel moment la musique entre-t-elle définitivement dans votre vie ?

En 1974, quand je commence à imaginer un peu que je peux m’améliorer déjà, trouver des musiciens aussi imaginatifs que moi, qui vont me donner un coup de main. Mais disons qu’à partir des Barbares au quinzième round, je me sens plus libre. C’est à ce moment-là que j’ai trouvé vraiment le son que je désirais.

Vous avez fait la manche au début. Vous saviez que ça allait aboutir à quelque chose ?

Non. Je ne chantais absolument pas mes chansons. Je ne me prenais pas au sérieux. Je n’allais plus à l’usine alors de temps en temps il fallait que j’aille faire la manche. Je chantais Boris Vian, Boby Lapointe, Georges Brassens, Léo Ferré, etc.

Vous avez touché votre première paie en jouant dans une pizzeria.

Absolument. La pizza du Marais, c’était un café-théâtre. Après moi ou avant, il y avait Jacques Higelin, Renaud. On faisait trois quarts d’heure. Les gens sortaient, il y en avait d’autres qui rentraient pour le suivant.

Est-ce que tout ça ne vous a pas rendu plus fort ?

Ça permet de se corriger. Où j’ai appris vraiment à avoir de l’assurance, c’est certainement dans les restos, à faire la manche. Transformer les clients qui sont venus pour manger, en adeptes, en spectateurs, ce n’était pas si simple, mais j’y arrivais. Personne ne vous attend. Alors après, quand je ne venais pas, les gens disaient : « Il est là le chanteur ? » Alors, c’est marrant, les patrons de restos me faisaient la gueule.

C’est vrai que vous avez hésité pendant très longtemps à être soit boxeur, soit gangster, soit chanteur ?

Oui. J’ai d’ailleurs essayé les trois pendant pas mal de temps, finalement. Mais comme je vous l’ai dit, c’est quand même mon truc l’écriture. Donc je pense que si j’étais resté dans les deux autres, je ne serais plus là pour vous parler.

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