« Call of Duty: Black Ops Cold War », guerre froide pour jeu chaud ?

  • Call of Duty: Black Ops Cold War est disponible depuis vendredi sur toutes les plateformes, et donc sur les consoles next gen – le 19 novembre pour la PlayStation 5.
  • La campagne solo fait son retour, un retour aux sources de la série des Black Ops et donc de la guerre froide
  • Entre faits réels, figures historiques, pure fiction et sacro-saint spectacle, la franchise joue peut-être, sans le vouloir, à un jeu dangereux, idéologique.

Et un nouveau Call of Duty. La base. Disponible vendredi sur toutes les plateformes, et donc sur les consoles next gen, Call of Duty : Black Ops Cold War fait partie de la déclinaison Black Ops, une franchise dans la franchise, à l’instar des
Modern Warfare. Or, ce nouvel épisode est marqué par le retour du mode histoire, sur lequel le précédent Black Ops 4 avait fait l’impasse, au profit
du mode Blackout.

Une retour aux sources et à la guerre froide

« Le battle royale était partout, incontournable, plus qu’un simple effet de mode, commente Murray Kraft, scénariste en chef chez Raven, l’un des studios en charge de Cold War avec Treyarch. Même si beaucoup d’investissement et d’énergie sont mis sur les Call of Duty, nous avons manqué de ressources et avons décidé de mettre le paquet sur le battle royale. Le jeu a été un succès sans campagne, mais les fans ont toujours montré un intérêt pour le mode solo et souhaitaient revoir l’agent Alex Mason et ses équipiers. »

Cold War fait ainsi directement suite au premier Black Ops et marque donc un retour aux sources, à la guerre froide, plus précisément aux années 1980. « L’arrivée de Ronald Reagan au pouvoir a fait repartir les affaires, les tensions, et c’était un point d’entrée intéressant pour explorer une période non encore couverte par la franchise », éclaire Murray Kraft. Le joueur ou joueuse incarne majoritairement un agent, nom de code Bell, qu’il peut personnaliser en profondeur : origine ethnique, couleur de peau, genre, traits de caractère, qui auront plus ou moins d’incidence sur des moments de l’histoire.

Une histoire vraie ou de la pure fiction ?

Une histoire vraie, pourrait-on dire, car la campagne raconte la recherche par la CIA du mystérieux et hypothétique espion soviétique Perseus. « D’après une histoire vraie, cela me paraît un peu excessif, tempère le scénariste du jeu. Je parlerais plutôt d’inspiration. Il y a dans le jeu des événements réels, des figures historiques, mais cela reste de la fiction. Black Ops s’intéresse aux motivations personnelles, et raconte les petites histoires derrière la grande Histoire. Il s’agit d’imaginer ce qui a pu se passer derrière tel ou tel événement, de la manière la plus plausible, la plus crédible, mais c’est purement fictionnel. Après, si les joueurs et joueuses veulent approfondir ces sujets-là, ça leur fait un point de départ, et c’est génial. » Ok, mais s’ils en restent là ?

« Nous ne sommes pas là pour donner une leçon d’Histoire »

C’est la question soulevée par le site Kotaku après l’utilisation, pour une des bandes-annonces de Call of Duty : Black Ops Cold War, d’une interview de 1984 de Youri Bezmenov, ancien espion du KGB passé à l’ouest, dont les théories sur
la subversion sont reprises par l’alt-right. Son intervieweur de l’époque était d’ailleurs G. Edward Griffin, connu pour ses théories du complot sur le VIH, le 11-Septembre ou l’assassinat de Kennedy. Un manque d’information et de contexte qui passe d’autant plus mal que la bande-annonce assène un « Connaissez votre histoire ».

« Nous ne sommes pas là pour donner une leçon d’Histoire, rappelle Murray Kraft, interrogé non par cette polémique mais sur la guerre froide comme miroir des conflits actuels. Nous sommes avant tout un divertissement, et nos choix répondent en premier à la question du fun. Je ne pense pas qu’un FPS basé sur la guerre froide est le meilleur moyen de comprendre la guerre froide, un sujet des plus complexes avec des relations diplomatiques, sa course au nucléaire, sa guerre du Vietnam, ses opérations secrètes… Tout ça ne peut pas être traité dans un FPS. Nous égratignons juste la surface, pour les besoins du jeu. Je n’aime pas dire que nous ne prenons pas le sujet au sérieux, car nous sommes sérieux, mais à la fin, nous sommes limités pour le traiter dans toute sa complexité, sinon c’est un autre jeu. »

La guerre douce

Or, Call of Duty serait à la guerre ce que FIFA est au foot, non pas une simulation mais de l’arcade, « un blockbuster d’action » pour citer son scénariste. « Une invitation à l’évasion, et non une invitation à l’analyse politique ou sociale. » C’est entendu, et les fins multiples participent à éviter toute vérité absolue. Mais à jouer ainsi avec l’Histoire, avec les faits, Call of Duty ne jouerait-il pas parfois à un jeu dangereux, et le joueur, entre un gunfight virtuose et un crash spectaculaire, à une guerre moins inoffensive et plus idéologique qu’il n’y paraît. Call of Duty : Soft Power ?

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