Ces couples qui ont choisi de ne pas se reconfiner ensemble

Témoignages.- En mars, le confinement avec leur partenaire s’est imposé à eux comme une évidence. Pour ce second épisode, ils ont préféré s’isoler chacun de leur côté et se priver de l’autre. Ils racontent.

À l’annonce du reconfinement, ils auraient pu remettre ça. En couple depuis un certain temps mais sans vivre ensemble, ils auraient pu se retrancher de nouveau avec leur partenaire comme lors du premier volet du confinement il y a sept mois. Pour ce deuxième round, ils ont pourtant pris l’autre option, celle d’un isolement chacun de leur côté. Quitte à se manquer et en sachant que ce second confinement pourrait être plus long que le premier.

L’état des lieux post-confinement, acte I

Qu’est-ce qui pousse des couples amoureux à se séparer pour une durée moyennement déterminée ? Qui plus est dans un contexte morose et anxiogène ? Le déroulé de la première expérience, pour certains. Sans mener à la rupture, le premier confinement a pu égratigner la relation. L’épisode du mois de mars a «servi de leçon» à Mahaut*, 27 ans. Confiné «plus par contrainte que par envie», le duo qui s’était rencontré six mois plus tôt s’est alors retrouvé «coincé» dans une colocation de quatre personnes durant deux mois. «Je l’ai très mal vécu et lui aussi. Du coup, il était différent, distant, on ne partageait rien. Dès le déconfinement je me suis dit qu’il était hors de question que je revive ça.»

Benjamin au contraire, aurait de nouveau signé immédiatement pour un confinement avec sa petite amie dans les conditions du premier : deux mois dans une maison de 300 m² sur l’île de Ré. Sauf que cette fois-ci, le décor est différent. «Elle doit rester à Paris pour des raisons professionnelles, moi je suis plus libre et je peux aller dans ma maison de campagne. Ni elle ni moi ne se voyait cohabiter dans un appartement de 30 m² pendant plusieurs semaines», expose le trentenaire, en couple depuis un an et demi.

Et puis il y a ceux qui ont pu saisir l’onde de choc du confinement sur un couple récent. Des relations jeunes, sans expérience de vie commune, à qui l’isolement a fait gagner quelques années d’un coup. «Notre premier confinement s’est bien passé, mais à la fin je me suis quand même dit qu’on avait pris cinq ans de monotonie dans la figure, confie Esther, 27 ans, dont la relation dure depuis un an et demi. J’avais peur qu’on soit un peu essoufflé, que ce soit presque la fin.»

Une stratégie pour le confinement, acte II

Alors quitte à revivre le scénario, autant le faire correctement. Mieux. Forts d’une première expérience, certains décident de rectifier le tir. «Revivre le même confinement dans mon appartement m’angoissait beaucoup. J’avais envie qu’on soit bien chacun chez soi, je voulais avancer même personnellement, trier des choses, faire des activités que l’on ne peut faire que seule», précise la jeune femme.

Ce changement de cap à l’annonce du second confinement n’étonne pas Caroline Kruse , conseillère conjugale et thérapeute de couple (1). Selon la professionnelle, les duos ont pu faire un état des lieux et tirer des enseignements de leur dernière expérience. «De plus, en mars, la décision de se confiner ensemble ou non a été prise dans l’urgence, sans le temps d’un vrai choix, soit parce qu’on craignait de passer trop longtemps sans se voir, soit au contraire parce qu’on avait peur de ne pas avoir le temps de se rejoindre».

«Au premier confinement, j’avais peur de ce qui nous attendait, peur d’être seule, sans lui, enfermée comme dans une dictature, se souvient Mahaut. Être avec lui était un refuge. Cette fois-ci c’était différent, je savais que je pourrais aller me confiner à la campagne, que je verrais l’extérieur, j’avais un horizon. La décision était moins tranchée.»

Un choix moins contraint, mais pas plus facile

Si le choix est aujourd’hui moins contraint, il n’en n’est pas plus facile à faire. «S’adapter à une contrainte forte est paradoxalement moins compliqué que de devoir de nouveau assumer ses responsabilités et les conséquences de ses décisions», note Caroline Kruse. Le choix a désormais un poids réel et symbolique qui peut interroger l’entourage et le partenaire. «Les autres peuvent trouver la configuration étrange, et l’un des partenaires, pour peu que la décision ne soit pas si commune que ça, peut douter. Il ou elle ne m’aime pas assez pour se confiner avec moi, il ou elle n’a pas assez confiance en notre couple, il ou elle ne supporte pas que je sois autonome…», poursuit la thérapeute.

Jules, 32 ans, a d’ailleurs tendu le dos avant d’aborder la question avec celle qui partage sa vie depuis deux ans. «Je craignais que ce soit mal réceptionné, mal interprété. Et même si je suis sur de moi, j’ai peur de la suite, de l’éloignement, du potentiel manque.» Se priver de l’autre est douloureux mais le jeu en vaudrait la chandelle. La décision est un pari, un pari sur l’avenir, un investissement sur le long terme. On privilégie le bien-être de chacun, on se fait passer avant. Le but de la manœuvre ? Se préserver, faire en sorte que le couple tienne. «Je ne sais même pas si on va réussir mais je préfère qu’on se manque plutôt que de se tuer à petit feu, c’est mieux pour notre suite», estime Esther.

Faut-il y voir une preuve de l’engagement émotionnel de l’un ou de l’autre ? De maturité ? La conclusion est un peu rapide, estime la thérapeute Caroline Kruse. En revanche, «si cette décision est commune, si les deux s’aiment et si “tout va bien entre eux”, cela les amènera peut-être à être plus inventifs pour nourrir la relation.»

* Certains prénoms ont été modifiés.

(1) Caroline Kruse est notamment l’auteure de Il faut qu’on parle, 60 sujets à aborder en couple avant qu’il ne soit trop tard, éditions du Rocher, 16,90 euros.

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