Covid-19 : le training olfactif, une méthode pour retrouver son odorat après la maladie

  • L’anosmie, un symptôme fréquent
  • Un handicap au quotidien
  • Entraîner le cerveau à reconnaître les odeurs avec la rééducation olfactive

L’anosmie, ou perte de l’odorat, est l’un des symptômes les plus fréquents d’une infection à la Covid-19. Or, si celui-ci s’avère plutôt bénin en comparaison aux autres, il constitue en réalité un véritable handicap, pour lequel il n’existe pas encore de traitement.

Afin d’aider les malades à retrouver leur odorat, une méthode de rééducation olfactive, appelée “training olfactif”, est de plus en plus recommandée par les médecins. En quoi consiste-elle?

L’anosmie, un symptôme fréquent

Selon une enquête publiée le 30 avril 2020 dans le Journal of Internal Medicine, la perte de l’odorat est le deuxième symptôme de la Covid-19 le plus fréquemment rapporté.

En effet, selon une autre enquête, publiée le 1er avril et menée par l’hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine) et l’université de Mons (Belgique), 86% des patients atteints de la Covid-19 présentent des troubles de l’odorat.

Parmi eux, 44% “ont déjà récupéré leur odorat dans un délai court de 15 jours, mais les autres patients doivent garder un bon espoir de récupération qui pourrait se faire dans les 12 mois de l’apparition des symptômes”, car la récupération nerveuse est un processus lent.

“Bien qu’handicapante, la présence d’un trouble de l’odorat est un facteur de bon pronostic de la maladie à coronavirus”, ont remarqué les chercheurs. Les patients qui ont développé une maladie à coronavirus sévère, ainsi que ceux qui ont été hospitalisés en soins intensifs, ont une proportion de trouble de l’odorat nettement plus faible que les sujets non hospitalisés en réanimation.

L’origine exacte de l’anosmie pendant une infection à la Covid-19 est encore à l’étude. “Ce que l’on sait, c’est que le coronavirus pénètre dans la muqueuse olfactive, dans une partie très en arrière du nez, où se trouve notre sensibilité olfactive “, explique Hirac Gurden, directeur de recherche en neurosciences au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), au journal Les EchosCe ne sont pas les neurones olfactifs eux-mêmes qui sont visés, mais les cellules qui les entourent. Elles sont impliquées dans le soutien aux neurones olfactifs, notamment en formant une barrière protectrice. Leur attaque engendre une désorganisation de la muqueuse olfactive lésée, ce qui conduit très rapidement à la perte de la détection des odeurs.”

Un handicap au quotidien

Pour les personnes dont l’odorat tarde à revenir, l’anosmie peut être psychologiquement difficile à vivre. En effet, on estime que ces personnes présentent des risques de dépression significativement plus élevés : environ 25% à 30% d’entre elles présentent des symptômes dépressifs, selon le Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon.

Certaines activités professionnelles, comme cuisinier ou parfumeur, peuvent même être gravement compromises.  

Les personnes anosmiques se plaignent notamment d’une perte de qualité de vie au niveau de la nutrition, qui est habituellement une source de plaisir.

“Perdre l’odorat, cela influence le plaisir alimentaire. Sans odeur, le goût des aliments s’envole. Sans plaisir alimentaire, l’appétit diminue, le plaisir de cuisiner et de manger ensemble se perd”, expliquait ainsi la Dre Camille Ferdenzi, chercheuse au CNRS, sur France 3 le 22 octobre.

Les patients perdent également le contact avec leur environnement de vie, marqué par des indices olfactifs, comme : sentir son parfum, sa lessive ou l’odeur de ses proches.

“Autre point important, cela influe sur la détection des dangers : les odeurs sont comme des alarmes pour détecter une fuite de gaz ou un départ de feu. Sans odorat, le risque d’accident domestique augmente”, remarquait à juste titre la Dre Ferdenzi.

Enfin, certains malades dont l’anosmie perdure dans le temps peuvent se mettre à développer une parosmie, c’est-à-dire une perversion de l’odorat caractérisée par une perception sensorielle ne correspondant pas à la stimulation. Ces derniers racontent parfois sentir une odeur de fumée permanente, sans présence avérée de celle-ci, quand d’autres ont l’impression de sentir des odeurs d’essence. Cette manifestation n’est pas inconnue, il s’agit de fantosmie, un terme médical qui désigne des formes d’hallucinations olfactives. 

Entraîner le cerveau à reconnaître les odeurs avec la rééducation olfactive

Les corticoïdes sous forme de comprimés ou de spray, habituellement destinés à traiter l’anosmie, sont contre-indiqués si celle-ci est due à une infection à la Covid-19. Le training olfactif est alors le meilleur des traitements préconisés.

Ce dernier vise à stimuler les fonctions cognitives qui associent la mémoire et l’odorat en entrainant le cerveau à reconnaître des odeurs du quotidien.

Atteint depuis plusieurs années d’anosmie après un accident, Jean-Michel Maillard se bat pour faire reconnaître ce handicap. Avec des spécialistes, dont Hirac Gurden, il a mis au point un training olfactif en libre accès sur son site anosmie.org.

“En deux séances par jour, le patient est invité à sentir une sélection de six huiles essentielles (citron, clou de girofle…), pour s’entraîner à les reconnaître sans lire le nom inscrit sur le flacon”, nous confie-t-il.

Voici les différentes étapes du protocole :

  • Optez pour des huiles essentielles bios de qualité et diluez-les à 2% dans des contenants neutres afin de vous obliger à deviner de quelle odeur il s’agit.
  • Deux fois par jour, reniflez chaque flacon une trentaine de secondes. Après l’avoir agité, placez-le à 2 centimètres sous votre nez avec un geste de balayage de gauche à droite.
  • Procédez à cette rééducation durant cinq minutes, deux fois par jour, de préférence le matin à jeun avant et le soir avant le repas (pour éviter de perturber votre odorat avec des odeurs d’aliments ou de produits d’hygiène).

Ce protocole, “déjà téléchargé plus de 15 000 fois”, s’appuie sur les travaux de Thomas Hummel, chercheur allemand pionnier sur le sujet de l’olfaction. Distribué dans toute la France, il est même utilisé par certains centres hospitalier, cabinets ORL et médecins généralistes. “Il est même conseillé par le CHU de Liège, sur leur site Internet”, note Jean-Michel Maillard.

Si vous souhaitez intégrer d’autres odeurs à votre entraînement, voici celles qui sont recommandées (vous pouvez vous les procurer en parapharmacie ou dans votre supermarché, sous forme d’huiles essentielles, épices ou arômes) : la vanille, le café, l’aneth, le thym, le citron, la rose, l’eucalyptus, le clou de girofle, la cannelle, la lavande, la coriandre, le vinaigre, la menthe et le cumin.

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