Covid-19 : l’épidémie et le confinement pourraient entraîner une hausse du taux de suicide

Alors que la France tente de maitriser la deuxième vague de l’épidémie par le biais d’un reconfinement, une étude alarmante de la Fondation Jean Jaurès vient d’être dévoilée, ce vendredi 6 octobre 2020.

Réalisée à partir d’un sondage Ifop, l’étude met en avant une forte propension d’idées suicidaires parmi la population depuis le début de l’épidémie. En effet, 20% des personnes interrogées ont répondu avoir déjà envisagé de se suicider, dont 11% pendant la période du premier confinement et 17% depuis la fin de ce confinement. Soit respectivement 2,2% et 3,4% de la totalité des personnes interrogées.

Aussi, selon une étude publiée le 2 octobre dans la revue scientifique américaine JAMA, la prévalence des symptômes de dépression serait “3 fois plus élevée pendant la pandémie de Covid-19 qu’auparavant”. Des données confirmées par Santé publique France, qui dans son bilan épidémiologique du 29 octobre notait une “augmentation significative des troubles dépressifs”.

Une hausse des troubles dépressifs

SOS Amitiés évoquait déjà une hausse des idées suicidaires lors du premier confinement. Les bénévoles de l’association avaient alors répondu à plus de 102 000 appels entre le 15 mars et le 10 mai dernier, soit 32% de plus sur la même période par rapport à l’année précédente.

“Les toxines létales de la solitude et de l’isolement social augmentent le risque de mortalité de façon comparable à l’obésité ou au tabagisme”, note par ailleurs un article publié dans The Journal of Clinical Psychiatry en avril dernier. Selon les scientifiques, l’isolement a un impact direct sur le cerveau. “Au niveau biologique, la solitude et l’exclusion sociale sont associées à une augmentation de l’inflammation et de l’activité hypothalamo-hypophyso-surrénalienne, deux mécanismes impliqués dans la suicidalité”, écrivent-ils.

La pandémie “a un impact très anxiogène chez l’individu. Il y a la peur d’attraper la Covid, de la transmettre, le deuil, mais aussi la peur de l’impact économique, du chômage”, expliquait la Pre Marion Leboyer, directrice de la Fondation FondaMental, sur BFMTV le 30 octobre.

En juin dernier, le ministre de l’Économie et des finances, Bruno Le Maire, prédisait “une vague de faillites, une vague de difficultés sur le front de l’emploi très violente” dans les mois à venir. Il avait en outre évoqué la suppression de 800 000 emplois et un taux de chômage à 10 % pour l’année 2020.

Le 10 septembre, Michel Debout, psychiatre et professeur de médecine légale, spécialiste de la prévention du suicide*, rappelait dans les colonnes des Echos que le lien entre crise économique et suicide est incontestable, s’appuyant sur les taux observés durant la crise économique de 2008.

Des catégories plus vulnérables que d’autres

Sur les 20 % de Français qui déclarent avoir déjà envisagé sérieusement de se suicider, trois catégories ont des taux d’intention largement supérieurs : les dirigeants d’entreprises (27%), les chômeurs (27%) et les artisans-commerçants (25%). 

Exposés au risque économique, les artisans-commerçants et les dirigeants d’entreprises traversent une période d’incertitude au temps de la Covid-19.

Autre indicateur : leur consommation de médicaments au cours des 12 derniers mois est plus importante que la moyenne des Français.

Un deuxième confinement plus à risque

Pour Michel Debout, qui a produit une note d’analyse pour la Fondation Jean Jaurès, le deuxième confinement serait plus à risque que le premier.

Selon lui, le premier confinement a pu être facteur de protection contre le suicide pour différentes raisons : une “volonté de survie” face à la menace du virus, l’élan de solidarité observé à cette période, ou encore la difficulté de s’isoler pour passer à l’acte (selon l’étude, seuls 22% des sondés déclarent être restés seuls lors du premier confinement).

Le déconfinement marque en revanche un risque accru et le deuxième confinement pourrait s’avérer plus risqué encore que le premier, en raison du changement de logique entre ces deux périodes.

“Nous sommes passés de ‘tous à domicile, sauf exception’, à ‘tous au travail, sauf exception'”, résume-t-il, estimant que cela suscite l’incompréhension du côté des secteurs économiques qui doivent s’arrêter. “Certains le vivent très mal, les artisans-commerçants ne comprennent pas pourquoi eux doivent fermer, alors qu’on laisse d’autres lieux de contamination plus évidents comme les grandes surfaces”, estime-t-il.

De plus, ce deuxième confinement coïncide avec l’arrivée de la saison automnale. Les baisses des températures et de luminosité, entrainent chaque année une hausse du nombre de dépressions.

La cause exacte de cette dépression saisonnière, “n’est pas entièrement comprise, mais elle est souvent liée à une exposition réduite au soleil pendant les courtes journées d’automne et d’hiver”, explique le site de santé publique du Royaume-Uni. “Elle se caractérise par une humeur maussade, une irritabilité, un sentiment de désespoir, de culpabilité, d’inutilité ou encore de la léthargie, avec une plus grande fatigue.”

De plus, l’automne couplé au confinement entraîne “moins d’activité, moins de socialisation” explique le Dr Lata McGinn, professeure de psychologie américaine à USA Today.

Une prise en charge rapide pour prévenir les suicides

La dépression est une maladie sévère, qui se traite mieux si elle est prise en charge tôt. Il ne faut donc pas hésiter à consulter un médecin ou un psychiatre en cas de symptômes ou d’inquiétude sur le comportement d’un proche. 

Il peut s’agir d’une tristesse de l’humeur, d’une fatigue qui dure, d’un manque d’énergie ou d’envie… Mais si l’on a un doute il faut consulter.

“Le suicide n’est pas une fatalité, insiste Michel Debout. La prévention doit se faire pour éviter le risque, pas en attendant le risque. C’est maintenant qu’il faut prendre des mesures, alerter les groupes les plus à risque.” Dans sa note, la Fondation Jean-Jaurès estime que la Direction générale de la santé “a constamment tourné le dos aux politiques de prévention, notamment de la prévention du suicide.”

Michel Debout prône ainsi la création d’un nouveau comité, qui serait “le pendant” du Conseil scientifique, et serait composé, entre autres, de psychiatres, psychologues, médecins généralistes et cancérologues.

Des associations et plateformes peuvent venir en aide à ceux qui en ont besoin comme Info-depression.fr, mais il existe également des lignes d’écoutes joignables anonymement et gratuitement 24h/24 et 7j/7 telles que Suicide écoute (01 45 39 40 00), SOS Amitiés (09 72 39 40 50) ou le Centre de prévention du suicide (0800 32 123)

D’autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarité et de la Santé.

* également membre de l’Observatoire national du suicide.

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