« Cowboy Bebop » et « Hellbound », deux visions de la pop culture

  • Les séries Cowboy Bebop et Hellbound ont été mises en ligne vendredi sur Netflix.
  • Elles sont toutes les deux des adaptations, la première d’un animé culte des années 1990, la seconde d’un webtoon coréen à succès.
  • Si Cowboy Bebop tente de réveiller la nostalgie à tout prix, Hellbound voit un auteur questionner le monde via la pop culture.

Netflix a mis en ligne vendredi deux nouvelles séries : Cowboy Bebop, la version live de l’animé culte, et Hellbound, la potentielle sensation coréenne post-Squid Game. Les deux sont des adaptations, plus ou moins libres, et disent également beaucoup sur la pop culture d’aujourd’hui, entre allégeance à la nostalgie et politique des auteurs. Très attendue, voire crainte par les fans, la série live Cowboy Bebop cherche à coller au plus près à l’oeuvre originale, à (ré)incarner son esprit, tandis que Hellbound voit le réalisateur de Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho, porter lui-même son webtoon à l’écran et continuer ses réflexions sur l’humanité.

« Cowboy Bebop » mais en vrai, en dur, en kitsch

Nous sommes en 2071, la Terre est inhabitable et les humains sont partis à la conquête du système solaire et à la colonisation d’autres planètes. A bord de leur vaisseau spatial, le Bebop, les chasseurs de prime Spike et Jet naviguent dans cet espace devenu nouveau Far West. Dès le premier épisode, les intentions des équipes créatives et de Netflix sont claires : vous allez voir Cowboy Bebop mais « en vrai ». Avec de vrais acteurs, de vrais costumes, de vrais décors, de vrais effets spéciaux, et le vrai budget qui va avec.

Cette recréation a en effet quelque chose d’exaltant, proche du fan film ou d’une seconde jeunesse. Du moins au début. Car très vite, malgré l’implication des interprètes et des trouvailles de mise en scène, l’univers pop et coloré de la série originale se retrouve ici délavé, presque dévitalisé. Déjà au musée. Ce qui, paradoxalement, sur la longueur, participe à créer un sentiment de mélancolie, pas si éloigné de celui de la série originale. Le Cowboy Bebop animé était un chef d’oeuvre de free-jazz, là où sa version live propose une partition désaccordée mais appliquée. Ce qui laisse, après l’échec total de Death Note, une lueur d’espoir pour les futures adaptations de Yu Yu Hakusho et One Piece.

« Hellbound », l’enfer est pavé de bonnes réflexions

Essentiellement connu pour le film Dernier train pour Busan et sa suite Peninsula, l’auteur-réalisateur sud-coréen Yeon Sang-ho a déjà une oeuvre également riche de courts-métrages, films d’animation (The King of Pigs, The Fake, Seoul Station), et une série inédite (The Cursed). A chaque fois, il fait intervenir l’horreur ou le fantastique pour mieux interroger notre humanité, et, disons-le, le pire de l’humanité. Avec Hellbound, il adapte lui-même le webtoon qu’il a écrit et réalisé, et dont le dessin est assuré par Choi Kyu-sok. La version papier est disponible en deux tomes chez
Delcourt/Kbooks.

Des créatures mystérieuses attaquent des hommes et des femmes supposés honnêtes pour les conduire en Enfer, ne laissant que des corps calcinés derrière eux. Certains y voient la volonté de Dieu, tandis que d’autres veulent découvrir le pot aux roses… si pot aux roses il y a. Avec ses monstres en mauvais CGI, Hellbound assume de ne pas verser dans le fantastique et le spectaculaire, et préfère le mélange des genres, les études de cas, les questions philosophiques, ce que le cinéaste oscarié pour Parasite, Bong Joon-ho, décrit, au sujet du webtoon, comme « un monde de terreur suffocant que les mots « farce de Dieu » ou « absurdité suprême » ne sauraient définir». De la pop culture des (h)auteurs.

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