En attendant le Goncourt, lisez au moins « Les Impatientes » (2/4)

  • Conséquence de la crise sanitaire, le prix Goncourt est remis en retard cette année.
  • D’ici le 30 novembre, pourquoi ne pas lire l’un des quatre finalistes, voir les quatre ?
  • Aujourd’hui, notre communauté de lecteurs-contributeurs vous recommande « Les impatientes » de Djaïli Amadou Amal, paru le 4 septembre 2020 aux éditions Emmanuelle Collas.

Marceline Bodier, contributrice du groupe de lecture
20 Minutes Livres, vous recommande vivement Les Impatientes de Djaïli Amadou Amal. Paru le 4 septembre 2020 aux
Éditions Emmanuelle Collas, ce livre fait partie des quatre finalistes au prix
Goncourt 2020 qui sera décerné le 30 novembre.

Sa citation préférée :

Et il ne m’est jamais venu à l’esprit de m’en plaindre. C’était ainsi, et ça ne peut être autrement.
 

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que le livre est construit autour de l’histoire de trois femmes : Ramla, mariée à 17 ans à un homme de 50 ; Hindou, sa demi-sœur, mariée à leur cousin alcoolique et drogué ; Safira, 35 ans, première épouse du mari imposé à Ramla. Le premier point commun entre elles, c’est qu’elles se sont mariées contre leur gré. Le deuxième devrait être une commune révolte contre les hommes… mais c’est l’inverse qui se produit : mariées, les femmes jalousent les autres femmes et leur font du mal pour conserver le peu qu’elles possèdent ; mères, elles imposent le même calvaire à leurs filles.
  • Parce que c’est un roman qui donne une voix à un peuple qu’on connaît mal : les Peuls, musulmans du Sahel, au Cameroun. Ils sont sédentarisés et installés en ville, à Maroua, qui est justement la ville natale de l’auteure. Le père de Ramla est la première génération qui a quitté son village natal. Un pas vers la modernité ? Certainement, mais c’est quand même difficile à affirmer quand on sait que ce père coupe son fils brutalement d’un « Fous-moi le camp, petit insolent » lorsqu’il commence une phrase par « le monde a changé ! Les filles ont le droit… ».
  • Parce qu’on a envie de crier à ces femmes de s’enfuir, jusqu’au moment où on se rend compte que même si toutes y pensent, elles ne le peuvent pas car elles ne seraient pas punies seules : elles condamneraient leur mère et leur famille… Si un système aussi inhumain peut tenir, c’est parce qu’il fonctionne comme un gigantesque piège, où on se demande même quel est l’intérêt des hommes : Hindou a beau être mariée à son tortionnaire, elle remarque en lui « de nombreuses blessures et une frustration incommensurable qu’il masquait par un grand mépris des convenances ».
  • Parce que c’est aussi un livre universel. Certes, l’énorme différence entre la société peule et la nôtre, c’est que ce qui y est vécu comme terrifiant, mais normal, est terrifiant et réprimé par la loi dans la nôtre. Mais hélas, cela ne signifie pas que ça n’existe pas… Quand l’auteure dénonce la vision selon laquelle un viol conjugal, « Ce n’est pas un viol. C’est une preuve d’amour », elle s’adresse à toutes les femmes du monde. Et hélas trop souvent aussi quand elle ajoute « On conseilla tout de même à Moubarak de refréner ses ardeurs vu les points de suture que ma blessure nécessita »…
  • Parce que le livre a eu une première vie avant d’être édité chez Emmanuelle Collas, sous le titre Munyal. Ce terme ponctue tout le livre et signifie « patience » : la patience résume l’unique possibilité qu’offre le système patriarcal. « Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie. » Le titre « Les impatientes » prend dès lors une connotation très précise : éditer ce livre en France, faire entendre la voix de l’auteure, c’est faire entendre la voix de femmes qui ne veulent plus que leur vie se résume à attendre avec patience qu’elle soit terminée.
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. Ramla vit dans une société où pour les autres femmes, « le plus grand bonheur était de se marier à un homme riche ». Pour autant, à son mariage forcé, « sans fausse pudeur, elles affichent des yeux rougis. A travers nous, elles revivent leur propre mariage ». Un monde de terribles faux-semblants…

Les personnages. Des hommes, des femmes. Les hommes sont les dominants, les femmes sont les dominées. Les hommes jeunes changent, mais ils sont dominés par les anciens, qui peuvent prendre à leur guise leur amoureuse de 17 ans comme deuxième épouse… Les personnages sont ceux d’une société patriarcale très lourde.

Les lieux. Maroua est une ville à l’extrême Nord du Cameroun. Y vivent des Peuls sédentarisés, « qui ont quitté leur village natal », y conservent un cheptel de bœufs car « le bœuf fait le peul », mais sont devenus « hommes d’affaires » à la ville. « Hommes » d’affaires, mais pas « femmes »…

L’époque. Le roman relate des faits qui paraissent d’un autre âge, ressemblent à ceux qu’a vécus l’auteure au début des années 1990, et contre lesquels elle se bat encore aujourd’hui dans son association « Femmes du Sahel ».

L’auteur. Comme ses personnages, Djaïli Amadou Amal, 45 ans, est peule, musulmane et originaire de Maroua où elle a situé son roman. Mariée de force à 17 ans, a eu le courage insensé de s’enfuir. Certes, le livre n’est pas son histoire, mais c’est tout de même « une fiction inspirée de faits réels ». Le féminisme francophone mondial a trouvé sa voix, et il était temps qu’elle soit éditée en France.

Ce livre a été lu avec une très grande admiration pour l’auteure. Pour nous, la liberté est une devise héritée de notre histoire ; pour elle, ça a été une révolte et une conquête obtenue contre son histoire, avec l’extrême force de caractère que cela suppose. Couronner son livre honorerait le prix Goncourt.

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