Enfant intérieur : comment se servir de son passé pour s’épanouir à l’âge adulte

Explorer son inconscient, renouer avec les petits plaisirs de l’enfance, et se reconnecter à ses envies… Notre enfant intérieur a beaucoup à nous apprendre, et pourrait même nous aider à nous épanouir, à comprendre certains blocages pour avancer. Vanessa Carrara-Douillet, hypnothérapeute, nous explique comment se servir de son passé pour avancer.

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“Quand on naît, nous sommes des êtres complets, avec des qualités, des prédispositions, des talents. En grandissant, nous sommes influencés par notre éducation, l’environnement dans lequel on évolue, et ces paramètres vont avoir un impact sur ce que nous sommes réellement, sur ce que nous serons une fois adulte”, explique Vanessa Carrara-Douillet hypnothérapeute et auteure de Second Souffle, comment retrouver son enfant intérieur et l’harmonie avec soi-même (Éditions Michel Lafon).

L’enfant intérieur se construit à partir de toutes les émotions, toutes les sensations qui ont pu nous traverser, et qui ont pu altérer nos choix de vie, ou nous pousser de manière positive vers ce que nous sommes aujourd’hui.

Pour mieux saisir ce qu’est l’enfant intérieur, prenons l’exemple de cette petite fille, qui a des prédispositions à la danse, et dont les parents refusent de l’inscrire à un cours de danse, car pour eux, il est préférable de pratiquer une activité physique collective. Là, le corps de l’enfant, qui avait envie de faire de la danse va être frustré de ne pas pouvoir le faire, et c’est justement cet “enfant intérieur” qui va “trinquer”.

L’enfant intérieur, une part de notre inconscient à explorer

Le terme enfant intérieur désigne une partie de nous qui se situe dans notre inconscient. Or, environ 95% de nos choix sont dictés par notre inconscient, par ce que l’on a vécu, entendu, assimilé, compris…

Cette part d’inconscient que nous avons tous et toutes en nous, enregistre tout au fil des années. C’est en quelques sortes notre boîte noire, comme celle d’un avion, qui emmagasine toutes les informations, plus ou moins signifiantes et marquantes de notre enfance.

Une fois adulte, cette “boîte noire”, va nous renvoyer certaines informations sous forme de mal-être, de douleurs ou de pathologies spécifiques.

Quand l’inconscient n’accepte pas, il va rejeter ainsi l’information en envoyant un message via le corps pour signaler que quelque chose “cloche”.

Mais il n’est jamais trop tard pour changer, et être réellement ce qu’on est au fond de nous, en prendre conscience est le premier pas, et le plus important pour y parvenir.

“Le problème, c’est qu’en grandissant, on met de côté cet enfant intérieur, on l’oublie. Or, il s’agit en réalité de notre “vrai soi”, et l’écouter, l’observer, le laisser s’exprimer, va permettre de trouver le meilleur en soi, d’être en équilibre avec soi-même, d’accéder au bonheur, et d’être heureux.”, explique Vanessa Carrara-Douillet.

Chercher à se reconnecter à son enfant intérieur, c’est donc chercher à être en phase avec soi-même, à être “bien dans ses baskets”, à se ressembler, à savoir qui on est, et s’aligner avec ce que l’on est véritablement au fond de nous.

Notre inconscient, a-t-il forcément quelque chose à nous apprendre ?

On a tous en nous, dans notre inconscient un “enfant intérieur”, car par définition, c’est ce que nous sommes vraiment, notre “nous” profond. Nous avons tous une blessure quelque part, plus ou moins marquée, plus ou moins enfouie. Certains peuvent souffrir, souvent sans en avoir conscience d’une blessure d’abandon, d’autres des blessures au niveau de la confiance en soi, d’autres des blessures liées à des trahisons, ou encore un rejet… Toutes ces blessures nous construisent, nous forgent, parfois nous détruisent, même inconsciemment.

Mais en effet, comme le rappelle Vanessa Carrara-Douillet, tout le monde est concerné par la notion d’enfant intérieur, à partir du moment où l’on cherche à considérer ce que l’on est vraiment, c’est sur cela que l’on va s’appuyer, c’est en nous, ça rayonne, et ça ne demande qu’à s’exprimer.

En revanche, si nous avons tous en nous cette part dans notre inconscient, nous avons plus ou moins besoin d’en prendre soin, comme l’indique l’hypnothérapeute.

Dans certains cas, il peut y avoir des traumatismes (d’enfance) tellement importants que les personnes ont une amnésie, un mécanisme de défense que l’inconscient met en place lorsque la douleur provoquée par le traumatisme est trop dure à supporter.

L’idée est alors d’accepter ce que le corps renvoi, ces “barrières” qu’il met pour l’instant. C’est aussi ça, accepter son enfant intérieur, c’est accepter de se dire que ce n’est pas le moment de réveiller ça… Et puis parfois, ce n’est jamais le moment pour aller explorer cette partie d’inconscient. Des consultations chez un thérapeute peuvent permettre d’identifier les clefs en nous pour aller fouiller… Ou non.

“Même si explorer son inconscient et partir à la rencontre de son enfant intérieur, peut s’avérer très enrichissant, parfois il ne faut pas forcer. Si on a décidé de mettre ça de côté, c’est qu’il y a une raison, que c’est encore trop fort, que vous n’êtes pas prêt. Dans ce cas-là, il faut simplement accueillir ça, et l’accepter”, recommande la thérapeute.

Enfin, il n’est pas forcément nécessaire d’aller explorer son inconscient. Chercher à bousculer les choses à tout prix, alors que votre vie vous convient et vous rend heureux n’a pas de sens… On a tendance à pousser les gens à “sortir de leur zone de confort”, mais à quoi ça sert, si on se sent bien, en phase avec nous-même, de vouloir absolument aller explorer autre chose ? “Restez dans votre zone de confort, et sortez de votre zone d’inconfort”, encourage Vanessa Carrara-Douillet.

L’enfant intérieur : la clef pour s’épanouir à l’âge adulte ?

Pour mieux comprendre la notion d’enfant intérieur, Vanessa Carrara-Douillet aime utiliser la métaphore de la petite graine : “cette petite gaine commence à pousser lorsque nous sommes enfant, et au moment où elle sort de terre, on la piétine (l’entourage, les parents, la société, etc). Cette graine n’a même pas eu le temps de pousser finalement…”

Et cette image de la petite graine qui ne sort même pas de terre, va avoir un impact à l’âge adulte. Dans des cas graves, comme le cas d’un enfant maltraité par exemple, qui a été blessé, qui n’a pas eu de repères, et qui peut avoir tendance à associer la violence à l’amour (puisqu’il a aimé ses parents, tout en ayant subi de la maltraitance). Cet aspect de son enfance va perturber ses choix d’adulte : est-ce que je suis capable d’aimer ? Est-ce que je suis en mesure de devenir père ou mère, parce que je n’ai pas eu d’exemple, je ne m’en sens pas forcément capable…

“Justement, cet enfant désormais adulte, en est capable, car rien que le fait de se poser ces questions montre qu’il y a une réflexion, une conscience de ce traumatisme avec lequel il va pouvoir avancer, en faisant un travail avec son enfant intérieur”, explique la thérapeute.

D’autres personnes, vont avoir suivi une trajectoire professionnelle uniquement parce que leurs parents les ont poussés dans telle ou telle voie professionnelle. Et à un moment donné, leur “vrai moi” va les titiller et ils ne vont pas se sentir à leur place, pas au bon endroit, pas forcément heureux dans ce qu’ils font… Prendre conscience que ce choix de métier a été fortement orienté par les parents, et décidé d’écouter ses réelles envies, parfois refoulées depuis longtemps, peut aider à s’épanouir, et à devenir un “nouvel adulte”, en phase avec son enfant intérieur.

“On a tendance à toujours vouloir effacer les choses difficiles, mais les blessures sont là quoi qu’il arrive. Alors l’idée serait plutôt de prendre soin de son enfant intérieur, de le rassurer, pour pouvoir avancer positivement”, explique l’hypnothérapeute.

Qui je suis ? Qu’est-ce que je fais ? Ralentir, pour observer et faire le point

Souvent, avec l’habitude, on ne se pose pas trop de questions, la routine a quelque chose de confortable, de rassurant, et ce confort peut avoir tendance à nous empêcher de réfléchir, on avance “tête dans le guidon”, sans se demander si ce que l’on fait nous convient, et si c’est en phase avec ce que l’on est.

Les récentes restrictions sanitaires, les confinements et parfois même l’ennui que nous pouvons connaître depuis quelques mois peuvent entraîner des changements, des bouleversements, des questionnements : Qu’est-ce que je fais ? Qui je suis ? Où j’en suis dans ma vie ?

Cette période si particulière est propice aux remises en question : on ralenti, on se pose, on prend le temps de “faire le point”, d’observer si nous sommes ou non en phase avec notre enfant intérieur, nos désirs, nos rêves, parfois laissés loin derrière nous avec notre éducation, la société, ou même le confort de la routine…

Enfant intérieur : comment avoir accès à cette part de notre inconscient ?

Comme nous venons de le voir, notre enfant intérieur est situé dans notre l’inconscient. Pour y avoir accès, différentes méthodes sont à notre disposition : l’hypnose et l’autohypnose se révèlent être des techniques efficaces pour entrer en contact avec l’inconscient. On peut soit faire appel à un thérapeute, qui va nous aiguiller, nous amener sur ce chemin, soit le faire soi-même, à la maison, grâce à l’autohypnose.

La visualisation
Pour expérimenter la visualisation, il faut prendre le temps, se mettre au calme, s’accorder ce moment pour soi, que l’on soit accompagné en cabinet, ou que l’on soi seul.
L’idée est simple : on se rappelle de nous enfant, comment on était physiquement ? Ce que l’on portait ? Ce que l’on aimait faire ? Est-ce qu’on était un enfant solitaire, ou qui aimait aller vers les autres, être entouré, ou au centre de l’attention ?

“Ne vous mettez aucune limite, aucune pression, allez là où vous avez envie d’aller dans vos souvenirs, là où votre esprit va de lui-même, sans jugement. Pour faire l’expérience de la visualisation, moins il y a de cadre, mieux c’est !”, précise Vanessa Carrara-Douillet. Les souvenirs viennent, laissez-vous porter, et ne cherchez pas à adopter une posture particulière.

En pensant à ce que vous aimiez faire enfant, vous pouvez comparer (toujours sans jugement !), avec ce que vous aimez ou faites aujourd’hui : tiens, vous qui aimiez vivre dehors, qui étiez toujours en extérieur, vous travaillez maintenant dans un bureau… Vous qui aimiez beaucoup chanter, aujourd’hui il n’y a jamais de musique chez vous, pourquoi est-ce que maintenant c’est comme ça ? Est-ce que ça me convient, ou est-ce que j’ai envie que ça change ? Est-ce que j’ai envie de me lancer dans la pratique d’une activité en plein air le week-end, est-ce que j’ai à nouveau envie de mettre de la musique chez moi, et de chanter à tue-tête, comme quand j’étais enfant ?

Pour d’autres, peut-être que ce sera le souvenir de la cuisine, de la préparation de gâteaux, qu’on ne prend plus le temps de faire, la pratique d’un sport, que l’on a arrêté totalement du jour au lendemain sans trop savoir pourquoi, l’envie de redessiner, de peindre… “Exprimez votre créativité, mais faites-le uniquement parce que vous en avez envie surtout ! Il ne doit y avoir aucune forme de pression dans ce type d’exercice”, ajoute la thérapeute.

Retrouver les petits plaisirs
Si vous voulez rentrer avec votre enfant intérieur, il ne faut pas être trop sérieux, ne pas vous écouter en tant qu’adulte… Pour cela, on peut adopter des comportements liés à l’enfance, tout ce qu’il y a de plus simple, mais que l’on ne fait plus depuis longtemps : sauter dans une flaque d’eau à pieds-joints, danser dans le salon sans se soucier du regard de l’autre, marcher pieds nus dans l’herbe, qu’elle soit mouillée ou non, manger de la pâte à tartiner au chocolat ou de la confiture avec le doigt, marcher en sautillant, bref, exprimer sa spontanéité, et “se donner le droit de”, pour se rapprocher de son enfant intérieur !

Revivre un bon moment
Vous pouvez aussi partir à la découverte de vos souvenirs agréables de l’enfance : posez-vous et laisser venir ces bons moments qui vous viennent… Repensez-y, et revenez aux sensations du corps qui y sont associées. Pour faire remonter des souvenirs, on peut aussi stimuler les sens, en consommant par exemple un aliment que l’on adorait manger enfant. Préparez le même gâteau au yaourt que votre grand-mère faisait, acheter du lait concentré, redécouvrez les bonbons que vous adoriez…

Hypnose, autohypnose, comment s’y mettre ?

Si vous ressentez le besoin de retrouver, de vous connecter à votre enfant intérieur, il est recommandé de vous tourner vers un thérapeute. Que ce soit pour des séances d’hypnose, pour déverrouiller des choses bloquées, ou pour apprendre à pratiquer l’autohypnose seul, il vous montrera les clefs pour y accéder. On peut travailler sur l’inconscient de manière rapide, parfois, 2 ou 3 séances suffisent…

Avec l’autohypnose, l’idée est de devenir autonome en une ou deux séances, certains livres peuvent aussi vous guider…

Merci à Vanessa Carrara-Douillet hypnothérapeute, et auteure de Second Souffle, comment retrouver son enfant intérieur et l’harmonie avec soi-même (Éditions Michel Lafon), www.vanessacarraradouillet.com


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