Eudémonisme : tout savoir sur cette philosophie du bonheur

Concept issu de la philosophie, l’eudémonisme est une attitude qui consiste à rechercher le bonheur. On fait le point avec une psychologue.

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Qu’est-ce que l’eudémonisme ?

Eudémonisme : derrière ce mot compliqué se cache en réalité une doctrine philosophique née durant l’Antiquité et plébiscitée par des philosophes tels que Platon, Aristote, Épicure et Spinoza.  » Le postulat de l’eudémonisme, c’est que la finalité de la vie, c’est le bonheur : le but de chacun est d’atteindre le bonheur  » clarifie la psychologue Betty Jereczek.

D’ailleurs, cette notion (centrale) de bonheur se retrouve dans l’étymologie même du mot  » eudémonisme « , qui est construit à partir du grec ancien  » eudaimonismos « ,  » le souhait du bonheur « . En grec ancien,  » eudaimonía  » signifie  » béatitude « .

«  L’eudémonisme est passé de la philosophie à la psychologie en partie grâce à l’essor du développement personnel, au cours de ces dernières années : en librairie, on trouve aujourd’hui énormément d’ouvrages sur la quête du bonheur, comment atteindre le bonheur, des méthodes pour trouver le bonheur, etc.  » ajoute la psychologue.

Eudémonisme : la quête du bonheur est-elle souhaitable ?

«  Lorsqu’un patient / une patiente me dit que son but dans la vie, c’est d’être heureux / heureuse, je pose toujours la même question :  » pour vous, qu’est-ce que ça signifie ? « , explique la psychologue Betty Jereczek. En effet, nous avons tous notre propre définition du bonheur : il n’existe pas  » un  » bonheur universel à poursuivre. « 

Par ailleurs, «  la philosophie eudémoniste dit, en substance, qu’à la fin de sa vie il faut avoir atteint le bonheur : c’est une pression monumentale !  » ajoute la psychologue.  » De cette colossale pression découle plusieurs questions qui peuvent générer un mal-être : comment je fais, pour atteindre le bonheur ? Par où je commence ? Si j’ai tout pour être heureux mais que je ne le suis pas, ai-je raté quelque chose ? Il me semble que la poursuite du bonheur à tout prix ne permet pas de vivre une vie épanouie… « 

De plus, on le sait : «  la condition humaine, ce n’est pas uniquement de la joie : il y a aussi des moments de souffrance, qui sont parfaitement normaux  » remarque Betty Jereczek, qui souligne que  » la souffrance, il faut l’accepter aussi puisqu’elle fait partie de notre existence : rejeter la souffrance, c’est l’autoriser à grandir dans l’ombre et cela peut aboutir, à terme, à un mal-être psychologique voire à des troubles psychiatriques – dépression ou burn-out, par exemple. « 

La psychologue recommande donc de  » s’autoriser à vivre tous les moments de la vie, qu’ils soient heureux ou malheureux : il n’y a pas de culpabilité à avoir lorsqu’on se sent triste, en colère ou en souffrance, cela fait partie de l’existence. On ne peut pas être constamment dans un état de félicité. « 

Sans oublier qu’il est difficile de se sentir heureux lorsqu’on n’a pas de  » point de comparaison  » : comme dans la philosophie chinoise, la lumière a besoin de l’ombre pour exister – c’est le principe du yin et du yang…

Eudémonisme : la quête du plaisir et de la joie plutôt que la quête du bonheur

On l’a dit : la quête du bonheur à tout prix n’est pas forcément souhaitable. Pour mener une vie épanouie et sereine, la psychologue conseille donc  » d’accepter vos émotions inconfortables et les événements de la vie tels qu’ils sont, y compris lorsqu’ils sont douloureux ou difficiles. Regardez-vous dans un miroir avec honnêteté et douceur :  » oui, je vis un moment difficile, j’ai le droit d’être triste, j’ai le droit d’être en colère, c’est un moment à passer, mais j’accepte de le vivre « . Surtout, ne rejetez pas la souffrance :  » ne fermez pas la porte à vos émotions, accueillez-les ! « 

 » Accueillir la souffrance et les émotions négatives, c’est aussi faire la paix avec sa petite voix critique intérieure  » ajoute Betty Jereczek. Cette petite voix, on la connaît bien : c’est celle qui nous dit  » tu es nulle !  » lorsqu’on se fâche avec un ami,  » tu es grosse !  » lorsqu’on termine la boîte de chocolats parce qu’on est triste / en colère,  » tu es une incapable !  » lorsqu’on échoue à un examen…

 » Cette petite voix nous fait du mal mais, en réalité, elle est là pour notre bien ; elle est simplement maladroite. N’hésitez pas à lui parler (c’est la métacognition) pour l’inviter à plus de compassion. Rappelez-vous que vous êtes humain, donc faillible : apportez-vous de la bienveillance.  » Pour cela, la psychologue nous conseille de nous forger une petite phrase encourageante :  » par exemple, cela peut être  » ça ne va pas maintenant, mais ça ira mieux très bientôt « .

Plutôt que de courir derrière le bonheur, la psychologue Betty Jereczek nous suggère de consacrer du temps à des activités qui nous font plaisir : «  cela peut être la lecture, les jeux vidéo, la musique, la peinture, le sport, les balades… peu importe, du moment que cela vous apporte de la joie et du plaisir, même de façon fugace. « 

De plus, la psychologue conseille d’être dans une démarche de partage avec ses proches et son entourage :  » c’est prouvé : les activités qui nous procurent de la joie et les moments de partage (lorsqu’on va boire un café avec un ami, lorsqu’on prépare un gâteau pour ses enfants, lorsqu’on passe du temps au téléphone avec un cousin…) activent les circuits neurologiques du plaisir, ce qui constitue le meilleur moyen de se protéger contre les troubles anxiodépressifs. « 

Merci à Betty Jereczek, psychologue membre du comité d’experts Psychologue.net.

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