“J'ai renoncé à l'image de la warrior super ambitieuse” : les conseils de business women pour faire baisser la pression

Une belle carrière, des enfants parfaits, des repas ultra-sains, un appartement aux airs de boutique design… Une certaine idée de la perfection voudraient que les femmes réussissent tout, tout le temps. Impossible, répondent quatre business women qui redéfinissent le succès, chacune à leur manière.

Juliette Lévy : “J’ai renoncé à coller à l’image de la warrior super ambitieuse !”

La fondatrice d’Oh My Cream ! prouve qu’on peut créer une entreprise solide sans networker tous les soirs ou multiplier les heures de travail.

«Dans l’entrepreneuriat, on passe son temps à vous répéter : “Le réseau, c’est tellement important, il faut être de tous les événements, de tous les dîners”. Je suis quelqu’un de très introvertie, je recharge mes batteries quand je suis seule. J’ai construit Oh My Cream ! en acceptant de dire non aux sollicitations, et je peux dire que ça n’est pas impossible ! Le résultat, c’est que j’aime mon quotidien et j’assume d’être à 19 heures en famille chez moi le soir. Je suis au bureau et efficace de 9 heures à 18 h 30. Ça ne m’empêche pas d’être à la tête d’une entreprise qui a huit ans, d’avoir fait plusieurs levées de fonds.

J’ai accepté que mes investisseurs se disent : « Elle pourrait quand même travailler tous les soirs jusqu’à 21 heures » ou « Elle pourrait ne pas prendre ses trois mois de congé mat ». J’ai renoncé à coller à l’image de la warrior super ambitieuse qui place sa vie personnelle au second plan. J’attends mon deuxième enfant et non, je ne compte pas être la fille qui va bosser comme une folle jusqu’à la veille de son accouchement en talons et devant laquelle on s’extasie, parce que je trouve cette image insupportable !»

Anaïs Bouton : “Renoncer à la perfection est un acte militant”

Journaliste et animatrice sur RTL et Paris Première, elle assume ses choix et rejette l’idée d’être irréprochable sur tout, tout le temps.

«La multiplication des domaines dans lesquels être parfaite m’est arrivé assez tardivement. Jusqu’à mes 35 ans, je maîtrisais parfaitement l’aspect travail et l’aspect “moi-même”, je dirais. Puis, j’ai eu des enfants, vécu avec un homme ; c’était une autre dimension, avec beaucoup plus d’éléments à gérer. À force de vouloir tout faire bien, je me suis vue aller dans tous les sens et j’ai trouvé que j’avais l’air d’une mouche sur une ampoule.

Aujourd’hui, j’essaye d’évaluer les différents “pôles” de ma vie : je consacre énormément de temps à préparer mes émissions parce que j’adore travailler, je suis très attentive à mes filles tout en culpabilisant parfois de ne pas être assez là, et je ne cuisine pas si mal. En revanche, j’ai une phobie administrative : une pile de documents haute comme la tour de Pise patiente dans mon salon. Et ce n’est pas très grave ! L’injonction sociale à être tout et tout en même temps (épouse exemplaire, maîtresse de maison hors pair, amie qui envoie les bonnes fleurs et, bien sûr, belle, sexy et cultivée !) est complètement dingue. Renoncer à la perfection est un acte militant parce que c’est aussi une manière de lutter contre la charge mentale. Ça ne veut pas dire tout lâcher pour autant. J’ai une discipline, des rituels… mais c’est mon propre cadre, et je peux en sortir.»

Sandrine Mignaux : “Savoir dire « je dois m’améliorer », c’est très puissant”

La directrice générale de Rituals France plaide pour un management transparent et honnête, qui place cadres et salariés à égalité.

«Aujourd’hui, on doit mener de front plusieurs existences. Pour des personnes qui ont un fort niveau d’exigence, mieux vaut savoir où mettre son énergie et quand, en admettant que l’on ne peut pas exceller sur tous les fronts en même temps. Comme c’est très assumé, on ne culpabilise pas. On apprend au contraire à se demander à quel moment mettre le curseur sur quoi, et pour quoi faire. Chez Rituals Cosmetics, nous avons défini les facteurs-clés de réussite, dont le droit à l’erreur. Ce qui compte, c’est de tenter, d’oser expérimenter pour progresser, quitte à apprendre de ses erreurs. Le chemin parcouru compte plus que le fait de vouloir toujours exceller. C’est libérateur !

Parmi les autres facteurs de succès identifiés, il y a le fait de ne pas se prendre au sérieux et donc de pouvoir montrer ses vulnérabilités. C’est un réflexe d’humilité propre aux cultures du Nord (Rituals est un groupe néerlandais, NDLR) : en réunion, le manager siège au milieu de ses équipes, se met au même niveau que les autres afin de favoriser la co-construction. Après une évaluation à 360 degrés, remercier ses équipes pour le feedback et savoir dire en toute transparence : “Je dois m’améliorer sur tel, tel ou tel point”, c’est très puissant. Ça rassure tout le monde et donne confiance aux équipes pour évoquer leurs propres marges de progression. Cela permet d’avancer ensemble sans se mettre une mauvaise pression.»

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Raphaëlle Le Baud : “L’adversité est un moteur mais aussi un chemin”

Fondatrice de Métiers Rares et créatrice du podcast The Craft Project, elle a appris à se libérer d’idées préconçues pour réussir à sa manière.

«Entrepreneure dans les métiers d’art depuis ma sortie de Sciences Po, j’ai créé quatre sociétés. Dans le même temps, je me suis mariée, j’ai eu deux filles. J’ai cru à un modèle de famille – celui dans lequel j’avais été élevée – qui ne me correspondait pas forcément. À 36 ans, j’ai quitté ce modèle en divorçant. Mes filles avaient 3 et 6 ans. Après dix ans d’activité professionnelle, j’ai changé de nom et retrouvé le mien. Comme si je recommençais à zéro.

Je n’avais plus que l’excellence de mon travail pour montrer qui j’étais. J’ai dû me mettre en avant, prendre plus d’autonomie. L’adversité est un moteur mais aussi un chemin : c’était difficile, je voyais mes filles une semaine sur deux, mais j’ai eu cette espèce de souffle de confiance qui me disait : “Tu vas y arriver” et, à la fin, ma voix a porté. C’est fou car ça s’est vu dans les résultats de ma société : mon chiffre d’affaires a triplé. Ce n’est pas un plaidoyer pour le divorce pour autant ! (Rires.) Mais sortir de ce qu’on croit être bon pour nous, car cela correspond à une image que l’on a intégrée depuis longtemps, quelle qu’elle soit, peut nous aider à affiner notre identité et être aussi plus performante.»

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