J’ai suivi un accompagnement sexuel pour réparer mon corps

Le pouvoir du toucher. Pour Pascale Causier, autrice de J’ai suivi un accompagnement sexuel”, (Ed. Dunod), ces dernières années ont été une redécouverte d’elle-même. 

Embarquée d’abord par hasard dans ce cheminement psycho-corporel, elle a pu – avec Alex, son accompagnateur apprendre à écouter son plaisir pour tenter de “réparer ce qui peut l’être”. Victime d’agressions sexuelles sexuelles durant son enfance, elle a en effet été coupée de son corps et de sa sexualité pendant de nombreuses années. 

Elle offre aujourd’hui un récit intime sur son histoire, afin de lever le tabou qui entoure cette pratique, illégale en France. Nous sommes revenues avec elle sur son parcours, ses apprentissages et ce qu’elle en a retenu. 

Marie Claire : comment êtes-vous venue à l’accompagnement sexuel ?

Pascale Causier : “C’est arrivé complètement par hasard à vrai dire. Je n’avais absolument jamais envisager l’accompagnement sexuel comme étant une possibilité. D’abord parce que dans mon esprit, c’était une pratique qui s’adressait avant tout aux personnes en situation de handicap. Je n’avais jamais envisagé que cela pouvait concerner d’autres personnes. 

J’ai rencontré Alex à une conférence, et on a échangé. Disons que c’est cette rencontre, qui a fait l’occasion. J’ai demandé voulu débuter par le massage d’abord, ne serait-ce pour savoir si je me sentais à l’aise avec lui. Et puis, finalement, petit à petit, je me suis dit que c’était peut-être la solution adaptée à ma situation. 

Pourquoi avoir voulu témoigner dans un livre de ce sujet ?

Je n’ai pas songé au livre avant d’avoir terminé cet accompagnement. En réalité, c’est venu comme une continuité, avec notre expérience avec Alex, comme pour inscrire sur le papier notre cheminement, nos apprentissages. Parce que, je le dis souvent, si Alex m’a aidé à me réapproprier ma sexualité grâce à son accompagnement, je crois que d’une certaine manière, je l’ai aidé à façonner son approche, à gérer certaines situations précises. 

Le livre permet aussi de témoigner, de montrer à d’autres qui n’ont jamais envisager une telle expérience que celle-ci est possible, qu’elle peut tout à fait avoir un impact positif et pas seulement pour des personnes en situation de handicap. 

Et d’ailleurs, en mettant un point final au livre, cela m’a également libérer : je me suis dit “tu peux enfin vivre et profiter pleinement”.  

Pouvez-vous expliquer ce qu’est un accompagnement sexuel ? 

Je l’explique en préambule de mon livre, comme pour poser les bases. “L’accompagnement sexuel comme celui que j’ai co-expérimenté est un ensemble de moments dédiés au toucher, à la sexualité entre deux partenaires – un accompagnateur et un accompagnant – qui prend en considération la situation individuelle et propose un parcours dans le respect, la complicité, la douceur, la tendresse, l’affection, l’écoute mais aussi l’éducation”. 

Dans certains pays, comme par exemple aux Pays-Bas, la pratique est considérée comme un soin et remboursée par la Sécurité Sociale. C’est un travail “avec la sexualité” qu’il ne faut pas réduire qu’au sexe. Dans un accompagnement, il y a aussi la discussion, la confiance, et un vrai travail d’introspection pour tenter de dénouer certains blocages psy par le toucher et l’expérience. 

Comment cette expérience vous a aidé personnellement ? 

Personnellement, je pense que cette expérience a changé ma vie. L’accompagnement m’a ainsi aidé à me réapproprier ma sexualité, mon droit au plaisir aussi. D’une certaine manière, cela m’a permis de m’affirmer, autant dans mon “oui” que dans mon “non”. Mais au-delà de la sexualité d’ailleurs : quand je dis “non” aujourd’hui, dans ma sphère professionnelle par exemple, c’est un “non” assuré, franc. 

L’accompagnement sexuel avec Alex m’a aussi permis de m’autoriser à avoir du plaisir, en réparant en partie, ce que l’on avait brisé en moi pendant mon enfance. Évidemment, cela n’a pas tout réglé du tout : je ne peux pas dire que je suis bien dans mon corps, j’ai encore des dérèglements hormonaux notamment, dus au stress post-traumatique et clairement, tout n’est pas réglé. 

Quelles sont les dispositions légales en France à ce sujet ?

Aujourd’hui en France, l’accompagnement sexuel appartient au champ de la prostitution. De ce fait d’ailleurs, je me suis exposée à l’illégalité car au vu de la loi actuelle, j’étais considérée comme la “cliente” d’Alex. En vérité, à mon sens, je considère que ce n’est pas illégal mais non-légiféré. Il y a un flou juridique entretenu par les dirigeants qui refusent d’encadrer cette pratique, alors que dans d’autres pays en Europe par exemple, c’est considéré comme un “soin”. 

Encore une fois, je trouve la position des législateurs hypocrite et méprisante : ils refusent de prendre en compte la douleur de personnes qui pourraient avoir besoin de cet accompagnement. Il est question ici aussi de savoir pourquoi la loi prive certains individus, notamment des femmes, de leur droit à disposer de leur corps… Pourquoi ne peu-on pas considérer que des personnes pourraient avoir envie et besoin d’un tel accompagnement, pour tenter de régler certains blocages psycho-corporels ?

On parle de ce sujet généralement dans le cadre du handicap physique. Pourquoi est- il important de l’ouvrir aux victimes de violences sexuelles ?

Il ne faut pas ouvrir le sujet aux victimes de violences sexuelles, il faut l’ouvrir à tous. Le problème de mettre des cases, c’est que cela risque d’entraîner des critères beaucoup trop spécifiques. On catégorise à tout-va, or on devrait considérer que l’on peut être suffisamment responsable pour savoir et dire qu’on en a besoin. 

Et puis, c’est important de reconnaître le pouvoir du toucher dans la reconstruction et le traitement de différentes pathologies psychiques et même physiques parfois. C’est la base de la calinothérapie par exemple, mais aussi d’autres pratiques qui comprennent le massage. 

Bien que l’approche sexuelle pose question, il faut se rappeler qu’initialement celle-ci a une vocation d’expérience psycho-corporelle, en complément d’un suivi psychothérapeutique, et ce quel que soit la pathologie, le handicap ou le choc émotionnel. 

Militeriez-vous pour une modification de la loi ?

Oui bien sûr, si les réflexions en amont prennent en compte des modules de formation, nécessaires par ailleurs pour encadrer une telle pratique. L’important à mon sens, c’est qu’il faut une loi claire et pas en demi-teinte. Je ne peux pas dire que je suis très confiante pour un tel changement dans un futur proche, mais ce droit à disposer de son corps et de sa sexualité est un droit fondamental et il faut se battre pour cela.

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*“J’ai suivi un accompagnement sexuel – et cela devrait être un droit pour tous”, de Pascale Causier (Ed. Dunod) 

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