"Jane par Charlotte" : le documentaire à fleur de peau de Charlotte Gainsbourg sur Jane Birkin

Elle la connaît sans doute mieux que quiconque, et pourtant il y avait encore tant à comprendre… Dans un documentaire à fleur de peau présenté le 7 juillet hors compétition, Charlotte Gainsbourg, actrice-chouchou d’un public qui l’a vue grandir, a voulu s’approcher d’une icône, sa mère Jane Birkin, pour tenter d’en percer la réserve naturelle, de saisir le mystère derrière la vie de légende.

Truffé de confidences, parsemé de souvenirs, son premier film a secoué les spectateurs.trices de la salle Debussy malgré l’heure tardive, de longues salves d’applaudissements saluant la mère et la fille réunies pour une montée des marches sobre et émouvante, entourées dans la salle des trois enfants de Charlotte, la petite Jo, 9 ans et très présente dans le film, Alice et Ben. 

“Jane par Charlotte”, un film à deux voix

Amorcé il y a trois ans lors de concerts au Japon, poursuivi à New York puis il y a quelques mois à Paris et en Bretagne, Jane par Charlotte est avant tout un film à deux voix : d’un côté la caméra d’une fille qui apprivoise tout doucement sa mère, tourne autour, recule parfois timidement pour mieux se glisser tout près d’elle ensuite. Et de l’autre, une Jane qui peu à peu lâche sa réserve naturelle et se met à nu. « Faire ce film, c’était une manière pour moi de me frotter à ma mère pour m’en rapprocher, nous confiait Charlotte Gainsbourg, dans une interview parue dans Marie Claire en avril dernier. C’est sa personnalité qui m’intéresse. On parle beaucoup. Je voulais la rendre belle aussi. » 

Dans ces confessions fragmentées et très intimes, il sera question de tout. Des questions que Jane se pose encore aujourd’hui- « ai-je été une mère assez responsable ? » – de la culpabilité qui vient souvent la hanter, des névroses en tout genre- de l’impossibilité de jeter la moindre bricole cassée qui traîne depuis quarante ans dans un coin du jardin, aux insomnies qui agitent ses nuits depuis l’enfance. De son premier mariage échoué avec John Barry, de Serge Gainsbourg bien sûr, pygmalion adoré commun aux deux femmes, et grand absent dont l’ombre plane sur ce film. De la maison de rue de Verneuil, que toutes deux vont visiter ensemble, presque tremblantes- Jane n’y a pas remis les pieds depuis toutes ces années. Longue séquence dans laquelle elles arpentent « comme dans un rêve » la demeure aux airs de Belle au bois dormant, intacte et assoupie. 

Faire ce film, c’était une manière pour moi de me frotter à ma mère pour m’en rapprocher.

Elles parleront des rires et des forts souvenirs, et aussi du chagrin inconsolable de Jane après la mort de Kate, sa première fille, de l’ombre de la maladie, des années de solitude. Du temps qui passe, de ses morsures et des questions qu’il soulève : quand et comment par exemple accepter qu’il altère la beauté ? 

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Il y a tout cela et plus encore dans ce portrait morcelé et sensible que Charlotte Gainsbourg nous offre, en quête de vérités sur cette figure maternelle qu’elle admire et qui la fascine. « Pourquoi faudrait-il passer sa vie à vouloir s’affranchir de sa mère ? », s’interroge-t-elle dans son documentaire. Au contraire, parce que les années filent pour Jane et aussi pour elle-même, elle a senti comme une urgence à resserrer les liens, en entamant cette longue conservation. Drôle de rencontre, souvent troublante, entre délicatesse et impudeur.

Pourquoi faudrait-il passer sa vie à vouloir s’affranchir de sa mère ?

On pourrait craindre d’être dérangé.e par ces bribes d’intimité exposées au fil de leur discussion. «  C’est un drôle de mélange de cultiver la pudeur et en même temps d’avoir du plaisir à dévoiler son intimité, expliquait encore Charlotte Gainsbourg dans nos colonnes. D’avoir autant de complexes et en même temps d’aimer se montrer. J’ai été élevée avec l’idée qu’on avait une intimité mais qu’elle était partagée ».

C’est avec un regard tout en finesse que Charlotte Gainsbourg continue ce partage, et qu’en s’attelant à lever des pans d’intimité sur sa mère, elle se livre elle-même. Jane par Charlotte ou Charlotte par Jane ? Il y a les deux dans ce film vibrant d’un amour éperdu.

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“Jane par Charlotte”, de Charlotte Gainsbourg, sortie en salle le 27 octobre 2021.

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