"Je ne suis pas mort… Je dors ! " : dans son autobiographie Michel Sardou évoque ses 50 ans de carrière

Michel Sardou est chanteur et comédien. Enfant de la balle, il est le fils unique des comédiens Fernand Sardou et de Jackie Sardou. En digne descendant d’une tradition familiale dans le monde du spectacle depuis le début du 19ème siècle, il est l’un des chanteurs français les plus populaires et comptabilise plus de 50 ans de carrière, 26 albums studio, plus de 350 chansons, cinq Victoires de la musique, 100 millions de disques vendus. Il publie un livre autobiographique Je ne suis pas mort… Je dors aux éditions XO.

franceinfo : Dans votre autobiographie Je ne suis pas mort… Je dors, vous dites : “Je n’ai jamais eu l’envie d’avoir envie d’être chanteur“.

Michel Sardou : Je n’ai jamais même pensé qu’un jour, je serais chanteur. J’avais une voix… Tout à fait nulle. Je me suis trouvé embringué avec Michel Fugain dans une audition publique chez Barclays. On écrivait des chansons avec Fugain, on était un petit groupe de poètes désespérés, on voulait voir comment étaient reçues nos chansons, mais on n’était pas partis pour une carrière de chanteur. Et de tous ceux qui passaient l’audition, celui qui a été engagé, c’est moi. Pourquoi ? Franchement, je ne peux pas vous dire. Et moi, dans ma tête, au début tout du moins, mon rêve, c’était de faire la carrière de mon père. C’est-à-dire qu’il était populaire, il était aimé, mais ce n’était pas une grande vedette et il a vécu toute sa vie de son métier et je vous assure que ça, ce n’est pas donné à tout le monde.

La première fois que vous avez annoncé que vous vouliez devenir artiste, c’était à votre père.

Il a été parfait, il m’a foutu à la porte et m’a dit : “Il faut que tu en vives. Tu reviendras à la maison que si tu es malade, c’est tout” et je me suis retrouvé sur le trottoir. Je trouve que c’est la plus belle leçon qu’on puisse donner. Parce que c’est facile de dire je veux être artiste. Évidemment quand on est jeune comme j’étais à l’époque, quand je disais “artiste”, je pensais “vedette”, je ne pensais pas au vrai métier d’artiste qui est un métier épouvantable. Je me suis donc retrouvé à la rue. Il fallait que je mange, fallait que je vive, il fallait que j’en vive ! Alors, j’ai fait plein de petits métiers, du cabaret et petit à petit, je suis entré dans un univers de chansons, de création, etc. Et cette fameuse audition où là, je suis rentré dans une maison de disques.

Le point de départ, c’est le titre : Les bals populaires. Comme votre livre est sans concession, vous écrivez que vous n’avez jamais aimé cette chanson.

Jamais. En l’enregistrant, je la trouvais ridicule, je n’aimais pas. J’étais dans Johnny Cash et cela avait très peu de rapport avec moi et c’est celle-là qui démarre, que voulez-vous que j’y fasse ? Pendant quelques temps, il a fallu que je me tienne à ce genre de chansons, il y a eu : J’habite en France dans le même genre…. franchouillarde… Je n’aimais pas ce genre. Mais, ça marchait et il a bien fallu que je gagne avec ma vie aussi.

Votre règle était que quel que soit le sujet, vous deviez aller jusqu’au bout avec une vraie sincérité même s’il devait en découler des mots durs, voire provocateurs. Ça vous a effectivement porté préjudice, mais vous n’avez jamais freiné votre façon de travailler, votre façon d’être.

Non, mais je pensais qu’il fallait aller au bout de ses idées. Cela joue des tours ! Évidemment, comme j’avais comme principe de faire “Je”, d’écrire à la première personne, les gens se disaient : “Mais ce qu’il dit, il le pense, c’est lui!

Sur scène, si vous n’êtes pas sincère, si vous ne prenez pas de plaisir à le faire, faites un autre métier, faites autre chose.

à franceinfo

C’est le cas de la chanson Je suis pour ?

En fait, je m’y suis pris comme un manche. La chanson n’avait rien à voir avec la polémique entre abolitionnistes et personnes favorables à la peine de mort. Pas du tout. Je n’y ai même pas pensé en écrivant la chanson. J’avais imaginé un rôle. Je me disais que si j’avais été le père de ce petit garçon, que j’avais mis la main sur ce criminel avant la police, c’est moi qu’on aurait mis en prison. Le mec n’aurait jamais eu de procès. J’ai fait une chanson qui n’était pas celle que j’avais dans la tête, ça arrive souvent.

Alors que vous n’aviez que 20 ans, lors d’un déjeuner en tête à tête avec Jacques Brel, il vous a dit : “Un jour, au bout de 300 chansons ou plus, tu t’apercevras que tu écris les mêmes sujets que ceux d’aujourd’hui. Ce jour-là, arrête“. Cet avertissement a commencé à résonner, c’est devenu une évidence qu’il fallait que vous arrêtiez ?

Oui. Pour faire plaisir, il faut se faire plaisir d’abord. Là, j’étais en dehors du coup, j’étais de moins en moins impliqué dans mes chansons. J’écrivais moins. Je n’étais pas comme avant et je me suis dit : “Hou, ça sent mauvais. Ça veut dire que je vais bosser avec des souliers de plomb“. J’ai préféré arrêter et me tourner vers une autre aventure, celle que j’adore, le théâtre !

Le théâtre est une grosse partie de vous.

C’est marrant parce que c’est exactement ce que j’aime faire. Jouer des rôles où on fait rire aussi. C’est important.

Il n’y a qu’une chose qui me passionne au théâtre, c’est d’entendre rire les gens. C’est formidable

à franceinfo

Vous avez d’ailleurs un peu l’image d’un ours. Vous vous voyez comme ça ?

Exactement, j’ai un caractère d’ours. Je suis solitaire, je l’ai toujours été.

Est-ce que l’enfant que vous étiez est fier de l’homme que vous êtes devenu?

Fier, je ne sais pas. Content de ce que j’ai fait, oui, et de ce que je vais faire parce que ça ne marche que sur l’avenir. Le passé, pour moi, c’est fini.

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