"Je veux qu'il arrête de faire des victimes" : Florence Porcel s’exprime sur l’affaire Patrick Poivre d’Arvor

L’auteure de 37 ans, qui accuse de viols et d’emprise psychologique l’ex-présentateur de TF1 Patrick Poivre d’Arvor, s’est exprimée ce lundi pour la première fois dans les colonnes du Parisien et du magazine ELLE.

Le 18 février, on apprenait que l’ex-star de TF1 Patrick Poivre d’Arvor faisait l’objet d’une enquête pour viols. La plaignante, l’écrivaine Florence Porcel, l’accuse de lui avoir fait subir un rapport sexuel non consenti en 2004, et de lui avoir imposé une fellation en 2009. Des allégations que l’ancien présentateur du 20h a qualifié de «mensongères» par l’entremise de son avocat, puis sur le plateau de l’émission Quotidien. Près d’un mois plus tard, Florence Porcel est sortie de son silence le lundi 22 mars, dans les pages du Parisien et du magazine ELLE.

“Rien ne saurait justifier qu’un homme viole une femme”

Pourquoi avoir attendu autant d’années avant de vous tourner vers la justice ? C’est la question qui, dans ce type d’affaires, taraude souvent l’opinion publique, et que pose Le Parisien. «Je pensais les faits prescrits, explique au quotidien l’auteure de Pandorini, un récit inspiré de sa propre histoire, paru en janvier dernier. En 2009, j’avais déjà pensé à déposer plainte. J’avais conscience de ce qui s’était passé, j’étais sous le choc ! Mais j’avais 25 ans, j’étais étudiante, et en face, c’était Patrick Poivre d’Arvor… Je pensais qu’on ne me croirait pas et que ça ficherait ma vie en l’air.»

À l’époque, suite à la première agression présumée, la jeune femme, qui étudie à l’époque la comédie musicale et la communication, rentre dans une forme de «déni». «On sait ce qui s’est passé, mais on ne peut pas se l’avouer sous peine de s’effondrer, donc le cerveau passe en mode survie, rapporte-t-elle à nos confrères du Parisien. Au fond de moi, je sens déjà un sentiment de colère et de malaise. Mais je préfère me dire que j’ai vécu une belle expérience, que je suis amoureuse».

Florence Porcel et Patrick Poivre d’Arvor auraient eu ensuite un nouveau rapport sexuel, auquel la vingtenaire aurait cette fois consenti – afin, dit-elle, de ne plus subir cette relation. Puis en avril 2009, une seconde agression se produit. «Mais pourquoi toujours blâmer les victimes plutôt que les agresseurs ? s’interroge-t-elle dans le Parisien. Le sujet devrait être : pourquoi cet homme célèbre invite sur son lieu de travail une étudiante de 36 ans sa cadette, en lui faisant miroiter des conseils pour se faire publier, pour en fait lui imposer un rapport sexuel ?». Avant d’ajouter : «Quel que soit le contexte, rien ne saurait justifier qu’un homme viole une femme».

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Libération de la parole

Florence Porcel ne réalisera la gravité des faits que dix ans plus tard, après une psychothérapie. Aujourd’hui, c’est la libération de la parole dans les affaires de violences sexuelles l’aide aussi à s’exprimer. «Il y a eu #MeToo et des femmes qui ont eu le courage immense de porter plainte contre leur agresseur. Elles m’ont donné la force de le faire à mon tour», souligne-t-elle. Et de poursuivre : «Le but avec ce livre n’était pas d’accuser Patrick Poivre d’Arvor, mais de prendre assez de recul pour pouvoir expliquer les mécanismes du déni, de la sidération et de l’emprise entre un homme puissant et une femme fragile et sans expérience».

Interrogée sur les témoignages d’autres femmes évoqués ces dernières semaines dans la presse, elle a également confié au magazine ELLE qu’elle souhaite «que l’enquête prouve que cet homme était dans un système entier de prédation, installé depuis des décennies, peut-être couvert par sa hiérarchie.»

Justice pour les victimes

Si Florence Porcel assure faire désormais confiance à la justice pour que «Patrick Poivre d’Arvor soit jugé pour ses actes», elle refuse qu’on associe son témoignage à un coup médiatique pour la parution de son ouvrage. «Si c’est juste pour la publicité, je peux vous dire que le jeu n’en vaut pas la chandelle, croyez-moi, assure-t-elle. Cette histoire va me poursuivre pendant des années, je ne sais pas dans quelle mesure cela ne va pas ruiner ma carrière, dont je suis particulièrement fière et qui est tout ce que j’ai. J’ai tout à perdre.»

«Cet homme m’a volé ma vie sentimentale, amoureuse, sexuelle, conclut-elle dans les colonnes du ELLE. Je veux qu’il arrête de faire des victimes. Et qu’il réponde de ses actes devant une cour d’assises.» Le parquet de Nanterre, qui dirige l’enquête pour viols visant l’ancien présentateur du journal télévisé de TF1, avait indiqué la semaine dernière avoir reçu deux autres témoignages de faits «pouvant être qualifiés de viols», confirmant ainsi des informations du journal Le Monde publiées le 15 mars.

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