Johnny Jane, Checler, Terrier… la playlist du cahier musique de «Libé»

Chaque week-end, la webradio de Tsugi accompagne le cahier musique de «Libération».

La découverte

Le film noir de Johnny Jane

Fallait oser. Tirer son pseudo d’une fameuse chanson de Gainsbourg, dont la musique est extraite de la bande originale de Je t’aime moi non plus. Car c’est bien parce qu’ado, ce jeune Français de 21 ans se passait en boucle des interviews de l’homme à la tête de chou qu’il choisit de démarrer sa carrière d’artiste en endossant le nom du personnage incarné par Jane Birkin dans le film en question. 

Il fallait donc bien être au niveau du délire gainsbourien. Et celui qui a fréquenté le conservatoire d’Orléans et les Beaux-Arts de Bruxelles l’est incontestablement. Il suffit d’écouter les oreilles bien décollées son premier EP décharné et poignant pour en être convaincu. Soutenue par une production minimale – un piano qui tourne en boucle, quelques notes sombres de basse, le clic-clac d’une boîte à rythmes désincarnée –, son écriture brute explore les méandres d’une personnalité trouble, entre désespoir et extase. Spectateur-acteur d’une génération dans le brouillard qui «s’habille à 3 heures du matin, […] qui rêve de tout casser […], et qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?», Johnny Jane éructe aussi sur Sept sa rage de voir sa nana le tromper avec une meuf. Une thématique, très «Serge», rarement abordée dans le répertoire actuel. 

Même si son phrasé chanté-rappé le distingue peu de certains de ses camarades également fort doués tels un Arthur Ely, cet auteur-compositeur-interprète, dont la vraie identité reste mystérieuse, dessine des ambiances singulières aux climats poisseux et à la science mélodique de haut vol. Le témoignage poignant d’un artiste fort prometteur qui aime se mettre à nu, en mots, en musique, et même sur la photo de sa pochette. Exhibitionniste, certainement Johnny Jane. Comme Jane B ?

Johnny Jane, Au pire c’est rien (EP) 

Les nouveautés

DJ Yellow, The Paradise Gate

Un retour réjouissant. Celui de Alain Ho, figure de la french touch – le label Yellow avec Bob The Mighty Bop Sinclar, c’était lui. Une sublime deep techno très Detroit qui propulse le dancefloor très loin dans l’espace. Là où on ne vous entend pas crier. De joie.

Checler, Conversation

On aime bien ce jeune chanteur/rappeur aussi proche dans ses textes intimes d’un Alain Souchon que d’un Lomepal. Avec une belle ironie, il avoue : «Je ne sais pas quoi dire aux gens que je rencontre, je sais pas tenir une conversation.» Un comble pour un tchatcheur.

Vernacular Orchestra, Canyon 211

Ah les doux bruits acid quand se lève le matin, ça vaut bien l’odeur du napalm. Ce collectif de six artistes invente une techno aventureuse, dans un esprit dévergondé proche du free-jazz. On s’attend presque à voir surgir la trompette de Miles Davis. Fameux. 

Terrier, Traversée punk

Drôle de pseudo pour une drôle de musique. Ce jeune néo-Parisien qui a grandi sur les bords de l’Atlantique possède déjà un univers très particulier. Sur un beat quasi-hip-hop et dans un climat post-rock, il déverse avec morgue des introspections adulescentes. Intrigant.

Coriky, Clean Kill

Excellent premier titre, annonciateur d’un album excitant du nouveau groupe formé par Ian MacKaye, la légende du punk indé hardcore de Washington et son vieux compère de Fugazi, Joe Lally. 

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