La terre des hommes : une agricultrice se bat pour avoir "une ferme à soi"

Constance, c’est le personnage auquel Diane Rouxel prête son visage et son talent dans ce film engagé sur un monde agricole misogyne et en partie corrompu. En salle le 25 août, La terre des hommes offre le récit galvanisant du combat d’une femme qui refuse de se laisser enfermer – dans sa jeunesse, son genre, ses galères financières – et dont on n’est pas près d’oublier le prénom.

Une agricultrice face aux violences sexistes 

Qu’y a-t-il de pire qu’être un agriculteur au bord de la faillite ? Réponse : être une femme dans la même situation. Dans la lignée des films existant déjà sur la violence économique qui frappe le monde agricole (Au nom de la terre, Petit paysan), Naël Marandin raconte pour la première fois le parcours d’une jeune femme qui tente à tout prix de sauver la ferme familiale.

À tout prix ? Justement non, et la bataille financière tourne au drame social, intime et existentiel lorsque Constance est victime d’un viol commis par un fermier influent qui prétend vouloir l’aider (Jalil Lespert). Un système pervers de chantage se met en place, c’est implicitement donnant, donnant. Mais pas pour Constance, qui devra habilement manœuvrer pour piéger son bourreau.

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Luttes de pouvoir dans les champs

Si cette fin pose d’ailleurs un problème moral à l’intérieur du film (car il implique une instrumentalisation du viol à des fins professionnelles par sa victime, un parti pris discutable), l’ensemble de cette trajectoire féminine est admirable de puissance dramatique et de précision documentaire sur l’écosystème des éleveurs de vaches.

Du marché aux bestiaux, où ont lieu les ventes aux enchères, aux luttes de pouvoir entre grands propriétaires au sein de commissions d’attributions d’aides financières, La terre des hommes rend compte de ce monde en partie corrompu à travers un regard d’une justesse impitoyable, épinglant au passage sa misogynie.

Tête fonceuse et épaules rentrées, Constance est incarnée par la remarquable Diane Rouxel, parfaite de force obstinée, puis gracile tout à coup dans les bras de son amoureux (Finnegan Oldfield). Seule femme dans un milieu très majoritairement masculin, elle mène son combat pour exister et n’être perçue ni comme une gamine qu’on paternalise ni comme une proie qu’on peut posséder, houspiller ou enfermer dans un enclos comme une bête (l’une des scènes du film) ; ce combat est celui de toutes les femmes rêvant de posséder un peu plus qu’une “chambre à soi”. Ici, une ferme.

La terre des hommes, de Naël Marandin avec Diane Rouxel, Finnegan Oldfield, Jalil Lespert, en salle le 25 août.

Cet article a été initialement publié dans le n°828 de Marie Claire, daté septembre 2021

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