"Le ciel comme atelier" : Yves Klein célébré au Centre Pompidou-Metz

S’il est bien un artiste dont il est toujours nécessaire de (re)découvrir l’œuvre actuellement c’est bien lui : Yves Klein. Près de soixante ans après sa disparition, le peintre visionnaire et poétique est de nouveau célébré en cette rentrée au Centre Pompidou-Metz.

C’est au travers de son rapport aux artistes et de ses affinités esthétiques que l’exposition « Le ciel comme atelier » se dévoile pour esquisser le portrait d’un peintre épris d’immatériel dans un siècle bouleversé par la chose matérielle. Peintre de l’espace, Yves Klein a côtoyé, lors de ses différentes pérégrinations terrestres, nombre d’artistes et de mouvances artistiques. De Gutai au Japon aux spatialistes en Italie, de ZERO en Allemagne au groupe Nul aux Pays-Bas, en leur compagnie, l’artiste français a envisagé l’art sous un nouveau prisme, l’emmenant par la force de l’expérimentation vers une nouvelle odyssée souvent d’ordre cosmique. Le ciel, l’air, le vide et le cosmos seront les figures majeures de son atelier immatériel propice à réinventer l’art et le rapport de l’homme au monde après la Seconde Guerre Mondiale. Dépasser la matérialité de l’œuvre d’art, vue comme un obstacle à la liberté, s’aventurer dans l’expérience de la monochromie, du vide et de la lumière, seront les nouveaux gestes d’une génération d’artistes nés entre les deux-guerres.

Yves Klein, un artiste entre peinture et performance

A l’aube de la guerre froide, Klein et une constellation d’autres artistes forgent cette esthétique philosophique et silencieuse dans le chaos d’un monde qui cherche à conquérir l’espace. Pour eux « ce ne sera pas avec des rockets, des spoutniks ou des fusées, que l’homme réalisera la conquête de l’espace car, ainsi, il resterait toujours un touriste de cet espace ; mais c’est en l’habitant en sensibilité ». C’est cette sensibilité curieuse pour l’époque, novatrice pour la postérité, que le parcours thématique de l’exposition dessine et rend tangible l’évolution d’une pratique artistique générationnelle, qui opère un passage du matériel à l’immatériel, du visible à l’invisible, de la terre au ciel, du corps humain au cosmos.

Prenant pour point de départ les ruines de la guerre, la déambulation mène progressivement le visiteur vers l’atelier rêvé de ces artistes où peinture et performance cohabitent ensemble. La scénographie conçue par Laurence Fontaine met en valeur le processus de dématérialisation qui a cours au tournant des années 1960. À la manière des œuvres spatialistes qui dépassent les limites de la toile pour l’ouvrir à une autre dimension, les murs courbes et les arêtes estompées brouillent la frontière entre l’œuvre et le spectateur. Des spectateurs qui peuvent aujourd’hui encore être sensible à ce témoignage d’une époque où le ciel était un refuge, « un bouclier immatériel et spirituel face à la course à l’armement nucléaire et à la prolifération de ses soleils artificiels ».  A sa mort prématurée, survenue à l’âge de 34 ans, Yves Klein aurait d’ailleurs confié à un ami : « Je vais entrer dans le plus grand atelier du monde. Et je n’y ferai que des œuvres immatérielles. »

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Yves Klein, Le ciel comme atelier

A voir au Centre Pompidou-Metz,

1 Parvis des Droits de l’Homme, 57020 Metz

Jusqu’au 1 er février 2021

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