Les jeunes artistes sont fans de variété française (et l'assument)

  • Janie, Clara Luciani ou encore Barbara Pravi ont plusieurs choses en commun, dont le goût assumé pour la chanson française d’antan et les tubes de la variété.
  • « « Variété », c’est presque un mot dont on ne veut plus entendre parler, un mot ringard, et ça, ça m’agace un peu parce que ce sont des chansons qui m’ont bercé, que je trouve immenses », déclare Clara Luciani. « Notre génération tend à être authentique, donc on ne se cache plus derrière des modes », avance Janie.
  • « On n’est plus dans une espèce de camp retranché, avec les porteurs d’une musique intelligente et savante d’un côté contre les tenants de la musique populaire de l’autre », explique à 20 Minutes Christian Maugein, créateur du Festival les Primeurs de Massy.

En 2001, Alexia Laroche Joubert faisait la fine bouche devant La Musique de Nicoletta. « Quand même, c’est un peu vieux », a-t-elle répondu à Pascal Nègre qui lui soumettait ce morceau en vue de la première saison de Star Academy qu’elle s’apprêtait à produire. Eh oui, figurez-vous que cette chanson de 1967 était perçue comme anachronique – sinon indigne – pour le temple de la variétoche qu’allait devenir le télécrochet de TF1. Vingt ans ont passé et l’on sait le tube qu’est devenue la reprise interprétée par Jenifer, Olivia Ruiz et compagnie, indissociable de l’émission.

Deux décennies plus tard, Nicoletta est redevenue complètement fréquentable par les plus jeunes : sur Amours & Pianos, qui sort ce vendredi, la chanteuse interprète Il est mort le soleil en duo avec Marina Kaye, 23 ans. Un énième exemple que les artistes vingtenaires ou trentenaires n’ont plus le snobisme en bandoulière lorsqu’il s’agit d’assumer son goût pour la chanson française et la variété.

D’autres exemples ? Pomme, 25 ans, reprend Désenchantée de Mylène Farmer sans se cacher derrière un pseudo-second degré, Kalash Criminel, 26 ans, dit ses envies de collaboration
avec Michel Polnareff et, sur les playlists Souvenirs d’enfance de Deezer, Dadju, 30 ans, réinterprète sans rougir D’amour ou d’amitié de Céline Dion quand Louane, 24 ans, livre sans s’excuser sa version de Toutes les femmes de ta vie des L5.

Clara Luciani en a « marre du snobisme »

Janie, 26 ans, consacre quant à elle carrément une chanson, Compile à la bande originale de sa vie : Cœur grenadine, On va s’aimer, Sous le vent… « Cela correspond à tout ce que j’écoute et que j’adore depuis mon enfance, explique l’autrice, compositrice et interprète à 20 Minutes. Je pense que notre génération tend à être authentique, donc on ne se cache plus derrière des modes. Peut-être qu’on a été élevés et baignés à la chanson française et que c’est ça qu’on aime, même si à une époque ça pouvait être un peu ringard. On assume, c’est vrai. Et puis, voir des artistes autour de soi qui prônent ça et ne s’en cachent pas, ça aide aussi. »

Clara Luciani est de celle-ci. Lors de la sortie de Cœur au début de l’été, elle nous confiait en avoir « un peu marre du snobisme des Français, notamment de certains Parisiens, consistant à cracher sur la variété ». « C’est presque un mot dont on ne veut plus entendre parler, un mot ringard, et ça, ça m’agace un peu parce que ce sont des chansons qui m’ont bercé, que je trouve immenses », expliquait-elle au sujet de ses influences lorgnant Michel Berger ou Alain Chamfort, notamment. Enfonçant le clou : « Il n’y a rien de mal à faire de la variété. J’ai envie plus que jamais d’aller vers quelque chose de populaire et hélas, dans l’esprit des gens, il faut choisir entre le populaire et l’élégant, je trouve ça absurde. »

« Les branchés veulent aussi être populaires, et inversement »

« Quand Clara Luciani m’a dit, la première fois où je l’ai rencontrée : « Je n’écoute que de la musique qui n’est pas d’aujourd’hui ». Cela m’avait interpellé, nous révèle Adrien Gallo. A 32 ans, le chanteur des BB présentait en septembre Là où les saules ne pleurent pas. Cet album solo intimiste et mélancolique, rappelle par endroits Anne Sylvestre ou William Sheller et témoigne d’un amour pour la chanson à texte. « Il y a tellement de belles choses dans le passé, qu’aller y chercher des choses est un peu inévitable », avançait-il, se détachant de son étiquette de rockeur.

« On n’est plus dans une espèce de camp retranché, avec les porteurs d’une musique intelligente et savante d’un côté contre les tenants de la musique populaire de l’autre. Tout ça se mélange beaucoup mieux, on est beaucoup moins sur des postures, analyse Christian Maugein, directeur, programmateur et fondateur du Festival les Primeurs de Massy, dédié aux jeunes talents. Les artistes branchés veulent aussi être populaires, et inversement. »

Il n’est plus incompatible d’être célébré à la fois par des médias perçus comme pointus et prescripteurs et par la presse grand public. Cette année, Clara Luciani a aussi bien fait la couverture de Télérama que de Télé 7 Jours – certes Technikart l’a dézinguée, signe qu’un irréductible élitisme demeure.
Barbara Pravi est invitée aussi bien sur RTL et RFM que sur France Inter, et même pour y parler d’Eurovision.

« Chaque chanson est faite de tellement de d’autres »

Plutôt que de s’offusquer face à ceux qui comparaient, avec une forme de mépris, Voilà à Edith Piaf, l’artiste de 28 ans, estimait qu’il s’agissait d’un « compliment énorme », et assumait les r roulés autant que l’interprétation incarnée à la manière de son aînée. « J’appelle ça de la « vieille chanson française » parce que ces artistes sont morts, mais leurs chansons ne sont pas « vieilles » pour autant : les textes restent extrêmement actuels et les mélodies intemporelles », nous disait-elle en janvier au sujet de ces influences des classiques du répertoire.

Se nourrir du passé pour faire de la musique d’aujourd’hui, c’est aussi le processus revendiqué par Janie : « Même si j’ai des inspirations inscrites dans le patrimoine de la chanson française, je suis une femme de mon temps et de ma génération, avec ma façon de raconter le monde, je pense que ce mélange-là fait que je ne pue pas la poussière. »

« J’ai quand même l’impression que c’est aussi très beau d’être dans les pas d’une certaine histoire de la musique et qu’il y ait des ponts entre les idoles et les jeunes, ça a du sens », appuie auprès de 20 Minutes Juliette Armanet. L’autrice, compositrice et interprète de retour ce vendredi avec l’album Brûler le feu parle inspirations conscientes et innutrition : « Il y a des passages, des transmissions et la musique n’est faite que de ça. C’est un fluide géant. Chaque chanson est faite de tellement de d’autres. Il y a une certaine beauté dans le fait de se dire qu’on est influencé par des gens qui eux-mêmes ont été influencés par d’autres. Et puis on en influencera certains. Si dans vingt ans quelqu’un dit [au sujet de la chanson de quelqu’un d’autre] « Ah, c’est un peu à la Armanet », c’est flatteur, c’est cool ! »

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