Les super-héros français existent bel et bien, et depuis longtemps

  • Le film de super-héros français Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal, adapté d’un roman de Gérald Bronner, sort vendredi sur Netflix.
  • Les super-héros, c’est pas dans la culture français, hein ? Le spécialiste Xavier Fournier en a répertorié plus de 300, du XIXe siècle à nos jours.
  • L’Amazone masquée, l’Oiselle, Nyctalope, Fantax, Fantômas, etc. Découvrez les super-héros et super-héroïnes françaises… bientôt au cinéma ?

«Les super-héros, c’est pas dans la culture française. » Combien de fois cette phrase a pu être prononcée, avec ses variantes sur le cinéma de genre et la science-fiction. Or, cela ne peut pas être plus faux. Les super-héros français ne se limitent pas à
Superdupont, comme le prouve la sortie du film
Comment je suis devenu super-héros vendredi sur Netflix.

Spécialiste des super-héros et des comics, Xavier Fournier ne dira pas le contraire, il en a trouvé pas moins de 300 pour les besoins de ses livres Super-héros, une histoire française et Super-héros français, une anthologie
chez Huginn Muninn. C’est d’ailleurs dans le magazine Comic Box dont il était rédacteur en chef que le réalisateur Douglas Attal a découvert le roman Comment je suis devenu super-héros de Gérald Bronner et a décidé de l’adapter. Pour 20 Minutes, Xavier Fournier revient sur 5 super-héros et super-héroïnes français iconiques

L’Amazone masquée, une vraie super-héroïne au XIXe siècle

« Il y a un truc effarant, commence Xavier Fournier comme s’il n’y croyait pas lui-même. Ce n’est ni une BD, ni un roman, mais en 1867, Paris a vu une femme masquée parcourir la ville à cheval. Des témoins la décrivent même armés de sabres. Le Figaro et d’autres journaux de l’époque lui ont couru après pendant un an et demi, pour savoir qui se cachait derrière
l’Amazone masquée. Un phénomène médiatique à la Jack l’éventreur. » A la même époque, enfin 20 ans plus tôt, Alexandre Dumas commençait la publication du feuilleton Le Comte de Monte-Cristo, « le grand-père de tous les super-héros », selon le spécialiste. En effet, le roman s’est exporté aux Etats-Unis et avec lui la notion d’identité secrète, indissociable des super-héros et super-héroïnes.

L’Oiselle, une super-héroïne de roman en 1909

Créée en 1909 par Renée Gouraud d’Ablancourt sous le pseudonyme masculin de René d’Anjou, L’Oiselle suit les aventures de Véga de Ortega, « une femme en combinaison noire, ailes de métal, ceinture à gadgets, vision nocturne et mentor télépathe, qui survole la capitale parisienne », détaille Xavier Fournier. Batman, c’est toi ? « Quand tu lis un tel pitch, tu demandes où est le film », réagit le journaliste, avant d’ajouter : « C’est en cherchant dans les écrits des censeurs de l’époque que tu découvres plein d’œuvres aujourd’hui oubliés. Les hommes se déchaînaient sur L’Oiselle, non pas parce qu’elle était une femme volante et justicière, mais parce qu’elle n’était pas à la maison, à la cuisine. Rendez-vous compte, cela risquerait de donner de mauvaises idées aux femmes. »

Nyctalope et le premier univers partagé en 1911

Nyctalope, créé par Jean de la Hire en 1911, est souvent considéré comme le premier super-héros français, mais il s’agit selon l’auteur de Super-héros, une histoire française, surtout du premier univers partagé avec plusieurs personnages secondaires, dans une trentaine de romans. « Nyctalope est un héros qui, suite à une tentative d’assassinat, a eu son cœur remplacé par un organe mécanique, ses yeux affectés lui permettent de voir la nuit, raconte Xavier Fournier. Il est à la fois super-héros et explorateur, avec des aventures sur Mars, contre des hommes requins, etc. Mis en images, cela pourrait donner du pur Marvel. » Mais il est longtemps tombé dans l’oubli, et pour une bonne raison, Jean de La Hire est condamné pour collaboration à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.

Fantax, le Batman français de 1946

Avec son costume noir et rouge iconique, Fantax, créé en 1946, fait penser à « une sorte de Batman de bande dessinée, résume Xavier Fournier. Tu sens l’influence des héros américains. Il est un peu comme Arsène Lupin, mais règle ça avec les poings. Ses auteurs, les Lyonnais Marcel Navarro et Pierre Mouchot, étaient très inspirés par le cinéma de Lino Ventura, tu as donc un peu un super-héros chez les Tontons flingueurs. Il fume sa clope de travers, peut arracher une tête à coups de pelle… Si le contexte est également colonialiste, la série peut être très progressiste, antiraciste et le voit par exemple se battre contre le Ku Klux Klan. »

A noter que le scénariste Marcel Navarro est également derrière les éditions Lug, qui ont ramené les premiers super-héros Marvel en France et même créé leurs propres héros dans la revue Mustang, à l’instar de Mikros ou Photonik dans les années 1980.

Mikros et ses copains, super-héros français publiés dans la revue « Titans » dans les années 1980

Comment je suis devenu un film de super-héros français

Si Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal donne l’impression d’être le premier film de super-héros français, c’est aussi parce qu’il prend le genre et sa matière très au sérieux. « Fantômas est un (anti) héros de sérial, et dans sa version historique, pourrait donner un bon Doctor Fatalis sur grand écran, commente Xavier Fournier. Mais la version avec De Funès a convaincu le grand public que c’était de la rigolade, de la parodie. » Christophe Gans a d’ailleurs essayé de monter son Fantômas « comme une réponse française à Iron Man », en vain.

« Pareil pour Le Passe-muraille de Marcel Aymé, ajoute le spécialiste. Tu as le film de 1951 avec Bourvil, mais si tu le donnes à un studio américain, ils feraient un truc super à la Heroes et les Français se demanderaient alors encore pourquoi les Américains y arrivent et pas nous. » Les super-héros, c’est pas notre culture, vraiment ? « Il suffit de regarder les génériques des films Marvel, tu as plein d’infographistes et designers français, assène une dernière fois Xavier Fournier. Ils partent aux Etats-Unis, faute de boulot en France. » Mais cela change, le Français Aleksi Briclot, concept artist chez Marvel Studios, a ainsi travaillé sur Comment je suis devenu super-héros.

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