Marc Newson : "Je veux créer des objets qui vous poussent à les toucher"

Marc Newson fait partie d’une catégorie d’artistes dont l’œuvre est plus célèbre que le nom. Ses meubles à cheval entre l’univers de la maison et celui du bureau font partie de notre vie.

À 57 ans, Marc Newson est la star du design contemporain. On lui doit le look de l’Apple Watch et un style tout en courbes qui s’inscrit dans une multitude d’objets : un stylo Hermès, des valises Louis Vuitton, des baskets Nike ou des bouteilles de Dom Pérignon. Adjugée plus de 3 millions d’euros aux enchères en 2015, sa chaise Lockheed Lounge est l’œuvre d’un designer contemporain la plus chère au monde. Certaines des pièces de Marc Newson ont intégré les collections de musées comme le MoMA de New York ou le Centre Pompidou, à Paris.

Le créateur australien aime jouer comme un artisan avec les matériaux, la densité des peintures et des couleurs, mais dans ses dessins on retrouve surtout une épure presque monacale. «J’épuise les formes que je dessine», dit-il pour résumer sa quête. Même lorsqu’il parle, Marc Newson recherche la précision des termes, l’économie de mots. Aujourd’hui, il investit la galerie parisienne Kreo avec la collection Quobus, des bibliothèques modulables aux lignes fluides et aux couleurs pastel.

Madame Figaro. – Combien de temps avez-vous travaillé pour les créations à la Galerie Kreo  ?
Marc Newson. – Je travaille sur Quobus depuis de nombreuses années. Tout a commencé à partir d’un projet de bibliothèque que j’ai réalisé pour la maison d’édition Taschen. J’ai étudié des éléments à prendre en compte pour une telle création : les proportions des livres, leur épaisseur, leur poids et leur orientation. Cette exposition montre ma réflexion à travers une série de cubes réalisés en acier émaillé, épinglés ensemble afin de créer des systèmes d’étagères modulaires.

Pourquoi, dans un monde de plus en plus dématérialisé, les livres et les objets sont-ils si importants  ?
Je suis un homme de l’analogie, et les livres sont un moyen analogique d’accès à l’information. Ils sont bien plus romantiques qu’Internet. La tactilité est très importante dans mon travail – je veux créer des objets qui vous poussent à les toucher. Je ne crois pas que le plaisir de lire un livre physique puisse être reproduit par le numérique. Il y a peut-être un regain d’intérêt pour l’objet matériel en ce moment avec l’écologie durable. Et un objet bien fait a moins de chances de tomber en désuétude qu’un objet technologique ou de disparaître dans un nuage numérique.

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Vos voyages ont-ils inspiré vos créations  ?
Mes projets ont fait appel aux talents d’artisans du monde entier, qu’il s’agisse d’ateliers japonais spécialisés dans l’étain ou d’artisans du verre en République tchèque. Les voyages ont toujours été une grande source d’inspiration, surtout lorsqu’il s’agit d’observer comment différentes cultures abordent un même problème. Ces bibliothèques ont été produites en Italie et en Belgique avec un procédé d’émaillage de plus en plus rare de nos jours. L’artisanat est en train de disparaître, et le designer peut jouer un rôle dans sa préservation.

Vos créations sont dans les musées, les boutiques, les restaurants, les avions, nos maisons… Comment voulez-vous utiliser votre pouvoir  ?
J’espère offrir plus de choix – un meilleur choix – et aussi créer des objets que j’aimerais utiliser. Même si j’essaie de ne pas trop y penser, l’idée que les gens choisissent les pièces que j’ai créées est très valorisante. J’apprécie surtout la possibilité de relever le niveau de ce qui est proposé aux consommateurs en résolvant une série de problèmes.

La nature inspire-t-elle vos pièces ?
Elle est une source d’inspiration par excellence. Il s’agit moins de l’esthétique de la nature que de ce qu’elle représente : l’ordre et la simplicité. Mon travail est considéré comme «organique», mais mes choix esthétiques ont aussi une valeur fonctionnelle et répondent à des matériaux ou des contextes avec lesquels je travaille.

Ces créations sont aussi très ludiques. Qu’est-ce que l’enfant en vous s’est amusé à imaginer en les concevant ?
Avoir un sens de l’humour est une partie importante de ma création. Le besoin d’améliorer les objets de la vie quotidienne fait partie de ma personnalité. L’une de mes inspirations originales pour Quobus m’est venue à l’époque où j’habitais à Paris dans les années 1990. Les panneaux des stations de métro et les plaques des rues sont en émail, ce qui est anachronique, mais si génial !

Comment un objet du quotidien se transforme-t-il en objet d’art ?
L’art ou le design sont une question de contexte. Mon travail implique un processus constant de relocalisation. Et j’aime reconceptualiser les choses : cela vous encourage à les voir différemment. J’ai créé des avions, des bateaux, des bicyclettes et toutes sortes de meubles pour des expositions d’art. Je ne crois pas que l’on puisse tracer une frontière claire. Les créateurs de la Galerie Kreo ont défendu cette zone grise et ont permis à de nombreux designers, comme moi, de travailler dans un nouveau contexte, l’art. Mon objectif est toujours le même : exprimer le calme et la discrétion.

Marc Newson, Quobus, du 16 septembre au 18 décembre, à la Galerie Kreo, à Paris. galeriekreo.com

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