Massilia Sound System continue de faire bouger les lignes avec un neuvième album : "Sale caractère"

Depuis quelques jours, la culture se déconfine après une période extrêmement difficile. Dans cet album, vous vous interrogez vraiment sur le rôle des artistes. Cette période a été dure ?

Gari : Ça a été très dur parce qu’on était dans le brouillard, mais quand on s’est remis au travail pour faire ce disque à l’automne dernier, ça a été une bouffée d’oxygène pour nous tous. Ça nous a sauvé la mise.

Massilia Sound System est un groupe de scène qui fait aussi partie de la photo de famille. C’est votre force ?

Moussu T :  La plupart des gens nous considèrent comme ça, c’est-à-dire qu’on va voir un concert de Massilia Sound System comme si on allait au mariage du cousin. Quelque part, on s’est toujours considéré comme le boucher ou le charcutier du quartier sauf qu’au lieu de vendre de l’entrecôte, on vend de la chanson, avec ce côté artisan. On est un peu le contraire du confinement et c’est ça qui nous plaît, d’être devant des gens.

Il y a un cri d’alarme social, c’est le titre : À la rue. On sent que vous aviez beaucoup de choses à dire. L’idée était de faire bouger les consciences, de faire comprendre que cette solidarité qu’on a perdue est essentielle ?

Gari : Oui, on est dans une ville qui subit une inertie de dingue, avec une succession de politiques qui ont fait n’importe quoi. C’est très complexe à gérer Marseille. Et à la fois Marseille est merveilleuse. Marseille est multicolore, elle a une force en elle de folie.

Nous, quand on ferme les yeux, on voit Massilia, ce Marseille rêvé, ce Marseille solidaire, qui a de la force. Après, quand on les ouvre, on voit le Marseille de 2021 et on écrit “À la rue” avec ce constat qui est assez raide, mais réel.

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Après La force est en nous et ce sont les citoyens qui vont trouver des solutions comme toujours.

Elle montre aussi votre engagement depuis vos débuts, cet engagement vraiment au cœur de la création de Massilia Sound System en 1984. Vous avez fait bouger les lignes. L’idée, c’est de vous adresser à cette nouvelle génération, de lui dire qu’elle doit et peut être fière de Marseille, de sa ville.

Moussu T : C’est vrai que lorsqu’on a commencé, il y avait beaucoup de gens qui partaient car pour réussir, il fallait quitter ton endroit. Je pense que c’était déjà ça : refuser cette fatalité et dire que tu peux vivre une vie extraordinaire et formidable, quel que soit l’endroit où tu habites, du moment que tu travailles pour ça.

Avec cette musicalité qui vous colle totalement à la peau, on a toujours envie de danser quand on vous écoute, même quand les textes dénoncent des choses pas forcément très agréables.

On reste un groupe de danse, mais qui raconte des choses sur la réalité.

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Moussu T :  Et ça vient de nos modèles jamaïquain ou américain, c’est ce qui nous manquait ici probablement à cause de la destruction du folklore, de la rupture qu’il y avait entre nous et ce qu’avait pu écouter nos arrière-grands-parents, peut-être même avant, ce côté populaire.

Vous revendiquez ce côté populaire depuis vos débuts et pourtant ils n’ont pas été simple car les maisons de disques vous ont un peu boudé.

Gari : Il faut savoir qu’à la fin des années 80, quand tu arrivais sur scène ou en studio avec deux platines, ton petit micro, on ne te prenait pas au sérieux. D’un côté, ça a été notre force parce qu’on a été obligés de créer notre label, de monter notre studio, de pouvoir être autonome pour pouvoir créer et d’un autre, ça a été compliqué en subissant cette espèce de mépris de classe.

Moussu T : Si je regarde en arrière, je m’aperçois finalement que c’est peut-être ça le secret de la longévité de Massilia. Je ne sais pas si, finalement, ça nous aurait été bénéfique que d’un coup des types nous ‘découvrent’ comme on dit dans le show business. Nous, on n’a pas été découvert, on s’est découverts nous-mêmes !

C’est vraiment une identité positive que vous avez transmise à toute une génération avec le fait d’aller de l’avant et d’y croire.

Parler à toutes les générations.

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Gari : Je suis dans Massilia depuis 1992 et depuis cette date, il y a des petits de 20 ans au premier rang, c’est extraordinaire. On vient en famille voir Massilia et c’est une des choses qui me rend le plus fier dans notre histoire, c’est-à-dire d’arriver à parler à tout le monde, d’arriver à créer ces moments où papa va danser avec son minot de 18 ans et se murger un peu la tête. C’est extraordinaire !

Que représente cet album pour vous ?

Moussu T : C’est un album spontané et je pense que c’est un peu de ça dont on a besoin. Les gens ont besoin de ce côté spontané qui fait du bien dans une ambiance générale très anxiogène. C’est vrai que tu as souvent envie d’aller te recoucher en ce moment.

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