MC Solaar revient sur ses 30 ans de carrière : "Je ne suis pas dans la compétition, je fais tout pour ne heurter personne"

MC Solaar, auteur, compositeur et interprète est un rappeur incontournable et un précurseur : il a été l’un des premiers artistes à populariser le rap en France dès le début des années 90. Avec sa plume, sa voix, son flow et son sourire, le temps ne semble pas avoir de prise sur lui. Il passe cette semaine sur franceinfo et évoque ses plus de 30 ans de carrière. 

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Depuis son premier album sorti en 1991, Qui sème le vent récolte le tempo, vendu à plus de 5 millions d’exemplaires et récompensé par cinq Victoires de la musique jusqu’à son huitième album Géopoétique (2017) qui marquait son retour après une dizaine d’années d’absence, MC Solaar voit son public, désormais intergénérationnel, répondre toujours présent. MC Solaar est, enfin, à la tache puisqu’il prépare un nouvel album dont la sortie est prévue en 2022 ou 2023 et pour nous faire patienter, il se produit, cet été et cet automne, avec le The big band project dans des festivals.  

franceinfo : Caroline a déjà 32 ans, c’est fou quand on y pense !

MC Solaar : 32 ans, ça fait quand même ! Mais comme je la chante, je crois qu’elle a été faite hier. 32 ans, ça veut dire que le temps a passé, mais je ne l’ai pas vu passer. 32 ans, une chanson écrite il y a 32 ans, c’est gravissime !

En 1995, vous allez obtenir le prix de l’artiste interprète masculin aux Victoires de la musique. Vous allez être adopté par l’intelligentsia et le milieu cultivé d’un côté, et a contrario, dans le milieu du rap vous allez être taxé, accusé de compromission. Comment avez-vous vécu ces attaques ?

Elles me touchaient quand même parce que je me suis mis à écrire, à remettre des flows, alors que moi, ce que j’aimais bien, c’était justement laisser la place aux autres. Alors je cherchais d’autres chemins, des chemins jazz, des histoires totalement farfelues. Puis, bon, les compositeurs, les producteurs, sont revenus dans la discipline du prose combat. Là aussi, ça avait fonctionné. Le groupe IAM qui m’avait même dit : « Il y a compétition et émulation.« 

« Je regarde toujours les choses comme de l’émulation. Je ne suis pas dans la compétition. Je fais tout pour ne heurter personne. »

à franceinfo

En 1997, sort Paradisiaque issu de belles collaborations avec Hubert Blanc-Francard et Philippe Zdar. C’est en 1998 que le sacre a lieu avec l’Académie française qui vous décerne la grande médaille de la chanson française pour l’ensemble de vos chants poétiques. Que représentent cette médaille et ce sacre ?

Quand j’ai entendu, c’était assez surprenant. Mais surtout, j’ai appris que des gens se sont battus pour dire que : « Si, c’est de l’écriture, ce sont des mots, c’est de la poésie » eh bien, rien que pour ça, j’en suis très content. J’étais en Allemagne, en Autriche pendant toute cette période-là, on avait fait une dizaine de concerts et quand je suis rentré, des gens que j’aime bien m’ont dit : « Tu es à l’Académie« , mais non, c’était une médaille. Aujourd’hui, je la donne à Big Flo & Oli, à Orelsan, Oxmo Puccino, à tous les rappeurs sur certains de leurs morceaux où ils se sont laissés aller. Et puis ce sont des mots supplémentaires. Les gens qui apportent le plus de mots ces temps-ci, ce sont des musiciens.

C’est marrant parce que vous vous fâchez rarement. Mais il y a une chose que vous n’avez jamais accepté, c’est qu’on touche à vos choix. Ça a donné lieu à un clash avec votre label sur deux albums qui vont sortir, pas du tout comme c’était prévu. Vous allez gagner le procès. Malheureusement, ça va donner lieu au fait que vos premiers albums ne soient plus commercialisés. Comment avez-vous vécu ce moment-là ?

Au début, c’était évidemment un choix, mais j’avais aussi dans ma tête : cool, je vais retourner à la fac, donc j’avais mon temps.

Vous n’avez pas accepté qu’on touche à votre liberté intellectuelle ?

Oui, effectivement. Et puis, je me suis dit que si dans les premières années où tu fais quelque chose, tu as un problème, ça veut dire tu auras des problèmes toute ta vie.

Vous avez récemment récupéré vos premiers albums.

C’est allé super vite pour les ressortir. Je me rappelle qu’aux premiers rendez-vous on m’a demandé si on pouvait les remettre. Évidemment ! On est tous contents. Toute l’énergie que les uns et les autres, Zdar, Hubert, Jimmy Jay, Jean-François Delfour et les 50 personnes qui étaient dans le studio, il fallait qu’on puisse les réécouter. 

Depuis que mes premiers albums sont ressortis, j’ai un sourire éternel.

à franceinfo

Je voudrais qu’on revienne sur le titre Hasta la vista, extrait de l’album Cinquième As, en 2001. C’est un énorme succès, l’un des plus grands succès du rap français et c’est votre premier titre classé numéro un en France !

Oui, on nous a dit ça. On n’avait plus les anciens titres et puis je n’ai rien fait pendant un petit moment, je me baladais. Donc je me suis dit que c’était un espace de liberté formidable. On a fait vraiment plein de beaux titres sans le vouloir, on travaillait un peu le soir, la nuit. Et puis c’est sorti et les gens ont adhéré. Il y avait : Solaar pleure et Hasta la vista et je suppose qu’on avait un bon stylo, les bonnes personnes. Je me rappelle, on a fait une tournée après, tout le monde connaissait tout. Waouh !

Hasta la vista est quand même un sourire à la vie !

Hasta la vista, c’était l’envie de faire d’autres choses. Je vais rapper en espagnol. « Tu fais de l’espagnol, toi ? » Ouais, alors j’ai pensé à madame Marie-Françoise Isle de Beauchesne et tout ce qu’elle a pu m’apprendre de la sixième à la troisième. Et hop-là, on a posé le truc. Je ne chante pas souvent, mais il a aussi marqué les gens. Je ne sais pas pourquoi.

Parce que les gens vous aiment et parce qu’il y a ce flow.

Ouais, mais le troisième couplet : »J’étais livreur de pizzas près de l’hacienda où la chica, du nom d’Esméralda faisait la fiesta comme par hasard, elle me commande un pan-chorizo« , c’était tellement un défi ! Je me suis dit : bon, allez, je vais faire un truc avec de l’Espagnol et je vais quand même raconter une histoire.  

MC Solaar est actuellement en tournée, il sera  le  29 juillet : Festival Grandes Marées à Jullouville, le 12 août au Festival Fête du Bruit dans Landerneau à Landerneau, le 11 septembre : Festival Foire en scène de Châlons-en-Champagne ou encore les 25 et 26 octobre à la Philharmonie de Paris.  

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