Pluie de décolletés sur la Finlande : la réponse des femmes au bashing sexiste de la première ministre

Une photographie de la première ministre finlandaise Sanna Marin, publiée par un magazine féminin, a suscité de nombreuses critiques. En ligne, les femmes dénoncent la «misogynie» dont souffre encore les politiciennes. Et répondent par photos interposées.

Le décolleté de la discorde. Depuis près d’une semaine, la première ministre finlandaise Sanna Marin se retrouve sous le feu des critiques pour une photo parue dans le magazine féminin Trendi. Ce qu’on lui reproche ? Non pas son travail mais d’avoir osé le simple blazer sans rien en dessous, si ce n’est qu’un collier.

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Ylpeänä esittelemme: lokakuun Trendin kannessa loistaa mieletön @sannamarin 💪🖤⠀ ⠀ Pääministeri Sanna Marinilla on eturivin paikka esimerkkinä, esikuvana, asioiden muuttajana ja vaikuttajana. Työ on paineistettua, mutta hyvät unenlahjat ja rautaiset hermot auttavat. Mutta Marin tunnustaa myös, että uupumuksen tunteet saattavat tulla myöhemmin:⠀ ⠀ ”On selvää, että nämä vuodet jättävät jälkensä. Tämä ei ole tavallista työtä eikä tavanomaista elämää vaan raskasta monellakin tavalla. Voi olla, että paine ja uupumus kertyvät ja tulevat myöhemmin. Tilanteissa on ollut pakko laittaa tunteet sivuun, mutta kyllähän ne kasautuvat.” ⠀ ⠀ Lue kiinnostava haastattelu kokonaisuudessaan tänään lehtihyllyille saapuneesta Trendistä! Antoisia lukuhetkiä! 💎 ⠀ ⠀ Kuva: @jonaslundqvist⠀ Tyyli: @suvipout

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C’est le 9 octobre que le cliché apparaît pour la première fois, sur le compte Instagram du mensuel. Sanna Marin pose sur la jetée d’un lac, à quelques mètres de sa résidence privée. Elle porte un blazer noir, mais pas l’ombre d’un sein en vue. Pourtant, la polémique a presque été instantanée.

Sur les réseaux sociaux, les opposants politiques de la dirigeante finlandaise se sont empressés de mettre en doute son professionnalisme et ses compétences, l’accusant de «jouer les mannequins» en pleine crise de la Covid-19. Sans jamais faire mention de l’interview accordée au magazine, sorti en kiosques deux jours après qu’elle a cédé symboliquement son poste à une adolescente de 16 ans dans le cadre d’une campagne pour les droits des filles. Comme si elle s’attendait déjà aux critiques, Sanna Marin regrette dans cet entretien que les choix personnels d’une femme soient toujours sujets «à débat et analyse», avant de pointer du doigt l’obsession autour de l’apparence des femmes.

#JeSuisAvecSanna : la fronde s’organise

Pour de nombreux Finlandais, c’en est assez. Les critiques dont fait l’objet Sanna Marin sont tout simplement liés au sexisme ordinaire, un phénomène dont pâtissent encore et toujours les politiciennes. Parce que les mentalités doivent changer, une fronde s’est organisée en ligne. Voilà en effet quelques jours que des centaines de Finlandaises (et même quelques hommes) posent en décolleté sur les réseaux sociaux, derrière le hashtag #Imwithsanna – comprenez, «Je suis avec Sanna». Des clichés que le magazine Trendi a fièrement repartagé sur son compte Instagram.

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Antakaa palaa 🔥🔥🔥 #imwithsanna #trendimag⠀ ⠀ Me Trendissä olemme seuranneet kuvianne ja lukeneet viestejänne ja kommenttejanne ilosta ymmyrkäisinä, ylpeydestä halkeilleina ja älyttömän voimaantuneina – kiitos 🖤. Päätoimittaja Mari Karsikkaan sanoin:⠀ ⠀ "Pian Trendin ilmestymisen ja kohun alkamisen jälkeen naiset alkoivat jakaa rintavaon paljastavia kuvia #imwithsanna-tunnisteella somessa. En ole varma, kuka ehti ensin, mutta ei ainakaan Trendi. Someilmiön synnyttivät yksittäiset naiset, joille Sanna Marinin parjaus riitti. Olen heille hyvin kiitollinen."⠀ ⠀ 👉🏼 Lue biossa olevan linkin kautta päätoimittajan koko kirjoitus siitä, mitä #imwithsanna-kohu on opettanut.

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«Nous voulons un monde où une femme n’a pas à craindre de perdre sa crédibilité à cause de son décolleté», écrivent par exemple les chanteuses d’une chorale, comme l’a repéré Le Monde. De son côté, Tarja Halonen, présidente de la Finlande de 2000 à 2012, a ironiquement félicité Sanna Marin d’avoir «rejoint le club» : celui des femmes politiques dont le physique est constamment discuté, au contraire des hommes qui peuvent «être torse nu, que leur corps le permette ou non».

En vidéo, quand Ségolène Royal parle du sexisme en politique

La benjamine de l’Union européenne

À l’âge de 34 ans, Sanna Marin est devenue le dimanche 8 décembre 2019, la plus jeune première ministre de l’histoire de son pays, mais aussi la benjamine au sein de l’Union européenne. Elle a succédé à Antti Rinne qui avait démissionné après avoir perdu la confiance du parti du Centre, partenaire au sein de la coalition au pouvoir, à cause de sa gestion d’une grève postale.

Après avoir remporté au printemps l’adhésion des Finlandais par sa gestion de la crise sanitaire et économique (le pays était alors l’un des moins touchés du continent européen), Sanna Marin est aujourd’hui critiquée pour ne pas avoir suffisamment anticipé la deuxième vague. Depuis quelques semaines, la Finlande – comme d’autres pays d’Europe – fait face à la recrudescence de l’épidémie. Certains reprochent aussi à la première ministre d’avoir manqué de clarté sur le port du masque, recommandé seulement depuis septembre dans les lieux publics clos.

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