Pourquoi Instagram censure plus les corps des femmes grosses

Pourquoi Instagram censure-t-il certains corps en lingerie et pas d’autres ? Son algorithme calcule cyniquement le pourcentage de peau apparente et discrimine ainsi, inévitablement, les femmes grosses.

Carina Shero en est à son septième compte Instagram. « Unskinnyshero », le septième, pas encore supprimé par Instagram, est déjà suivi par plus de 536.000 personnes.

L’influenceuse est un modèle plus size. Ses publications sont, souvent, des clichés d’elle en lingerie. Ses photos, comme celles d’autres mannequins plus size, sont fréquemment supprimées du réseau social, quand ce n’est pas, carrément, leur compte. 

Qui a-t-il de « pornographique » ?

Pourtant, ces clichés ne dévoilent aucun organe sexuel, ni bout de téton – rédhibitoire pour Instagram – mais subissent une censure là où les corps minces, parfois dans des positions plus explicites, n’en connaissent aucune.

« Le même contenu peut être vu sur une personne grosse et une personne maigre, mais sur une personne grosse, il est considéré comme pornographique, et sur une personne maigre, il est autorisé », déplore Carino Shero, ce 15 octobre, dans un article du magazine économique américain Fast Company.

Un algorithme discriminant

En réalité, Instagram n’a pas l’intention formelle de censurer les mannequins grande taille plus que d’autres. Mais son algorithme les sanctionne inévitablement, car ce qu’il analyse, avant de supprimer ou non une publication, est le pourcentage de peau couverte montré en photo. Au-delà d’un certain seuil, le contenu est considéré comme pornographique.

Une femme de petite taille qui porte un maillot de bain, aura toujours un pourcentage de peau couverte plus élevé, qu’une femme plus grosse, qui portera pourtant le même modèle de maillot de bain. Ainsi, l’algorithme de la plateforme discrimine les gros corps.

Pour promouvoir ses nouveaux modèles de lingerie allant du 34 au 56, le compte Instagram « Petit Patron Couture » publiait, en février dernier, un cliché de quatre modèles, de quatre morphologies différentes, en sous-vêtement.

Le cliché a été censuré 48 heures après sa publication, Instagram ayant jugé la photo « pornographique », parce l’une des quatre mannequins – celle en taille 54 – est en culotte. Elle couvre ses seins de ses mains, sans rien laisser paraître, mais c’est non pour la plateforme. 

« Est-ce normal qu’une femme se sente agressée et humiliée de la sorte par des mots comme ‘pornographie’ en se montrant uniquement pour présenter un simple patron de couture ? », interroge, indignée, la créatrice de la marque. 

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Mise à jour 13 février 2019 : Instagram a restauré la photo après l'avoir analysé et reconnu qu'elle n'aurait pas dû être supprimé. Aujourd'hui, Instagram à recommencé, en supprimant à nouveau une photo de notre modèle portant du 54 en culotte qui n'a rien de choquant sur le compte de Noémie. Instagram fait clairement preuve de grossophobie puisqu'ils ne touchent pas aux milliers de photos de gros plans sur des culs en strings, aux photos nues d'Emily Ratajkowski alors que c'est photos sont clairement explicites. Je suis choquée par ce qui se passe depuis samedi. Parce qu'une femme à un peu de poids elle est sale et vulgaire ? Et si on porte du 34 tout va bien ? Est-ce normal qu'une femme se sentent agressé et humilié de la sorte par des mots comme "pornographie" en se montrant uniquement pour présenter un simple patron de couture ? On a besoin de vous un maximum pour partager cette histoire qui est pire qu'injuste. Instagram ne respecte pas son propre règlement, fait preuve de censure et d'une forme de discrimination qui ne devrait même plus exister en 2019. Est-ce que vous avez des contacts d'associations de défense des droits des femmes ? De journalistes ou autre pour nous aider dans ce combat qui me révolte. Je préférerai passer mon temps autrement que de défendre mon droit d'être une femme quelque soit mon tour de taille. Merci à tout ceux qui partagent en masse sur les réseaux sociaux depuis samedi ! #grossophobie #censure #discrimination #injustice #violence

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Le hashtag #grosse renvoie à une page d’aide

L’autre polémique : le hashtag #grosse pose aussi problème à Instagram, qui demande aux utilisateurs qui le recherchent s’il ont « Besoin d’aide ? » – le message d’alerte apparaît immédiatement sur l’écran quand on clique sur ce mot-dièse. Pourquoi, au juste ? Et pourquoi « grosse », mais pas « mince », ni « maigre » ? Et pourquoi « grosse » mais pas « gros » ?

Le terme « grosse » porterait « atteinte aux utilisateurs » de l’application, tente Instagram, qui s’expliquait en mars dernier, après que des militantes anti-grossophobie aient dénoncé cette fonctionnalité.

En février 2019, un communiqué de presse en anglais, les équipes d’Instagram expliquaient vouloir « aider les personnes en situation de besoin » en supprimant leurs contenus « autodestructeurs », avant de diriger leur éditeur vers des association. C’est le cas pour les hashtags en rapport avec l’automutilation, ou le suicide, et l’initiative de la plateforme mérite là d’être soulignée et remerciée. Mais que fait le mot-dièse « grosse » dans cette liste ?

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