Problème de trésorerie : comment gérer des difficultés financières ?

Pour un grand nombre de ménages, la crise sanitaire est synonyme de difficultés financières. Les solutions pour renflouer votre compte et passer ce cap difficile.

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La crise provoquée par l’épidémie de Covid-19 met à mal vos finances personnelles ? Pour faire face à cette situation, vous disposez d’un certain nombre de solutions, plus ou moins efficaces, plus ou moins rapides à mettre en œuvre… et plus ou moins coûteuses. Nos conseils afin de vous aider à faire les bons choix, que vous ayez besoin d’un coup de pouce pour quelques semaines, ou plutôt de repenser votre budget à moyen ou à long terme.

Utiliser son épargne, avec discernement

C’est une bonne solution si vous avez des liquidités placées sur des livrets d’épargne fiscalisés (les moins rentables), ou à défaut sur un Livret A ou un LDDS (Livret Développement durable et solidaire). Pensez aussi à votre épargne salariale : en ligne, vous pouvez retirer les avoirs disponibles en une dizaine de jours.

En revanche, il serait dommage de puiser dans un vieux plan d’épargne-logement. Vous seriez contraint de le “casser”, et ses avantages seraient définitivement perdus. De même, faire un retrait sur votre assurance-vie peut être pénalisant. Pour réalimenter ensuite votre compte, vous payerez les frais d’entrée éventuellement prévus au contrat, et vous aurez difficilement accès au fonds en euros, limité par les assureurs. Et si vous avez investi en unités de compte, ce n’est pas le moment d’y piocher compte tenu de la baisse des valeurs boursières.

Notre conseil. Pour un dépannage temporaire, il est préférable de demander à l’assureur une avance, c’est-à-dire un prêt garanti par le capital disponible sur votre contrat. Vous laissez votre épargne fructifier et vous remboursez dès que possible.

Découvert autorisé, une solution temporaire

De nombreuses banques accordent à leurs clients un découvert autorisé, dont le montant varie en fonction de la carte ou du package souscrit, des revenus déposés sur le compte, etc. S’il est insuffisant, essayez de le négocier avec votre conseiller. “Le découvert est moins cher dans les banques en ligne“, indique Laure Prenat, directrice générale de Panorabanques. “Les taux sont de 7% à 8% en général, contre 16% dans certaines banques traditionnelles“. Evitez de dépasser le montant autorisé. A chaque opération (paiement par carte, retrait…) au-delà du plafond, les banques facturent en effet une commission d’intervention (8€ maximum, dans la limite de 80€ par mois), et les courriers d’avertissement (environ 20€). “Là encore, les banques en ligne sont moins gourmandes. La plupart ne prélèvent pas de commissions d’intervention“, ajoute Laure Prenat.

Notre conseil. Le découvert autorisé est pratique pour faire face sans délai à un souci passager. Mais le taux d’intérêt est élevé. Si votre compte reste longtemps dans le rouge, il devient plus cher que certains crédits.

Prélèvement à la source, un taux modulable

Si vos revenus ont baissé, votre impôt mensuel a suivi le même chemin. Mais si vous pensez que cet ajustement automatique est insuffisant, vous pouvez modifier votre taux de prélèvement dans la rubrique “Gérer mon prélèvement à la source” de votre espace personnel, sur impots.gouv.fr. “En principe, cette modulation à la baisse n’est possible que si le montant du nouveau prélèvement est inférieur de plus de 10% à l’ancien. Mais, compte tenu de la crise sanitaire, l’administration a indiqué qu’elle fera preuve de tolérance en cas d’erreur“, indique Me Louis-Marie Bourgeois, avocat fiscaliste à Paris.

Notre conseil. Ne comptez pas sur un effet immédiat, car il faut que l’administration transmette votre nouveau taux à l’organisme (entreprise, etc…) qui prélève l’impôt sur vos revenus. Cela prend en général un à deux mois.

Différer les acomptes d’impôt, une solution pour les indépendants

Les indépendants peuvent aussi moduler à la baisse le taux de prélèvement à la source pour réduire le montant des acomptes mensuels ou trimestriels. “De plus, ils ont le droit de reporter les acomptes d’imposition sur les bénéfices (BIC/BNC/BA) à l’échéance du mois ou du trimestre suivant si leur situation le justifie“, souligne Me Louis-Marie Bourgeois. Les acomptes mensuels peuvent ainsi être reportés trois fois dans l’année, et les acomptes trimestriels une fois par an, sans pénalités, jusqu’au 31 décembre. Dans les situations les plus difficiles, l’administration accepte aussi qu’un acompte soit supprimé et son paiement différé (pour les modulations de cotisations sociales, voir le site urssaf.fr).

Notre conseil. Faites ces démarches avant le 22 du mois pour que les modifications puissent être prises en compte dès le mois suivant.

Loyer, je peux le reporter ?

Si vous peinez à payer votre loyer, prenez contact avec le propriétaire pour évoquer un étalement temporaire. Sachez que rien ne l’oblige à accepter, et surtout ne le mettez pas devant le fait accompli. “Même si les tribunaux ont cessé de fonctionner pendant le confinement, et si les clauses résolutoires (comme celle qui permet la résiliation automatique du bail en cas de non-paiement) ont été suspendues, vous risquez d’être poursuivi ensuite“, avertit David Rodrigues, juriste à la CLCV.

Prêt personnel, des taux à comparer

Il est possible de souscrire un prêt à la consommation sans justificatif d’achat ou d’utilisation. Prenez le temps de comparer les taux de ces prêts personnels pratiqués par les banques et les établissements de crédit, y compris en ligne. “Certains crédits sur douze mois démarrent à 1% d’intérêts. Et pour des durées plus longues on trouve des offres autour de 5 à 6%“, indique Laure Prenat. Bien sûr, vous aurez à répondre à des questions sur votre situation professionnelle et familiale, car l’établissement mesure les risques avant de donner son accord. On vous demandera souvent un chèque, afin de prouver que vous n’êtes pas interdit de chéquier.

Notre conseil. N’attendez pas le dernier moment car le délai de mise à disposition de l’argent peut être supérieur à deux semaines.

Crédits, alléger les mensualités

Presque tous les crédits immobiliers comportent une option qui permet de faire baisser de 20% à 30% la mensualité, pour deux à six mois, parfois un an“, rappelle Maël Bernier, directrice de la communication du courtier en crédit Meilleurtaux. L’opération est souvent gratuite, ou parfois facturée quelque dizaines d’euros. Elle s’applique dès la mensualité suivante, si elle n’est pas trop rapprochée. Votre crédit s’en trouve rallongé, et son coût s’alourdit donc un peu. Mais rien ne vous interdira de majorer plus tard la mensualité pour accélérer le remboursement. Certains contrats de prêt prévoient même la suspension des mensualités pendant trois mois à un an, et leur report en fin de crédit. Le capital est alors remboursé encore plus lentement, les intérêts seront donc plus élevés. A fortiori si vous suspendez aussi le paiement des intérêts, qui s’ajoutent alors au capital et génèrent à leur tour des intérêts.

Notre conseil. Si vous avez des crédits à la consommation en cours, vérifiez dans vos contrats s’ils permettent la modulation ou le report des échéances.

Prêt instantané, en cas d’urgence

Quelques établissements proposent de mettre immédiatement à votre disposition une petite somme d’argent, à rembourser en trois fois (30, 60 et 90 jours plus tard). C’est le principe de Clic, de Boursorama, pour les clients depuis trois mois au moins de l’établissement. D’un maximum de 2000€, son montant varie selon l’encours de vos avoirs dans la banque. Comptez 1 à 2% d’intérêts. Même principe pour le Prêt instantané Lydia, entre 100 et 1000€, versés immédiatement sur votre compte Lydia et remboursables en trois mois. Mais les frais sont plus élevés. Ainsi, pour 750€ empruntés, vous paierez 3,13% + 19,9€ de frais fixes, soit 43,37€.

Notre conseil. Lydia propose une option de versement à 14 jours, moins coûteuse, puisque sans frais fixes, et toujours au taux de 3,13%.

Crédit renouvelable, à utiliser avec modération

Si vous avez déjà souscrit un crédit renouvelable, peu ou pas utilisé, y puiser vous permet de vous renflouer instantanément, sans avoir à vous justifier. Une solution à envisager si le taux est inférieur à celui d’un découvert autorisé (mais ce n’est pas toujours le cas, loin s’en faut) et si vous pouvez le rembourser par anticipation quand vous le souhaitez. Si vous n’avez pas de crédit renouvelable en cours, mieux vaut souscrire un prêt personnel.

Regrouper ses crédits, en dernier recours

Vous avez plusieurs crédits, et les remboursements sont devenus trop lourds pour vos revenus ? “Certains organismes, souvent filiales de grandes banques, proposent de les regrouper en un seul prêt, dont la durée est adaptée pour que la nouvelle mensualité soit compatible avec vos capacités de remboursement“, explique Sandrine Allonier, du courtier Vousfinancer.com. Les taux de ces opérations se situent en moyenne autour de 3,5% à 4%.

Notre conseil. C’est une solution à envisager en dernier recours, car vous aurez souvent des frais importants à payer. De plus, votre nouveau prêt peut se révéler beaucoup plus coûteux que les précédents, en particulier s’il y avait dans le lot un crédit immobilier à taux attractif.

Pas de mesure fiscale pour les particuliers

Comme l’explique Me Louis-Marie Bourgeois, avocat fiscaliste, “l’Etat n’a pas annoncé de mesure fiscale spécifique pour les particuliers, même s’ils sont confrontés à des difficultés financières liées aux conséquences économiques de la crise sanitaire. Aujourd’hui, le prélèvement à la source permet déjà de moduler votre impôt en fonction de vos revenus. Depuis son entrée en vigueur, vous payez en effet en 2020 l’impôt sur vos revenus de 2020, estimés d’après votre précédente déclaration, mais ajustables en ligne si vous le souhaitez. Ainsi, il y a moins de raisons d’aller demander des délais de paiement à l’Administration. De plus, l’Etat a pris de nombreuses mesures pour préserver le plus possible les revenus des Français, notamment en renforçant significativement l’indemnisation des entreprises qui ont recours au dispositif d’activité partielle. Il n’estime donc pas nécessaire de faire un geste fiscal supplémentaire.

Les principales dépenses des français

Logement 27%
Transports 14%
Alimentation (hors boissons alcoolisées) 13%
Loisirs et culture 8%
Hôtels, cafés, restaurants 7,5%
Equipement du logement 5%
Santé (après remboursement de la Sécu) 3%

(part dans le budget des ménages, en 2018)

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