Quand la frontière dedans-dehors s’efface : ces nouveaux lieux qui immergent dans la nature

Pour combler nos désirs de nature et profiter du soleil quand les jours diminuent, des architectes imaginent des refuges où intérieur et extérieur se confondent. On s’offre le luxe d’une totale immersion.

Et si le luxe était simple comme un rayon de soleil ? À 2 h 30 de Lisbonne, Casa na Terra est un refuge de béton dissimulé dans un champ d’herbes et de fleurs sauvages. La maison se fond dans la nature et seule la terrasse, sous l’auvent percé d’un œil-de-bœuf horizontal, est visible de l’extérieur. Le patio s’ouvre sur le paysage comme un écran géant. Magistral.

De quoi profiter des rayons matinaux qui nous énergisent par la sécrétion de cortisol. Idéal en début d’automne. Faut-il rappeler que la lumière naturelle soutient sans même qu’on y songe notre horloge biologique circadienne ? Impossible, donc, pour un designer de ne pas l’intégrer dans sa grammaire créative, à l’instar des autres matériaux, couleurs et volumes.

« Matériau » de prédilection

Pour l’architecte Jean-Michel Gathy, « la lumière n’est pas un élément d’architecture, c’est un élément humain. On l’utilise avant tout comme un objet de composition pour créer des ombres, des réflexions, des points de focus. Elle joue sur les murs et devient magnifique quand, par exemple, elle passe par des pergolas… Il est fondamental qu’elle soit parfaite. Mon rôle est de chercher à l’utiliser pour supporter la profondeur de champ, les rythmes ou la dynamique des volumes. » Plébiscité par les groupes les plus prestigieux (Four Seasons, St. Regis ou One & Only), Jean-Michel Gathy a réalisé des prouesses comme le Marina Bay Sands de Singapour et l’Amanoi, au cœur de la jungle vietnamienne.

Les suites flottantes, pensées pour deux personnes, sont extrêmement confortables.

Sur la terre, ces cabanes d’aspect moderne d’Artic Bath sont dotés de cinq lits chacune.

Ces structures préfabriquées durables, pour nuire le moins possible à la terre, ont été posées sur les rochers dominant la baie.

Casa na Terra est un hôtel construit sous terre.

Lorsqu’il y a dix ans LVMH a fait appel à lui pour imaginer le Cheval Blanc Randheli aux Maldives, ce dernier pense à un lieu en harmonie avec la nature. « Quand on fait un hôtel de ce type, il faut servir le but de la destination. Aux Maldives, l’architecture, l’utilisation de la lumière et l’intégration de l’environnement sont liées. Vous n’avez pas d’intérieur ni d’extérieur, tout est dessiné pour que les portes et les fenêtres disparaissent pour la journée. On ne cherche pas la sophistication. Pour moi, c’est ça le luxe : la simplicité et le confort. Les Maldives, c’est le sable, le fond marin, la pluie et la mer. Rien de plus. » L’équation est transposable dans tout autre décor.

En vidéo, les 9 commandements du touriste écoresponsable

Plus près de nous, et plus modestement, dans le parc naturel des volcans d’Auvergne, voici LumiPod, une cabane de luxe de 17 mètres carrés, ronde et à la façade vitrée. Révolutionnaires, les parois coulissent pour permettre de transformer ponctuellement l’intérieur en extérieur. En un seul geste, la frontière dedans–dehors s’efface pour laisser place à une expérience inédite et à un changement radical de perspective. Ne reste plus qu’à profiter d’un autre rythme. Avant la crise, le tourisme d’aventure, caractérisé par des hébergements moins énergivores et des activités responsables, représentait 10 % du secteur à l’échelle mondiale. Ce chiffre a bondi de 28 % en 2020.

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Au pied du pic de Vissou, dans l’Hérault, une nouvelle hôtellerie d’émotion a été pensée pour se fondre intégralement dans le paysage. Fabien Morcel et Gilles Pascal viennent d’ouvrir Souki Lodges & Spa, deux logements réalisés en bois (français et bio) à flanc de colline et entièrement tournés vers l’extérieur. Pour Rodolphe Christin, sociologue et auteur de La vraie vie est ici. Voyager encore ? (Éditions Écosociété, 2020) : « On va chercher dans ces lieux quelque chose de plus ouvert. Une immersion dans la nature, en opposition avec des quotidiens de plus en plus urbains, de plus en plus enfermés dans des bureaux. » Une réflexion qui pousse le voyageur à s’interroger sur ses habitudes et à redéfinir ses envies et ses attentes.

Logique de compensation

En Laponie suédoise, où le soleil est quasi absent de nombreux mois de l’année, l’Arctic Bath, à Harads, est l’un des hôtels les plus étonnants du monde avec ses six cabines en bois ultraluxe, ancrées sur le lac Hedavan, et ses six autres sur la rive. Elles ont été dessinées par les architectes Johan Kauppi et Bertil Harström et ressemblent à des cabanes de trappeur couvertes de branches pour se fondre dans l’environnement. Chaque refuge mélange bois, pierre, cuir, textiles artisanaux et dévoile la beauté brute du Grand Nord. Le spa, entre bassin d’eau froide extérieur et sauna, câline le corps et élève l’âme.

Aux beaux jours, les clients peuvent profiter d’un ponton pour partir en paddle ou lézarder sous le soleil de minuit. «Cela fait partie de la logique de compensation que l’on trouve dans le tourisme, explique Rodolphe Christin. En été, on va chercher des conditions estivales optimales, une lumière plus intense, des jours plus longs, notamment dans les pays du nord de l’Europe. A contrario, on voudra sortir du tunnel psychique de l’hiver en allant chercher la lumière des pays chauds.» Trop peut-être ? Désemparé par l’occidentalisation du Japon, Junichirô Tanizaki livrait, en 1933, sa réflexion sur la conception nippone du beau avec le traité Éloge de l’ombre. L’auteur y défendait une esthétique de la pénombre comme réaction à notre vision, où tout est lumière, louant «le beau au sein de l’ombre». Tout n’est que point de vue.

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