« "Rebecca" m’a libérée en tant qu’actrice », confie Anne Marivin

Un thriller psychologique où l’on doute de tout à l’exception du talent d’Anne Marivin ! Dans Rebecca, ce jeudi à 21h05 sur
TF1, libre adaptation de la série britannique Marcella signée Didier Le Pêcheur, l’actrice joue une capitaine de police qui décide de reprendre du service après une longue dépression quand son mari (
Benjamin Biolay) la quitte. Alors qu’elle enquête sur une série de meurtres qui ressemblent à ceux sur lesquels elle a enquêté il y a quelques années, elle découvre qu’une des victimes est la maîtresse de son mari. Le hic ? Rebecca est victime de black-out, du type où elle peut se réveiller à côté d’un cadavre après un gros blanc…

20 Minutes a rencontré à Séries Mania la lumineuse Anne Marivin qui campe ce rôle très sombre.

Connaissiez-vous la série « Marcella » avant d’accepter le rôle de Rebecca ?

Pas du tout ! J’ai lu le scénario avant de regarder la série Marcella. J’avais un gros a priori sur le fait d’aller chercher une création originale et de la refaire. Ce qui m’a plu ici, c’est qu’il y a une vraie revisite de la série d’origine. Je suis très différente d’Anna Friel, qui interprète Marcella, et je me suis dit que je pouvais emmener ce personnage ailleurs. Le parcours du personnage est dément. On ne m’avait jamais proposé d’incarner un personnage aussi complexe, intense et dur.

Comment décririez-vous votre personnage Rebecca ?

Elle n’est pas facile ! C’est une femme, une mère de famille, mariée depuis des années, qui a été une très bonne enquêtrice à la brigade criminelle. Elle est en arrêt maladie depuis cinq ans à la suite d’un drame. Au début de la série, on rencontre une femme qui n’y arrive plus, dans une longue dépression. Son mari a mis les enfants en internat à cause de cela. Et on va revenir la chercher parce qu’elle a enquêté sur une série de meurtres il y a quelques années et qu’elle avait une conviction très forte, presque obsessionnelle, sur une personne, et potentiellement, il y aurait eu de nouveaux meurtres du même tueur. Elle va donc recommencer à travailler et au même moment, son mari la quitte… C’est un personnage très compliqué à condenser, très difficile à résumer.

Au début de la série, elle apparaît comme extrêmement seule…

Ce qui l’isole, c’est le fait d’avoir des trous noirs, des absences. Cela doit être horrible de ne pas se souvenir de ce qu’on a fait. Elle ne se souvient que d’une chose, c’est qu’a priori quand elle se réveille, elle sait que cela a été brutal et violent.

Elle doit faire le deuil du couple qu’elle forme avec Julien, joué par Benjamin Biolay…

Dans Marcella, je ne voyais qu’un couple qui se déchirait dans l’agressivité, la violence, la perversité et la manipulation. Je ne voyais pas l’amour qu’il y avait pu avoir entre eux. Avec Benjamin, on s’est dit qu’il fallait qu’on voie cela, qu’on comprenne pourquoi elle s’accroche à lui. Il est plus avancé qu’elle dans le deuil et la rupture du clan familial. Avec Benjamin, on a des scènes très dures ensemble. On a tous les deux pensé, sans se le dire, à un metteur en scène qu’on aime beaucoup, Cassavetes. Avec Gena Rowlands, il arrivait à filmer des scènes de couples, d’engueulades, avec une sécheresse, et pourtant, c’était magnifique. C’était notre inspiration… Même si on n’est pas arrivé à ce niveau, restons là où on est ! Ce couple est dur, âpre, mais extrêmement intéressant.

Comment s’est passée la collaboration avec Benjamin Biolay ?

Benjamin est un acteur intérimaire. Il ne vient jouer que lorsqu’il a envie de venir. Là, il avait très envie. J’avais un partenaire très curieux de ce qui se passait sur le plateau, qui avait très envie de partager et d’être dans le collectif. Quand il est en période de création musicale, il est très en solo.

La scène de rupture est très intense. Sort-on indemne de telles scènes à la fin de la journée de tournage ?

Oui, dans cette scène, il y a quelque chose de l’ordre de la supplication : si tu me laisses, je vais crever. Son partenaire l’abandonne et c’est insupportable pour elle. Heureusement, je ne fais pas du tout parti des acteurs qui sont encore atteints par ce qu’ils viennent de jouer quand ils rentrent chez eux. Sur les cinq mois de tournage, ce qui a été difficile, c’est la fatigue. Rebecca est souvent en larmes, constamment dans le trouble… C’est fatigant physiquement et psychologiquement. Quand je rentre à la maison, ce qui me fait du bien, c’est que mes deux enfants ne s’intéressent pas à ce que maman joue, ce qui les intéresse, c’est ce qu’elle a prévu à dîner. Ça m’aide beaucoup, ça ramène immédiatement à une réalité cartésienne ! Après je ne vais vous cacher, qu’après Rebecca, j’avais très envie d’une comédie !

Rebecca semble entretenir aussi des rapports troubles avec la commissaire jouée par Clotilde Courau…

Ah, c’est marrant que vous ayez vu cela ! Cela n’existe pas du tout dans Marcella. C’est une proposition que Clotilde Courau a faite, un peu en sous-marin. Je m’en suis rendu compte pendant le tournage, elle ne m’en avait pas parlé. Je me suis rendue compte que son personnage était très affecté par sa relation avec Rebecca. Je me suis dit : « C’est marrant, j’ai l’impression qu’elle est un peu amoureuse de Rebecca ». Il y a une ambiguïté entre elles, pas de sororité. C’est une volonté de Clotilde. J’ai trouvé cela hyper intéressant qu’elle aille vers cela.

Rebecca forme enfin un duo d’enquêteur avec Rafif Abderrafi, campé par Samir Guesmi…

Avec Samir, on n’a pas du tout la même façon de travailler. J’ai besoin de travailler beaucoup en amont, Samir est plus instinctif. C’est un acteur prodigieux, hypercharismatique et hyperintéressant. J’ai été très heureuse de travailler avec lui, mais, je ne sais pas si c’est insidieusement ou inconsciemment, il y a eu des moments où l’on a eu des incompréhensions en tant qu’Anne et Samir, pas en tant que Raf et Rebecca. Je n’ai jamais réussi à savoir si inconsciemment on ne s’était pas imposé d’être dans le même type de rapport que Raf et Rebecca ou si c’était parce que nous sommes des acteurs avec une approche du travail assez différente et que parfois, il y a des petites frictions. En tout cas, je trouve que cela aide pour Rebecca.

Ce tournage vous a-t-il changé professionnellement ?

C’est la première fois qu’on me donne la possibilité d’explorer un personnage sur cinq mois. Le fait de pouvoir explorer un personnage sur beaucoup plus de temps m’a permis de lâcher prise, de me faire confiance et de lâcher des choses sur lesquelles je n’osais pas aller en tant que comédienne. Quand on reçoit un scénario, il y a toujours une séquence ou deux que l’on fantasme. J’en avais beaucoup sur Rebecca : avec les enfants, de black-out, d’hypnose… Je me suis fait beaucoup plus confiance grâce au regard bienveillant de Didier le Pêcheur, de mes partenaires et de l’équipe technique. Cela m’a libérée ! J’ai été plus audacieuse et je me suis sentie plus libre d’exprimer des choses. Cela m’a appris que j’étais capable en tant qu’actrice d’aller dans des endroits, de transmettre des sentiments que je n’avais jamais éprouvé en tant que femme.

Vous parlez d’envie de comédie, quels sont vos futurs projets ?

Après Rebecca, on m’a proposé beaucoup de séries, mais j’ai fait un petit break. J’ai eu une expérience très intéressante dans Visions d’Akim Isker. Je joue la maman d’un vrai autiste. J’ai adoré cette expérience, parce que j’ai rencontré Theophile, ce garçon qui vit dans son monde. Il a fallu s’introniser petit à petit auprès de lui, ça a été passionnant. Et pour le moment, j’attends quelque chose qui soit aussi passionnant que Rebecca !

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