Régime cétogène : ultra efficace ou dangereux ?

Avec son taux incroyablement élevé de gras, le régime cétogène oppose bon nombre de professionnels. Qu’en est-il réellement ? Est-il efficace ou dangereux ? Le point avec nos experts.

Beurre, crème et charcuterie autorisés… Le régime cétogène ferait presque rêver. Avec sa forte teneur en graisses, son apport élevé en protéines et une suppression presque totale des glucides, il ne cesse d’attirer de nouveaux fidèles. Pourtant, ce mode d’alimentation n’est pas nouveau, puisqu’il se rapproche du régime Dukan et du low-carb (qui consiste à bannir tous les sucres), et a été inventé aux États-Unis dans les années 1920, par le docteur Russel Wilder. Son objectif premier ? Soigner les patients atteints d’épilepsie.

Mais depuis 2013, le boom d’études et de livres sur l’alimentation cétogène l’ont rendu célèbre pour bien d’autres bienfaits… Au grand dam de certains spécialistes, qui ne cessent d’alerter sur les risques d’un régime (aussi) restrictif. Jean-Michel Lecerf (1), médecin nutritionniste, Stéphane Auvin (2), épileptologue, Alexandra Dalu (3), médecin nutritionniste, et Magali Walkowicz (4), diététicienne nutritionniste, nous éclairent sur cette tendance alimentaire polémique.

En vidéo, les 3 règles d’une alimentation saine

De nombreux points de discorde

Le régime cétogène est réputé pour sa teneur particulièrement pauvres en glucides, ce qui lui confère un aspect positif : «Moins il y a de sucres, mieux on se porte. Le bon gras, tel que l’oméga 3 présent en forte dose dans cette alimentation, est également un excellent antidépresseur naturel, qui protège aussi nos muscles et nos os», affirme Alexandra Dalu.

L’apport de glucides pouvant aller jusqu’à 60 grammes par jour, (soit 6% des calories consommées dans une journée), ce régime est néanmoins assez loin d’une alimentation dite «équilibrée». Par téléphone, l’Anses (Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale), souligne ainsi que le régime ne correspond absolument pas aux recommandations actuelles, soit cinq fruits et légumes par jour.

Pour Jean-Michel Lecerf, il entraînerait même des carences et des problèmes de santé : «Non seulement on s’expose à des risques cardio-vasculaires – dus à l’augmentation des graisses et du mauvais cholestérol – mais on perd également en efficacité lors d’une séance de sport, puisque le manque de sucre provoque des hypoglycémies et une fonte de muscles». Le cerveau aurait en effet besoin de 140 grammes de glucose par jour pour fonctionner, et s’il n’en trouve pas le foie transforme les acides aminés du muscle (soit les protéines) en glucose.

Un avis que partage le Dr Stéphane Auvin, en particulier sur les régimes cétogènes très restrictifs : «Quand on élimine de nombreux éléments comme le calcium et la vitamine D, on s’expose à des problèmes de densité et de minéralité osseuse. De plus, les corps cétoniques, très acides, favorisent le risque de fractures».

Perte de poids rapide

Certes, le régime entraine une perte de poids. Pour la comprendre, il est essentiel de décrire ce qu’il se passe dans le corps quand on adopte ce type d’alimentation : «Le terme cétogène provient du mot “cétose”, qui est une réaction naturelle du corps lorsque celui-ci manque de sucre. Il va alors utiliser de la graisse comme combustible, afin de remplacer ce dernier», indique la médecin Alexandra Dalu. Le corps, va ensuite produire des déchets appelés les «corps cétoniques», qui vont faire entrer l’organisme dans un état de «cétose». Résultat : on maigrit, grâce à ce nouveau système qui pompe l’énergie dans nos graisses, mais aussi grâce à son effet coupe-faim : «Comme le gras est très énergétique, on ressent rapidement une sensation de satiété. Ainsi, on mange en plus petites quantités», informe la diététicienne Magali Walkowicz.

Seulement les professionnels rappellent que ce mode d’alimentation n’a pas été conçu pour maigrir mais pour améliorer notre santé : «Si on applique ce mode d’alimentation dans une optique de perte de poids, cela ne marchera qu’à court terme. Dès que l’on reprendra un peu de glucides, le corps va se venger et tout stocker sous forme de graisse», témoigne Jean-Michel Lecerf.

Régime express, ou mode de vie ?

Lorsque le régime est adopté de façon stricte, il bannit tous les sucres, même ceux des légumes (carotte, betterave), tandis qu’une forme plus souple autorise quelques entorses (morceau de pomme, prune, légumineuses..). Ainsi, certains professionnels recommandent d’adopter la forme souple à vie : «À la manière du régime crétois, il peut être adopté sur du long terme puisque l’on diminue fortement la consommation de sucres rapides, de junk food, et de soda. On augmente aussi uniquement la quantité de “bon gras”, comme les œufs bio, les viandes de bonne qualité, les sardines… Et les légumineuses remplacent les féculents et permettent de tenir toute la journée. C’est donc un régime complet et équilibré», explique Alexandra Dalu.

Dans sa version stricte, d’autres professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme sur les risques encourus à long terme : «L’excès de protéines et de lipides est mauvais pour la santé, et il ne contient pas assez de fibres. Il faudra par conséquent prendre des compléments alimentaires pour le supplanter», souligne le Dr Jean-Michel Lecerf.

Bon à savoir : Veillez toujours à demander l’avis de votre médecin avant d’entamer ce mode d’alimentation. Par exemple, il est fortement déconseillé d’adopter ce régime lorsque l’on souffre de calculs rénaux : la fabrication des corps cétoniques nécessite des reins en bonne santé.

Prévention de certaines maladies

Forme olympique, réduction de la fatigue, et diminution du vieillissement… On prête volontiers au régime cétogène de nombreux bienfaits. Mais en réalité, rien n’a été démontré, sauf pour un cas spécifique : «La seule indication reconnue pour ce type de régime, c’est l’épilepsie résistante aux traitements médicamenteux», rappelle le émdecin nutritionniste Jean-Michel Lecerf. «Dans les années 1990, il y avait un débat sur ce régime mais depuis il n’y a plus aucun doute sur son efficacité auprès des patients atteints d’épilepsie. C’est prouvé et établi, les patients voient leurs crises diminuer par deux», ajoute l’épileptologue Stéphane Auvin. Quant aux cancers, maladies incurables, et autisme, des «signaux positifs commencent à voir le jour mais ces pistes sont encore à l’étude», souligne le médecin. Ainsi, il faudra attendre encore quelques années, avant de voir apparaître des résultats satisfaisants et scientifiquement prouvés.

En conclusion ?

Le régime cétogène pose problème : on le dit carencé, peu équilibré, et non conforme aux recommandations actuelles. Pourtant, certains conseils s’avèrent être de bons sens, que ce soit dans le cadre d’un régime cétogène, low-carb, ou même tout simplement d’une alimentation équilibrée. Consommer moins de graisses saturées (junk food, frites…), moins de sucres (desserts, bonbons…) et davantage de bonnes graisses (viande, poisson, maquereau, sardine, œuf), sont de réelles bonnes habitudes alimentaires. L’essentiel, étant de ne jamais tomber dans l’extrême et de ne pas supprimer de manière définitive un groupe d’aliments. Une simple question de bon sens.

(1) Jean-Michel Lecerf est médecin nutritionniste, chef du Service Nutrition à l’Institut Pasteur de Lille, et auteur du livre Connaitre son cerveau pour mieux manger, publié aux Éditions Belin.
(2) Stéphane Auvin est neuropédiatre et épileptologue à l’Hôpital Robert-Debré à Paris.
(3) Alexandra Dalu est médecin nutritionniste à Paris et auteure de Vive l’alimentation cétogène !, Éditions Leduc.S, et des 100 idées reçues qui vous empêchent d’aller bien, publié aux mêmes éditions.
(4) Magali Walkowicz est diététicienne nutritionniste, et auteure du livre Céto cuisine, 150 recettes cétogènes, publié aux Éditions Thierry Souccar & LaNutrition.fr.

* Initialement publié en juillet 2017, cet article a fait l’objet d’une mise à jour.

Source: Lire L’Article Complet