Tout bio ne veut pas dire tout bon

On se tourne vers les aliments peu traités pour préserver à la fois notre santé et la planète. Même si cela se révèle souvent le meilleur choix, il y a quelques vérités à connaître pour ne pas se faire avoir.

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Le bio a la cote et représente désormais plus de 6 % de nos achats alimentaires (source : L’Agence Bio, 2020) , un chiffre multiplié par deux en cinq ans ! Mais tout n’est pas rose au rayon vert et manger bio ne veut pas forcément dire manger sain. Mieux vaut ouvrir l’œil pour acheter des produits de qualité, vraiment bénéfiques pour notre organisme.

Des fruits pas forcément plus nourrissants…

Plusieurs études pointent les atouts nutritionnels du bio : entre 18 et 69 % d’antioxydants en plus comparé aux mêmes aliments en conventionnel, et davantage d’oméga-3 notamment, selon le British Journal of Nutrition. “En réalité, les résultats sont variables d’une étude à l’autre : il y a parfois un peu plus de polyphénols et de caroténoïdes dans les fruits et légumes bio. Mais ce qui compte vraiment pour la richesse en nutriments, c’est la variété choisie et la saisonnalité, le fait que le produit soit récolté à maturité, plus que le mode de culture bio ou non”, explique Christophe Aubert, chargé de programme sur la qualité nutritionnelle et aromatique des fruits et légumes au CTIFL (Center technique interprofessionnel des fruits et légumes).

Bio : le goût pas toujours au rendez-vous

La saveur peut aussi faire défaut. Les études ne montrent pas que le bio est nécessairement meilleur en dégustation à l’aveugle. Là encore, cela dépend davantage de la variété, du moment de la récolte, etc. Voilà pourquoi les productions locales des petits exploitants ont plus de chances de satisfaire notre organisme et nos papilles.

Parfois nocif pour la santé

De manière générale, il y a clairement des bénéfices à manger bio : les derniers résultats de la cohorte NutriNet sur plus de 30 000 Français, fin 2020, observaient un risque 35 % moins élevé de diabète de type 2 chez ceux qui s’alimentaient le plus de cette manière (une fois les autres facteurs pris en compte). D’autres études montraient déjà moins de risque de cancer (25 %) ou de prise de poids. Ces chiffres tiennent sûrement en grande partie au fait que les amateurs de davantage de naturalité se montrent spontanément plus soucieux de leur santé et du “bien manger”. Mais ils semblent confirmer aussi le lien suspecté entre pesticides et cancers ou problèmes métaboliques, dont le bio protège forcément davantage.

De là à en déduire qu’il n’a que des atouts pour la santé, il y a un pas à ne pas franchir ! Car les rayons débordent aussi de produits ultra-transformés type biscuits, plats cuisinés, pains industriels, souvent très gras et très sucrés, préparés avec de l’huile bio, du sucre bio… ou bourrés de sirop de glucose-fructose, un sucre issu de l’amidon de maïs, néfaste à haute dose pour le métabolisme. Il faut garder en tête qu’on peut grossir en se nourrissant exclusivement de bio, qui ne veut pas dire équilibré, et encore moins light.

Bio : certains additifs autorisés

Si la plupart des 300 additifs de l’alimentation sont interdits dans les aliments transformés bio, il en reste une cinquantaine qui a encore droit de cité. Il s’agit essentiellement d’ingrédients naturels, ceux de synthèse étant bannis. Mais le jambon peut par exemple contenir des nitrites (nitrite de sodium E 250 et nitrate de potassium E 252), deux conservateurs suspectés de former des nitrosamines lors de la digestion, composés classés comme cancérigènes probables. Ils sont pourtant classés “rouge” (à éviter), suite aux avis rendus par l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments. Un autre antioxydant exige de la prudence : le phosphate de calcium qui pourrait induire un risque cardiovasculaire en cas d’insuffisance rénale. Il convient donc de scruter la liste des composants de ce que vous achetez, et plus celle-ci est courte, moins il y a d’additifs, et mieux c’est ! On évite aussi de cumuler les produits qui en contiennent pour s’assurer de ne pas dépasser les doses limites.

Bio : des labels peu clairs

Il existe une trentaine de logos dont la plupart sont privés, avec des cahiers des charges très variables. Sans parler des mentions équitable, recyclable, origine France, etc., qui brouillent les pistes. On peut compter une dizaine de logos sur une simple tablette de chocolat ! De quoi y perdre son latin… Les normes officielles (AB au niveau national/Eurofeuille au niveau européen) ont un niveau d’exigence minimum, et les mentions privées vont souvent au-delà. Christophe Brusset, spécialiste de l’agroalimentaire (un secteur dans lequel il a longtemps travaillé) et auteur du livre Les Imposteurs du bio (Editions Flammarion), conseille donc de vérifier la présence du label officiel européen Eurofeuille + si possible celle d’un label privé plus exigeant comme Bio Cohérence, Biopartenaire ou Nature&Progrès. Sachez que le sigle AB est redondant avec l’Eurofeuille : il n’apporte rien de plus et n’est pas obligatoire.

Un coût qui laisse sur sa faim

Les enquêtes comparant des paniers de courses montrent de (très) grosses différences de prix entre le conventionnel et le bio. On accepte de mettre la main au porte-monnaie pour mieux se nourrir et on admet que le bio coûte plus cher à produire (les rendements sont en effet 20 % moins importants en moyenne). Mais en réalité, cette différence de prix s’explique aussi par la politique des distributeurs qui en profitent pour augmenter l’addition ! L’UFC-que Choisir dénonce régulièrement les surmarges appliquées par la grande distribution sur les fruits et légumes bio : + 83 % sur la pomme de terre, + 109 % sur la tomate et + 149 % sur la pomme ! Dommage quand on sait que le prix demeure le principal frein à l’achat. Il ne faut donc pas hésiter à comparer le prix au kilo d’un magasin à l’autre. Se tourner vers les enseignes spécialisées type Biocoop, La Vie Claire, etc., ou un circuit court (auprès de producteurs, Amap…), n’est au final pas toujours plus cher, surtout pour les fruits et légumes (19 % moins chers dans les magasins spécialisés d’après l’UFC-Que Choisir).

Des pratiques pas très ragoûtantes !

Les pesticides et engrais de synthèse sont interdits en agriculture bio pour préserver l’environnement. Mais “un tiers des aliments vendus en France sont importés, notamment de pays (Mexique, Thaïlande, Chine, Turquie) où les fraudes et trafics de faux produits bio existent”, rappelle Christophe Brusset. Et ils voyagent souvent en avion : seuls 42 % des fruits bio dégustés en France sont locaux (contre 77 % des légumes). Les labels bio ne prennent pas du tout en compte le bilan carbone des productions. On appelle cela le greenwashing (lavage vert) : les marques nous endorment à grand renfort de logos et emballages verts, sans s’engager sur des questions éthiques ou environnementales. Et l’on trouve sur les étals des fruits et légumes emballés dans du plastique au lieu de les voir vendus en vrac ou dans des contenants recyclables. Il existe aussi de l’huile de palme bio, mais elle participe tout autant à la déforestation en Asie du Sud-Est et à la disparition des orangs-outans.

Source : l’agence bio, baromètre de consommation et de perception des produits biologiques, 2020.

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