Toutes les questions que vous rêviez de poser à Eric Daman, le costumier de Gossip Girl

Le 19 septembre 2007, le network The CW diffuse le pilote de sa nouvelle série : Gossip Girl. Le plot ? Les étudiants d’un lycée élititste à New York se retrouvent être la cible d’une personne mystérieuse qui suit leur moindre mouvement et révèle leurs secrets les plus sombres sur son blog.

Très vite, la série conquis son public et la mode n’y est pas pour rien. Aux commandes des costumes et du style pour Gossip Girl, Eric Daman.

Pour Marie Claire, il est revenu sur la mode au sein de la série originale mais aussi dans le reboot de Gossip Girl qui sera diffusé sur Warner Bros TV à partir du 23 novembre prochain.

Dans les coulisses mode du reboot Gossip Girl avec Eric Daman

Ancien mannequin déniché en 1991 par nulle autre que Steven Meisel, le photographe fétiche des éditions CondéNast, Eric Daman a notamment fait une campagne Calvin Klein aux côtés de Kate Moss.

En 2001, après avoir travaillé avec Pierre et Gilles mais aussi Mario Testino et Peter Lindbergh, Eric Daman entreprend une carrière de styliste et est reperé quelques temps plus tard par Patricia Field, la costumière de la série Sex & The City qui  fait des émules depuis son lancement en 1998. Son rôle ? Intégrer la mode actuelle de manière à montrer le véritable style du New York de l’époque.

Pas étonnant que The CW lui ai proposé la direction des costumes pour Gossip Girl, une série qui durera cinq saisons et qui est parvenue à se hisser au rang très prisés des séries mode cultes.

Il faut dire aussi que la série a su se faire le reflet de la mode des années 2010, a relancé le style preppy via son personnage de Blair Waldorf et permis la diffusion à l’international d’une mode audacieuse et légère.

Autant dire donc que le reboot de la série est attendu de pied ferme par de nombreux fans en France, la série promettant de se montrer plus en phase avec les questions de genre, de diversité, d’inclusion et d’orientations sexuelles. Quelle place la mode va jouer ? De premier plan, forcément.

Marie Claire : Avant de parler du reboot, comment avez-vous imaginé et défini les personnages de la série originale ?

Eric Daman : En tant que costumier, la définition du personnage par le style est essentielle. Je m’appuie vraiment sur mon diplôme en français littéraire de la Sorbonne où les professeurs de français nous ont fait regarder les personnages, les pages et la langue comme à multiples facettes, pour chercher des sens cachés dans tout.

Je pratique cela avec tout le style de mes personnages, révéler leur passé et ce qui a pu influencer leur évolution de style et leurs choix de garde-robe.

Par exemple, pour Blair, il était essentiel de regarder son passé, sa relation avec sa mère et son enfance manquée qui ont conduit à des silhouettes de poupées et au bandeau emblématique alors que Serena était plus une voyageuse du monde avec une joie de vivre et un certain je ne sais quoi d’esprit qui l’a conduite à être une it girl et très influencée par Kate Moss.

Gossip Girl est l’une des rares séries considérée comme étant « mode ». Avec quelles marques de mode travailliez-vous à l’époque ?

Beaucoup de créateurs émergents de New York et de Paris finalement. Alexander Wang, Philip Lim, Vena Cava, Maxime Simmons, Alexis Mabille, Georges Chakra…

Et forcément des maisons de mode étables à l’instar de Chanel, Valentino, Dior, Louis Vuitton, Van Cleef, Cartier, Harry Winston, Tiffany, Ralph Lauren… Je suis tellement reconnaissant !

L’e show était vu comme un outil de communication pour eux ?

Oui. La mode de la série était si populaire et les paparazzis ont fait un travail tellement incroyable en couvrant les tournages que les maisons ont toutes voulu en être.

Les personnages féminins, en particulier Blair, Serena et Jenny, sont devenus des totems de la mode. Pourquoi pensez-vous qu’ils ont autant impacté la pop culture ?

Ce sont de grands personnages mais qui savent aussi faire preuve d’une grande fantaisie dans leur manière de s’habiller.

Je pense que les gens pouvaient s’identifier à eux mais aussi fantasmer sur leur vie, leurs vêtements et tout le drame et le glamour proposé par le scénario. 

C’était une tempête parfaite.

Était-ce différent de penser aux personnages masculins ?

J’accorde la même considération à tous les personnages, mais, si on parle des looks masculins, je pense que Chuck Bass était la star de la mode masculine.

Quelque part, la série a poussé les limites des vêtements pour hommes. Certains des looks qu’on voit souvent aujourd’hui, en particulier dans le sport masculin et célébrés par les amoureux de la mode, ont trouvé leurs origines dans le show.

Chuck était un pionnier, portant des costumes roses, des nœuds papillon et étant un vrai paon avec ses choix de garde-robe, ce n’était tout simplement pas le cas dans la mode masculine de l’époque.

C’était donc un personnage formidable pour lequel il a fallu repenser le vêtement masculin.

Le show a désormais son reboot. Pourquoi avoir accepté de reprendre votre rôle de costumier ?

Eh bien, c’est une grande partie de mon héritage. Mais ce qui m’a vraiment attiré, c’est la possibilité de mettre l’histoire à jour à la perspective des changements actuels de la société, notamment ce qui concerne les questions d’inclusivité.

Il me semblait tellement pertinent et important de revisiter la série de cette façon que je ne pouvais pas dire non.

Notre façon de nous habiller et de considérer le vêtement a changé depuis 2007. Quel impact cela a-t-il eu sur votre conception de la garde-robe des personnages ?

L’ambiance pandémique et « post » pandémique a été une grande influence. Le désir de glamour et de s’habiller pour sortir et être fabuleux mais aussi l’attachement au confort de notre séjour à la maison des pantalons de survêtement comme un doudou.

Je vois une fusion de ces styles dans les rues de New York tous les jours et cela a été une inspiration importante pour le style du show. Les rues de New York sont imbattable en matière d’inspiration mode !

Avec l’idée que la fluidité des genres est devenue une chose énorme dans la mode ces dernières années, comment était-ce de penser aux looks « hommes » et « femmes » ?

J’ai fait en sorte d’utiliser des vêtements qui ne correspondent pas aux normes de genre, qui soient très sexy et fluides, sans pour autant tomber dans le déguisement.

Si on prend le personnage de Max et son « chemisier » en dentelle de Paco Rabane dans l’épisode 1, cela correspond à la manière dont le personnage s’identifie comme un homme pansexuel et très sexuel.

L’habiller d’un chemisier « femme » et tout en ayant l’air ultra-sexy AF permet développer le dialogue sur ce que sont les normes de genre et comment nous pouvons avoir cette conversation à travers les vêtements.

Même chose pour Julien, personnage avec lequel nous jouons le côté androgyne avec des chemises pour hommes surdimensionnées qui pourrait être la chemise Céline de son père mais portée sans pantalon, ou des maillots de baseball FUBU XXL associés à des shorts de motard.

C’est si pertinent et actuel et en même temps, une nouvelle ambiance dans le monde de Gossip Girl.

Quel a été l’aspect le plus difficile pour vous ?

Mettre de côté l’angoisse de devoir répondre et être à la hauteur des attentes haute couture des fans ! J’ai dû lâcher prise pour profiter du processus de conception et réaliser un fantasme mode autre.

Les réseaux sociaux ont toujours été un aspect important de Gossip Girl. Maintenant que nous sommes à l’heure où nous parlons de « mode Instagram », la plateforme a-t-elle joué un rôle particulier dans la façon dont vous avez construit le look du personnage ?

Instagram n’existait pas encore lorsque nous avons créé le Gossip Girl original, donc se tourner vers les médias sociaux et y répondre a été la plus grande différence dans la façon dont nous concevons le stylisme.

Instagram a été une voix et une inspiration ÉNORME et intégrale dans la façon dont nous concevons, examinons le style et y répondons.

Il a une telle présence à l’échelle mondiale et dans notre scénario qu’il était essentiel de plonger profondément dans le terrier d’influence et d’influenceurs du réseau social.

Il y a aussi un nom de mode qui tombe dans la nouvelle version. On y voit Mugler, Louis Vuitton… Votre rapport aux marques a-t-il changé depuis le premier show ? Quel type de marques avez-vous recherché ?

On est partie à la rencontre du nouvel ordre mondial de créateurs de mode. Des étoiles montantes comme Christopher John Rogers, LaQuan Smith, Wales Bonner, Telfar, Cult Gaia, Monse, Bode, Simone Rocha, mélangé de manière ludique avec les maisons établies comme Fendi, Dior, Louis Vuitton, Gucci, Saint Laurent, Céline, Chanel, LOEWE, Bottega Veneta, Balmain et Balenciaga.

Le premier show a rendu le style preppy mainstream. Quelle a été votre approche pour le show ?

La Gen Z a un style nonchalant, effortless et un amour pour le confort, l’expression de soi autant que pour la mode des années 2000. Il était important d’inspirer et de répondre à l’air du temps.

Ce nouveau Gossip Girl est un clin d’oeil aux tendances décontractées du début des années 2000 mais a été entièrement repensé tout en étant ultra-luxe.

Les triple S de Balenciaga ont en quelque sorte remplacés les ballerines Tory Burch. Ce changement montre comment les gens, et en particulier la jeunesse, considère ce qu’est une « it-shoes » aujourd’hui à savoir une pièce qui mêle streetwear et luxe. C’est ce qui incarne le cool maintenant.

Le vintage et les questions de mode durables jouent également un rôle important dans le reboot Gossip Girl.

Des sacs de créateurs vintage, des trouvailles de luxe uniques en leur genre venues du passé. Un Saddle bag Dior ou une baguette Fendi de l’ère Sex & The City un sac à bandoulière Prada en nylon micro rose des années 90, des colliers Chanel de l’ère des mannequins des années 90.

Le luxe vintage est là où il est en ce qui concerne le statut, ces enfants adorent être conscients de leur impact sur le l’environnement, mais aussi aimer une pièce unique en son genre qui leur est propre et qui est accompagnée d’une histoire patrimoniale.

C’est le cas de pièces clés comme le sac Loewe vert vintage de Julien Calloway, la baguette Fendi rouge, la robe Jean Paul Gaultier et le t-shirt Names Project de Zoya pour n’en nommer que quelques-uns.

Les uniformes ont également été conçus de manière très unique lors du reboot, comme le montre la chemise oversize de Julien ou la minijupe en tweed de Monet de Haan.

Comment avez-vous décidé d’un « look » pour chaque personnage ?

En tant que costumier, la définition du personnage par le style est essentielle. Je m’appuie vraiment sur mon diplôme en français littéraire de la Sorbonne où les professeurs de français nous ont fait regarder les personnages, les pages et la langue comme à multiples facettes, pour chercher des sens cachés dans tout.

Je le fait avec tout le style de mes personnages, épluche l’oignon de leur passé et ce qui a pu influencer leur évolution de style et leurs choix de garde-robe.

New York est aussi une très grande source d’inspiration et d’influence. Juste avant de commencer la préparation, je marchais dans la rue et un groupe d’écoliers privés est sorti de leur école et un groupe de filles cool portaient toutes des sweat-shirts à logo surdimensionnés, des shorts cyclistes et des baskets de créateurs épaisses, et je me disais : voilà, c’est ce que je veux montrer.

Certains looks portés par les adolescentes sont plus audacieux que l’ère « it-girl » promue par Serena van der Woodsen et un peu moins référencés à l’ère d’or d’Hollywood. Diriez-vous que les adolescents d’aujourd’hui sont plus libres dans leur façon de s’habiller ?

Il y a une nouvelle conscience de pleine conscience et d’inclusivité qui a fait surface. Ils s’habillent pour refléter leurs opinions et ne sont pas définis ni restreints par les valeurs et les traditions du vieux monde.

Ils sont progressifs dans la pensée et expriment cela dans la manière de s’habiller. Ils font des choix individualistes qui sont idiosyncrétiques plutôt que de s’intégrer et d’être « normaux ».

C’est merveilleux d’explorer ces nouvelles expressions plus libres de l’identité à travers les choix de garde-robe.

Les enseignants ont un rôle plus important dans le show. Comment était-ce de jouer avec l’idée de la façon dont les professeurs d’une école d’élite s’habillent et peut-on s’attendre à une évolution de leur garde-robe au fur et à mesure que leurs personnages évoluent ?

Il y a un grand moment dans le premier épisode où nous rencontrons le personnage de Tavi Gevinson, Kate dans un train et je voulais que cela rappelle la première fois que nous avons rencontré Serena.

J’ai repris le look de Serena, soit une veste en cuir beige, t-shirt à rayures petit bateau et foulard, pour l’introduction du style de Kate marinière à rayures, blazer beige et foulard.

C’était également important pour l’histoire que Kate pensait être cool en imitant Serena sans avoir conscience que le look est passé.

Au fur et à mesure que Kate gagne en pouvoir avec Gossip Girl, son style commence à évoluer et à grandir également. Elle achète des chaussures Roger Vivier, un clin d’œil à Catherine Deneuve dans Belle de Jour menant une double vie, et s’habille avec plus d’intention, de style et un plus grand sens des marques.

Qu’est-ce que le reboot veut dire sur le moment de la mode dans lequel nous nous trouvons actuellement ?

Nous aimons toujours le statut mais sommes soucieux de la visibilité, de la durabilité, de l’inclusivité, de l’individualité et de l’égalité.

La mode dans le Gossip Girl de 2021 reflète la vision de la génération Z qui s’émancipe du monde d’avant.

Ils sont plus progressifs et on le ressent dans la manière dont ils s’habillent.  Ils font des choix individualistes qui sont idiosyncratiques plutôt que de s’intégrer pour avoir l’air « normaux ».

Source: Lire L’Article Complet