Olivia Rodrigo, Lorde, Ariana Grande… Ces albums qui racontent la rupture

À la fois universelle et personnelle, la peine de coeur demeure une source d’inspiration inépuisable pour les artistes musicaux. Une aubaine pour les auditeurs en mal d’amour… ou de réconfort.  

Pour se remettre d’une rupture, tous les moyens sont bons : certains extérioriseront leur rage sur un karaoké approximatif de “Confessions nocturnes”. D’autres, pensant être plus discrets, épancheront leur peine sur une reprise de “Bleeding Love” dans leur voiture ou reliront les paroles de “New Rules” avant la nuit, juste pour prévenir. Chacun fera, au final, comme il pourra. Olivia Rodrigo elle, a écrit “drivers license”. Puis “deja vu”. Puis “good 4 u”. Et finalement, un album entier. Avec Sour, la chanteuse est devenue pour beaucoup l’alliée inattendue d’une épreuve parfois très solitaire, comme toutes celles qui avant elle, ont choisi l’écriture comme catharsis (la musique n’apaiserait-elle pas les mœurs ?). Après l’inoubliable Back to Black d’Amy Winehouse (2006) et l’entière discographie d’Adèle, retour sur ces artistes féminines qui ont ouvert leur cœur ces dix dernières années pour mettre du baume le nôtre.

Taylor Swift – Red (2012)

Dans une interview accordée à Billboard en 2020, Taylor Swift isole Red parmi ses productions comme “son réel album de rupture (…) qui raconte le chagrin d’amour dans ce qu’il a de plus pur et absolu. La peine de coeur en question ? Sa séparation de l’acteur Jake Gyllenhaal, qui l’aurait bouleversée au point de l’empêcher d’écrire pendant six mois. Également inspiré d’idylles passées avec Harry Styles et Joe Jonas, Red explore chronologiquement la vie d’une relation, de “l’état de grâce” aux premiers doutes et déchirements. Au coeur de la rupture, Taylor décrit les allers-retours entre colère et tristesse, culpabilité d’avoir ignoré les signes (“I Knew You Were Trouble”) et nostalgie des souvenirs (“All Too Well”). Plus apaisée dans “Holy Ground”, elle finit par réaliser qu’une relation terminée est une leçon apprise et conclut l’album sur une note optimiste : la possibilité de retomber amoureuse, qui lui permet enfin d’affirmer que “what’s past is past”.

À découvrir : “All Too Well”, “I Almost Do” / À retenir : “I’ve been spending the last eight months thinking all love ever does is break and burn and end” – Begin Again

Beyoncé – Lemonade (2016)

Même s’il n’est pas l’oeuvre d’une rupture (Beyoncé et Jay-Z sont ensemble depuis presque 20 ans), difficile de passer à côté de Lemonade lorsque l’on pense à la douleur inhérente au chagrin d’amour. Dans ce sixième album, qui reste l’un des plus personnels de Beyoncé, la chanteuse revient sur le travail de reconstruction – à la fois d’elle-même et de son couple – qu’elle a dû entreprendre après l’infidélité de son mari. Inspiré du mantra “I was served lemons, but I made lemonade” (qui symbolise surmonter les obstacles), l’opus questionne les sentiments, l’ego et la confiance après une trahison, quand on s’est promis d’aimer toute la vie. Pensée comme une oeuvre auditive et visuelle, Lemonade s’illustre d’un film dont les chapitres suivent les étapes d’une guérison : l’intuition, le déni, la colère, l’apathie, le vide, la responsabilité. Jusqu’au pardon. Deux ans plus tard, les Carters renouvellent finalement leurs voeux dans l’album Everything is love.

À découvrir : “Sorry”, “Freedom” (ft. Kendrick Lamar) / À retenir : “What a wicked way to treat the girl that loves you” – Hold up

Lorde – Melodrama (2017)

Fruit d’une rupture encore à vif, le son electropop de Melodrama nous entraîne dans le rythme effréné des soirées où l’on tente vainement de noyer sa peine et d’oublier. Dans le brouillard des nuits arrosées, Lorde y croise l’euphorie heureuse des débuts (“Homemade Dynamite”, “The Louvre”, “Supercut”), comme la rancoeur et la tristesse des séparations (“Sober II”). Du fond de la salle, la jeune néo-zélandaise observe sa génération qui, perçue comme décomplexée, aime et souffre pourtant sans filtre. Là, elle réalise que beaucoup esquivent la solitude dans l’exutoire instantané de la drogue ou des amants (“Perfect Places”) et apprend à aimer son indépendance. Melodrama, à la fois before, after et gueule de bois, capture finalement l’amour à l’ère millennial dans tout ce qu’il a de libérateur et destructeur.

À découvrir : “Green Light”, “Hard Feelings/Loveless” / À retenir : “In the morning, you’ll be dancing with all the heartache and the treason” – Sober

Ariana Grande – Thank U, Next (2019)

Écrit sur ce qu’elle qualifie des “trois pires semaines de sa vie”, du décès du rappeur Mac Miller en septembre 2018 à la rupture de ses fiançailles avec l’humoriste Pete Davidson le mois suivant – Thank u, Next est l’oeuvre de résilience d’Ariana Grande. D’une pop légère contrastante, la chanteuse explique faire “le deuil de ses histoires amoureuses (…) célébrer l’évolution et explorer une nouvelle indépendance”. Avec vulnérabilité, elle adresse la confusion des ruptures, de la version de l’autre qu’on a nous-mêmes créée (in my head) à ceux que l’on fréquente pour l’oublier (bad idea). Elle raconte aussi le deuil et le manque, avouant dans ghostin’ que son couple est hanté par le souvenir d’une personne disparue (“I know that it breaks your heart when I cry again over him”). Forte de ces expériences douloureuses, Ariana prône finalement d’autres formes d’attachement, comme l’amour propre et l’amitié. La récompense est immédiate : elle est sacrée “artiste féminine de l’année” aux Billboard Music Awards 2019.

À découvrir : “imagine”, “bad idea” / À retenir : “Wearing a ring, but ain’t gon’ be no “Mrs.” , bought matching diamonds for six of my bitches” – 7 rings

FKA twigs – Magdalene (2019)

À la suite de sa rupture en 2017 avec son fiancé Robert Pattinson, FKA twigs a confié s’être isolée de ses proches pour errer seule dans Los Angeles, vêtue d’une robe médiévale blanche qu’elle ne parvenait plus à enlever. Genèse de la chanson “cellophane”, l’anecdote capture parfaitement le flottement qui suit une séparation et demande de redéfinir des habitudes seul(e) sans les repères de la vie à deux. Si les vestiges de tristesse ressurgissent dans Magdalene (“home with you”, “sad day”, “daybed”), garde à ne pas s’y méprendre : l’album est une ode à la femme et sa complexité. L’autrice-compositrice-interprète britannique y reprend le contrôle de sa narration, apprend à ne pas se sacrifier en amour et réévalue ses attentes à la hausse (“holy terrain”, “fallen alien”). Une belle leçon d’équilibre et d’émancipation.

À découvrir : “sad day”, “cellophane” / À retenir : “Will you still be there for me, once I’m yours to obtain ?” – holy terrain (ft. Future)

Gracie Abrams – minor (2020)

Depuis les confins de sa chambre d’adolescente, la jeune Gracie Abrams ouvre son journal intime. Plus si intime, car dévoilé au monde en 2020, minor cristallise les émotions, nombreuses et confuses, du premier chagrin d’amour. À seulement 21 ans, la fille du compositeur J.J. Abrams (Star Wars) capture le vide du quotidien post-rupture où rien – ni les conversations, ni les anniversaires – ne sera plus jamais comme avant. Alors qu’elle pense avoir tourné la page, elle se surprend encore à avoir les larmes aux yeux (21) et partage le sentiment d’injustice de voir l’autre avancer et redevenir un inconnu (Friend). Et dans sa frustration, on ressent tout le manque, la solitude, la nostalgie… Mais aussi la promesse que tout ira mieux, avec le temps.

À découvrir : “21”, “tehe” / Paroles : “Thought that I’d be good the day I took down all your pictures in my room. How’d it go from easier to everything’s still leading back to you ?”  – Under / Over

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