Pépite prometteuse de la pop urbaine, Tsew The Kid livre ses "moments de vie" dans un premier album, "Ayna"

“Le rappeur RK le disait, avoir son premier disque d’or, c’est un peu comme avoir son bac”. Plusieurs semaines sont passées depuis le disque d’or de son single Wouna et la joie de Tsew The Kid ne se dissipe pas. Une certification prestigieuse mais prévisible pour ce chanteur-auteur-compositeur de 24 ans.

Entre rap et pop

Déjà plusieurs années que cet artiste de “rap chanté” aux origines malgaches connaît un succès fou auprès des jeunes amateurs de pop-urbaine, “un crossover entre le rap et la pop”, explique-t-il. Wouna, qui évoque le passé très tumultueux de l’une de ses amies, a marqué les esprits. Mais la popularité de Tsew The Kid a précédé le single, grimpant en flèche alors qu’il n’était encore qu’étudiant. Alors, quand il a fallu faire un choix entre les cabines du studio ou les bancs de la fac, ce dernier a laissé son amour pour la musique prendre le dessus. Et les choses se sont rapidement enchaînées.

Après plusieurs singles et le succès de sa première mixtape Diavolana, sortie en novembre 2019, Tsew The Kid revient cette fois-ci avec son premier album, Ayna (vie, en malgache), sorti le 26 mars. Un titre qui regroupe 18 pistes représentant chacune “un morceau de vie”. Une sorte de puzzle qui prend forme au fur et à mesure de l’écoute et qui esquisse un aperçu de son année 2020. Un premier album prometteur dans lequel le jeune homme chante l’amour et la mélancolie tout en faisant honneur à ses origines malgaches.

Origines choyées

Tsew The Kid est né en France. À ses 3 semaines, ses parents décident de plier bagage pour Madagascar. Là-bas, il grandit dans une grande maison, entouré de ses cousins. “On sortait de l’école et à la maison c’était encore la cour de récré. On avait des réunions familiales tous les jours avec pleins de rebondissements”, se remémore-t-il. De cette enfance, il gardera des odeurs et des sensations qui inspirent l’album. Comme ce jour de fête nationale où il se dit frappé par la beauté des lampions lâchés dans le ciel et qui gravitent au-dessus de sa tête. De retour en France, le jeune enfant doit s’adapter. “Ici, tu ne peux pas courir de partout”, lui annonce sa mère alors qu’ils viennent tout juste d’effleurer le territoire français. 

Ses origines malgaches, il ne cessera de les revendiquer et de les choyer. “C’est important de savoir d’où l’on vient, il faut pas oublier”, insiste l’interprète de Fa Manina. Cet attachement pour ses racines, il le chante en glissant quelques mots en malgache dans certains morceaux comme “Ny fitiavako anao”, pour exprimer son amour dans le refrain de Fitia.

Cette fierté, il l’affiche également à son poignet. “C’est un bracelet Vangovango, un bijou typique de Madagascar”, nous montre-t-il : “c’est pour se souvenir de notre histoire et de l’esclavage.” S’il regrette de voir son pays dégradé par la pollution et la pauvreté, il n’exclut cependant pas l’idée d’y développer des futurs projets tels que la création d’un orphelinat. “Si ces projets se concrétisent, je me vois bien vivre la fin de mes jours là-bas, une bouteille de rhum à la main”. 

Laisser place aux émotions

Ayna est un album aux allures de journal intime. Tsew The Kid y peint ses peurs et ses joies. “J’ai voulu y coucher mes émotions” remarque-t-il. Mais plus qu’un projet artistique, l’album endosse un pouvoir cathartique. La musique devient le moyen d’affronter ses sentiments les plus enfouis et de s’en libérer. Un rapport quasi-thérapeutique que le chanteur scande lorsqu’il dit “la musique m’a sauvé” dans Dis-moi. “La musique m’a permis d’extérioriser beaucoup de sentiments et de choses négatives. Grâce à elle, j’ai pris conscience qu’il y avait tout ça enfoui en moi”, confie-t-il.

Tsew The Kid dit aussi l’amour. Avec douceur sur le morceau Fitia, avec passion à travers On s’en fout des autres ou avec profonde tristesse sur Dis-moi où le son de sa voix se mêle au bruit de ses larmes. 

Faux timide, ce “turbulent à la tête d’ange” ne laisse rien paraître aux premiers abords. À quelques détails près, si notre regard s’attarde sur son jean coloré au motif de têtes de mort. Cette “fausse impression” cache en réalité une personnalité bien plus extravertie qui oscille entre des périodes de profonde mélancolie et d’exaltation. “J’ai plusieurs facettes. Je suis un peu comme un caméléon, et c’est bien parce que ça me protège”, avoue le jeune homme.

“Ma réussite, c’est la leur”

Dans Fa Manina je dis qu’il n’y a pas que la musique qui m’a sauvé, il y a mon entourage aussi,” lâche-t-il à travers ses yeux bruns. Un entourage qu’il restreint au maximum et qui se compose de ses parents, sa sœur, son frère et quelques amis de très longue date, devenus à leur tour des membres de la famille à part entière. La nostalgie est là et le ramène à ses débuts incertains aux côtés de son grand cousin Jérôme et de son ami Tony : “On démarchait des professionnels, on envoyait parfois 500 mails pour parler de mon projet et on recevait peut-être deux réponses, mais on était déjà super contents. J’étais très impatient, je voulais un résultat immédiat. Heureusement que j’avais mes deux amis derrière moi pour me dire de prendre mon temps. Ma réussite aujourd’hui, c’est aussi la leur”.

“Ma maman, ma définition de l’amour”

Véritable figure tutélaire, sa mère ne cesse d’être évoquée dans cet album. Une chose qui ne surprend pas après avoir entendu Tsew The Kid parler de cette dernière. “Ma maman c’est ma définition de l’amour, c’est un peu bête de dire ça, mais je lui porte un amour inconditionnel”, confesse-t-il, un sourire en coin. Et si ce n’est pas assez clair, il illustre cette relation à travers une image : “Toutes mes relations, je les visualise sous forme de briques. Moi, je place une brique et la personne avec qui je crée une relation en assemble une autre. Avec ma mère, c’est une ville que l’on a construite. C’est ma meilleure amie”.

De cette famille, Tsew The Kid tire avant tout son goût pour la musique. C’est durant son enfance à Madagascar, entouré des siens qu’il développe sa sensibilité musicale. Il grandit avec plusieurs familles au sein d’une même maison et observe ses parents, ses oncles, tantes et cousins faire de la musique. “Dans toutes les familles malgaches, tu as toujours quelqu’un qui chante ou qui sait jouer d’un instrument. C’est vraiment culturel et les gens ne le savent pas forcément. Dans ma famille, il y a énormément d’artistes !”, souligne-t-il en évoquant le nom de son grand-père Marcel, un poète engagé pour Madagascar. Famille et musique finissent par ne former plus qu’un. “La musique est assez centrale dans notre famille, elle nous a beaucoup porté. Dans une famille, la musique crée des liens, et touche les cœurs facilement. Et grâce à elle, on se touche le cœur facilement.”

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