À Deauville, le cinéma américain refaçonne l’image de la femme et de l’homme après le séisme #MeToo

Une jeune fille qui finance ses études à coups de scie à métaux, une lycéenne qui tente de noyer son chagrin en multipliant les conquêtes, des hommes déroutés, souvent plus sensibles que musclés… À Deauville, l’image de la femme comme de l’homme dans le cinéma américain évolue à la faveur des répercussions du mouvement #MeToo consécutif à l’affaire Weinstein.

“Les femmes au cinéma sont soit des putains soit des mères parfaites. Je voulais montrer une femme qui n’est pas parfaite, qui a ses propres rêves et n’est pas là pour aider l’homme”, a expliqué mercredi Sabrina Doyle lors d’une conférence de presse au 46e festival du cinéma américain de Deauville. Son premier long métrage, Lorelei, est l’un des quinze films du cinéma indépendant américain en compétition. Huit sont signés par des femmes.

Jena Malone et Pablo Schreiber dans le film “Lorelei” de Sabrina Doyle.  (DROITS RESERVES)
“Je voulais montrer que c’est possible d’être un homme pas traditionnel, un nouveau type d’homme, un nouveau type de femme.” Weyland, le personnage masculin du film qui se retrouve beau-père de trois enfants à sa sortie de prison, “est idiot au début, pas à la fin. Je voulais faire un film qui rapproche, pas un film qui divise”, a souligné la cinéaste britannique.

“Montrer l’Amérique dans laquelle tant de jeunes femmes vivent”

Dans Holler de Nicole Riegel, Ruth, lycéenne, se retrouve à découper à la scie à métaux dans la clandestinité les machines des usines qui ont fermé dans sa ville de l’Ohio. Le cuivre et le fer qu’elle récupère, tandis que Trump à la radio promet le plein emploi, vont lui permettre d’aller à l’université. Dans ce combat, son frère donne tout pour elle.

“Je voulais montrer l’Amérique dans laquelle tant de jeunes femmes vivent, à quel point il est difficile pour elles d’avoir accès à l’éducation”, a expliqué le 8 septembre dans une vidéo diffusée avant projection Nicole Riegel, la réalisatrice inspirée notamment par Sans toit ni loi d’Agnès Varda et Rosetta des frères Dardenne.

Au travers de ces regards féminins transparaît souvent une réalité sociale que les réalisatrices veulent montrer sous un jour nouveau. “Je ne voulais pas un film sur les personnes pauvres qu’on va voir comme on fait du tourisme. J’ai grandi dans une famille ouvrière. Je voulais montrer qu’il y a de la joie aussi”, a expliqué Sabrina Doyle.

Des mères incapables d’affection, des hommes qui repoussent les avances d’une jeune femme

Dans Kajillionaire, de Miranda July (réalisatrice et rôle-titre de Moi, toi et tous les autres, Caméra d’or à Cannes en 2005) présenté vendredi, l’incapacité de la mère à exprimer la moindre affection fait en revanche de sa fille presque un zombie.

Le regard sur la sexualité change aussi. Sophie Jones, l’histoire d’une adolescente de 16 ans qui vient de perdre sa mère, montre la première fois douloureuse d’une lycéenne, mais aussi des jeunes filles qui parlent masturbation entre deux éclats de rire. “C’est un film sur le deuil, la féminité et l’adolescence”, a résumé dans une vidéo diffusée jeudi avant projection Jessie Barr, la réalisatrice. Et ici ce sont les jeunes hommes qui repoussent les avances d’une fille parce qu’elle ne veut pas de relation durable.

Même dans Giants being lonely, du réalisateur Grear Patterson, né en 1988, le regard est renouvelé : dans ce film qui raconte l’histoire d’un lycéen confronté à un père très dur, ces sont des hommes plus sensibles que musclés qui séduisent les femmes.

Harcèlement au travail : un film pointe un monde encore figé

The Assistant dresse en revanche le tableau d’un monde encore très figé, où le harcèlement au travail demeure difficilement attaquable. La réalisatrice Kitty Green y raconte la journée de Jane (Julia Garner, vue dans Ozark), jeune femme à tout faire d’un producteur influent, méprisée de tous.

“Ce film sur les conduites inappropriées au travail a fait l’objet de beaucoup de recherches, de discussions avec de nombreuses femmes”, a expliqué dans une vidéo diffusé avant projection la réalisatrice australienne qui s’est lancée dans une enquête sur le sexisme dans le monde du travail après l’affaire Harvey Weinstein. Le film avait fait le buzz à la Berlinale dans une section parallèle en février.
Le palmarès du festival doit être annoncé samedi soir.

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