Deauville 2020 : Luana Bajrami a "grandi avec le cinéma de Tarantino"

Membre du Jury Révélation et à l’affiche des “2 Alfred”, présenté en avant-première lors de ce 46è Festival de Deauville, Luana Bajrami évoque son amour du cinéma en ces temps troubles, et sa passion pour Quentin Tarantino et “Kill Bill”.

“La valeur n’attend pas le nombre des années”, disait Corneille dans Le Cid, pour évoquer la manière dont le talent s’exprime chez chacun. Et Luana Bajrami le prouve. Du haut de ses 19 ans, elle sort d’une année 2019 pour le moins impressionnante, qui l’a vue s’illustrer et marquer les esprits dans L’Heure de la sortie, Fête de famille et Portrait de la jeune fille en feu. Alors qu’elle vient de réaliser son premier long métrage, elle est aujourd’hui membre du Jury Révélation du 46è Festival du Cinéma Américain de Deauville : “C’est un honneur, car je ne pensais pas l’être si tôt”, nous répond-elle avec enthousiasme. “C’est hyper plaisant de retourner dans les salles de cinéma qui sont comblées – c’est dingue ! – malgré les gros ronds rouges [symbolisant les places condamnées, ndlr] sur certaines chaises (rires) C’est un plaisir de rencontrer des cinéastes, de rencontrer autant de gens de ce milieu là. Je suis très reconnaissante.”

Car cette édition est particulière à plus d’un titre, puisqu’il s’agit de l’un des premiers festivals de cinéma en France depuis le confinement lié à la crise du Covid-19, qui a notamment empêché la tenue du Festival de Cannes, dont quelques films sont présentés sur les planches. A commencer par Les 2 Alfred de Bruno Podalydès, dans lequel joue la comédienne.

LE CINÉMA AU TEMPS DU COVID

Votre rapport au cinéma a-t-il changé pendant le confinement ? En vous faisant davantage réaliser l’importance que le cinéma avait dans votre vie, comme actrice et spectatrice ?

Luana Bajrami : Ouais, complètement. Déjà parce que j’avais très envie de retourner au cinéma et que ça n’était pas possible pendant très longtemps (rires) Mais, finalement, on a tous continué à regarder des films. Les plateformes ont pris une place incroyable alors qu’elles étaient déjà en train de monter, c’était le petit coup de pouce qu’il leur fallait. Mais on se dit que faire des films est un partage assez incroyable, car on partage des valeurs, des opinions. C’est une grande grande manière d’expression que l’on appelle populaire, car elle s’ouvre à tous. Et les festivals poussent ça aussi. Ils aident dans le sens où l’on fait des rencontres, on voit des films dont on va parler quand on va rentrer à Paris.

Comment voyez-vous l’avenir du cinéma avec cette pandémie ? De façon pessimiste, ou le fait de voir tous ces gens dans les salles ici vous rend-il optimiste ?

Déjà c’est vrai que ça n’allait pas si bien avant le confinement pour les salles. Pour moi, dans ma tête, il y a vraiment deux écoles : soit ça va continuer en pente descendante, soit les gens vont – et j’espère que ce sera ça – avoir un désir de cinéma qui sera décuplé et que les salles seront bondées. Mais même la reprise de juillet était assez timide, alors que j’avoue que je regardai quatre films par week-end (rires) En plus ils ont ressorti plein de films des décennies précédentes. Je suis allée voir Scarface, c’était un plaisir.

LE CINÉMA AMÉRICAIN

Y a-t-il un film que vous associez à votre découverte du cinéma américain ?

J’ai grandi avec Tarantino. C’était une grande grande passion. Uma Thurman, ma vie (rires) Je plaisante, mais Kill Bill ça a été une éruption dans ma tête. Sinon, une référence beaucoup moins stylée mais qu’on adore quand même parce que c’est Spielberg [producteur du film, ndlr], et qui m’a donné envie de réaliser – ou plutôt qui m’a dit que, ok, c’était possible : Super 8. C’était en quoi ? 2011 ? J’avais dix ans.

Ce qui est l’âge des personnages en plus.

Voilà. J’avais 10 ans et je me disais : “Des enfants font un film sur des zombies. J’ai envie de faire ça.”

Y a-t-il une actrice américaine que vous appréciez particulièrement et qui vous inspire ? Vous parliez tout à l’heure d’Uma Thurman…

J’aimais beaucoup Scarlett Johansson. Enfin, je dis “j’aimais”, mais je l’aime toujours. Beaucoup. Uma Thurman, elle m’a trop trop marquée dans Kill Bill. Il y avait ce truc de “Woman Power” à fond, et ses rôles qui sont hyper physiques. Je ne dirais pas que c’est propre au cinéma américain, mais il y a vachement de possibilités, car c’est un cinéma qui aime l’action. Moi j’aimerais bien faire une rôle qui soit physique comme ça. Un truc complètement fou où tu donnes, tu souffres physiquement. J’ai envie de toucher à ça.

Il faut profiter du fait qu’il y ait des Américains pour tenter le coup.

Ouais voilà. Mais il n’y en a pas beaucoup des Américains justement (rires) Mais c’est intéressant d’être ici car le cinéma d’auteur américain, c’est quelque chose que je n’avais pas appréhendé beaucoup. Ça n’est pas que ça ne m’intéressait pas, et c’est une superbe porte d’entrée.

LES 2 ALFRED

Outre ce rôle de jurée, vous présentez également “Les 2 Alfred” de Bruno Podalydès, qui est un cinéaste très précis, avec un vrai sens du timing. Comment s’est passé le tournage sous sa direction, et dans ce rôle où tout passe d’abord beaucoup par le regard car votre personnage ne parle pas dans un premier temps.

Mais je me suis limite dit, en voyant le film, que mon personnage était muet. Surtout qu’elle se met à écrire pour s’exprimer à un moment (rires) Mais c’est vrai qu’il est hyper précis dans ce qu’il veut, car il a son univers. Et un humour qui lui est propre. Il est hilarant. Mais ce qui est drôle avec lui, c’est qu’il est extrêmement apaisé. Sur son tournage, tu n’as pas le sentiment qu’il est dans la directive. On créé ensemble finalement, et j’avais le sentiment qu’on était une petite famille, et qu’on faisait un film hyper émouvant, hyper attachant, hyper drôle. Et quand je l’ai vu, il y a quelques jours, j’étais vraiment touchée. Parce qu’il raconte énormément de choses, sur les enfants, le monde du travail, le rapport que l’on peut avoir avec ses parents. Il m’a beaucoup émue.

Sans trop en dévoiler, car Les 2 Alfred sortira le 13 janvier sur nos écrans, sachez que son personnage incarne une partie de l’optimisme du film, qui présente les jeunes générations comme la clé de l’avenir. Un peu comme dans le cinéma français au final : “On a une nouvelle génération qui tape du poing sur la table là. Les langues sont déliées et ça fait vraiment plaisir”, nous répond celle qui vient de faire ses premiers pas de réalisatrice avec La Colline où rugissent les lionnes, long métrage actuellement en phase de mixage et pour lequel elle a reçu le soutien de Sébastien Marnier et Céline Sciamma, qui l’avaient dirigée dans L’Heure de la sortie et Portrait de la jeune fille en feu, et l’ont immédiatement encouragée à se lancer après avoir lu son scénario. Dire que l’on a hâte de découvrir le résultat relève de l’euphémisme.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 6 septembre 2020

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